dimanche 26 mars 2017

Arbre aux hérons : la Tour Eiffel est à tout le monde

« L’Arbre aux hérons sera à Nantes ce que la Tour Eiffel est à Paris » : l’expression paraît tout droit sortie du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert. Elle est en réalité de Yann Trichard, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Nantes Saint-Nazaire, et elle fait florès depuis le mois de février.

Un lecteur, E.L., que je remercie une fois de plus, s’est penché sur les monuments, sites et autres curiosités qui sont à X « ce que la Tour Eiffel est à Paris ». Sa moisson est non seulement abondante, mais stupéfiante. Parmi les tours Eiffel d’ailleurs qu’à Paris, on trouve évidemment la statue de la Liberté et Big Ben à l’étranger, le viaduc de Millau et le Capitole de Toulouse en France. Et des tas d'autres !

Interrogé sur « ce que la Tour Eiffel est à Paris », le moteur de recherche de Google retourne « environ » 56.500 résultats. Il faut y ajouter 48.700 résultats pour « ce qu’est la Tour Eiffel à Paris ». Et je vous épargne « what the Eiffel Tower is for Paris », qui donne « about 299,000 results » !

Parmi les Tours Eiffel de France et de Navarre, on trouve entre autres :

Ce monument ou ce site…
…est la Tour Eiffel de
Tour Perret
Amiens
Puy de Dôme
Auvergne
Grande dune du Pilat
Bassin d’Arcachon
Port des Fourmis
Beaulieu-sur-Mer
Rocher de la Vierge
Biarritz
Mirador
Bruyères
Aiguille du Midi
Chamonix
Phare de la Perdrix
Île Tudy
Tour Dreyfus
Kourou
Église Saint-Joseph
Le Havre
Sainte-Croix
Lessay
Nouvelle Bourse
Lille
Château Turpault
Quiberon
Cathédrale Notre-Dame
Rouen
Face nord de la Foglietta
Tarentaise
Hangar Farman
Toussus-le-Noble
Château de Chambord
Val de Loire

L’honneur de la tour-eiffelisation échoit parfois à des établissements commerciaux comme le Splendid de Dax, le Brestoâ de Brest, le café Meo de Lille. Il arrive que la comparaison soit de haute lignée : « le Negresco est à la Promenade des Anglais ce que la Tour Eiffel est à Paris », a dit Jean Cocteau.

À l’étranger, le nombre d’ouvrages qui sont à leur ville ce que la Tour Eiffel est à Paris est proprement stupéfiant. Il y a parfois encombrement comme à Londres (Big Ben, le London Bridge et le London Eye), à San Francisco (Golden Gate Bridge, Coit Tower et Painted Ladies), à New York (statue de la Liberté et Empire State Building), à Lisbonne (Sintra et tour de Belém), à Bruxelles (Manneken-Pis et Atomium), à Québec (pont du Saint-Laurent et château Frontenac), à Berlin (tour de la télévision et Porte de Brandebourg), à Barcelone (Sagrada Familia et colonne Christophe-Colomb), à Hambourg (Der Michel et la Philarmonie de l’Elbe) à Buenos-Aires (Caminito et stade El Monumental), à Moscou (Place Rouge et cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux). Ont aussi été comparés à la Tour Eiffel le Bellsouth Building de Nashville, le Cloud Gate de Chicago, le Costanera Center de Santiago-du-Chili, la Tour CN de Toronto, la mosquée Koutoubia de Marrakech, le Kinkaku-ji de Kyoto, la petite sirène de Copenhague, le temple Tanah Lot de Bali, le Merlion de Singapour, la Mole Antoniellana de Turin, la grande roue du Prater de Vienne, les jets d’eau de Genève et de Djedda, la tour de télévision de Nagoya, le château d’eau de Palafrugell, la Maison Arthur-Villeneuve de Chicoutimi, le Spire de Dublin, le quartier rouge d’Amsterdam… Et ce n’est là qu’un aperçu.

En fait, la Tour Eiffel est capable d’inspirer les délires les plus improbables : 
« la bière est à Lille ce que la tour Eiffel est à Paris », 
« la châtaigne est à Revest-du-Bion ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« la poule au pot est à la gastronomie béarnaise ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
«
 l
e rhum arrangé est à la Réunion ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
le fromage de Savoie est ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
la
mode de Caen est aux tripes ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
le vent d'autan est à Toulouse (et ses environs) ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« l
e baisemain est au savoir-vivre à la française ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« le surf est à l'Atlantique ce que la Tour Eiffel est à Paris », 
« le paréo est au G.M. ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« Le diplôme est à l’école ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Le droit fiscal est ce que la Tour Eiffel est à Paris
 »,
« Claude Lelouch est sans doute au cinéma d'amour comprenez à la comédie romantique, ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Kenzo Takada est à la création ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Le cinéma français est à la France, à l'Europe et au monde ce que la Tour Eiffel est à Paris » (Institut français de Slovaquie, à propos de la semaine du film français qui a lieu en ce moment même),
« Michel Drucker est à la télévision
ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
Peter Drucker est au management ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
René Goscinny était à la bande dessinée ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
Aimé Césaire était à la Martinique ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Les fraises à la crème sont à Wimbledon ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« l’hydravion est à l'ouest Canadien ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« les tongs sont à l'été
ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« la gamme Hansgrohe PuraVida est à la robinetterie ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
 « la Civic est à Honda ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
la bimbo peroxydée est à la Méditerranée ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
etc.

Ce-que-la-Tour-Eiffel-est-à-Paris peut même être mis au service du romantisme le plus débridé. Le site web Comment draguer une fille propose « 3 conseils pour faire mouche à chaque fois ». L’un d’eux est d’envoyer des « SMS d’amour » dont l’un des grands classiques, paraît-il, est : « Ton amour est pour moi ce que la Tour Eiffel est à Paris : féerique et inoubliable ! »

Conclusion positive : si l’on y tient, l’Arbre aux Hérons trouvera bien sa place dans tout ce fatras. Dragueurs bretons, faites le test et dites-nous quel résultat aura produit « ton amour est pour moi ce que l’Arbre aux hérons est à Nantes ».

dimanche 19 mars 2017

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (8) Redressement acrobatique

Deux ou trois fois, j’ai exprimé ici un sérieux doute sur le retour d’une Maker Faire à Nantes en 2017. Je me trompais. Maker Media, Inc., propriétaire américain du concept et de la marque (déposée à l’INPI sous le numéro 10889046), vient de la réinscrire dans la liste des Maker Faire du monde entier (elles se comptent par centaines) en date des 7, 8 et 9 juillet.

C’est un beau rétablissement, car le contexte était défavorable. La première Maker Faire de Nantes en juillet 2016, n’a attiré que 6.106 visiteurs payants. Ce faible nombre de participants n’était suffisant en principe que pour une « Mini Maker Faire », comme à Rouen ou Chartres. Nantes aura néanmoins une Maker Faire à part entière (« Featured Maker Faire »), comme Paris, Lille et Grenoble.

Quelques précisions manquent cependant. Maker Media renvoie au site www.makerfairenantes.com. Celui-ci est inactif, et pour cause : le nom de domaine appartient à la société Avro Tech qui l’a déposé il y a deux ans mais qui a été mise en liquidation judiciaire. L’administrateur du site est à ce jour un administrateur… judiciaire, Me Paul Laurent, de Saint-Malo, chargé de la liquidation d’Avro Tech.

Le statut de la manifestation n’est pas précisé. La Maker Faire 2016 avait eu lieu aux Machines de l’île mais son producteur était une entreprise indépendante, Makers Events, qui avait pris la suite d’Avro Tech. Hélas, Makers Events a été mise en liquidation judiciaire à son tour en novembre dernier. La SPL Le Voyage à Nantes, qui gère Les Machines de l’île, pourrait-elle reprendre en direct l’organisation d’une Maker Faire ? Les Maker Faire sont des opérations commerciales, organisées dans le cadre d’une licence accordée moyennant finances par Maker Media, Inc. Comment les faire entrer dans la délégation de service public des Machines de l’île ? En pratique, cela ne devrait pas troubler leurs animateurs, que la confusion des genres ne dérange pas. Quant au respect des principes, bon courage aux juristes qui démêleront l’affaire…

Reste bien sûr le problème du financement. La liquidation judiciaire de Makers Events semble indiquer que la Maker Faire 2016 n’a pas été une bonne affaire. D’où viendra l’argent si l’opération commerciale 2017 ne couvre pas ses frais ? Une délégation de service public est gérée aux risques et périls du délégataire, mais comme le délégataire des Machines de l’île, c’est-à-dire Le Voyage à Nantes, appartient aux collectivités locales, ses risques et périls sont supportés in fine par les contribuables. Pas de liquidation à craindre, mais il faudra peut-être éponger…

mardi 14 mars 2017

Nantes Métropole veut surveiller les opposants notoires sur le web

Johanna Rolland communique sur la vidéoprotection. Encore une façon de tuer le père ? Jean-Marc Ayrault avait toujours dit qu’il n’en voulait pas. Ce qui n’avait pas empêché l’installation des dizaines de caméras d’InfoCirculation™. Vous passez place du Cirque ? Rue de Strasbourg ? Pont de Pirmil ? Place de la Croix-Bonneau ? Souriez, vous êtes filmé !

Prudence, on vous observe
« Les caméras seront uniquement positionnées sur l’espace public et non sur des bâtiments privés ou municipaux », assure-t-elle. Cet « uniquement » signifie-t-il qu’on va retirer, par exemple, la douzaine de caméras surveillant le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ? Car oui, en principe hostile aux caméras, Jean-Marc Ayrault en a quand même truffé ce monument cher à son cœur. Ce qu’une signalétique trop modeste se garde de proclamer.

La vidéoprotection dont parle Johanna Rolland n’est donc pas une nouveauté. À ce stade, d’ailleurs, il s’agit uniquement d’une étude sur une possible évolution des équipements. Pourquoi en parler, alors ? Peut-être pour détourner l’attention d’une surveillance moins visible mais plus ambiguë, qui ne vise pas les délinquants mais les opposants.

Les bad buzzers identifiés 

Nantes Métropole vient de publier un appel d’offres pompeusement intitulé « Marché d'accompagnement stratégique et opérationnel sur les contenus numériques (sites et réseaux sociaux) de la Ville de Nantes et de Nantes Métropole ». Nantes est déjà très présente sur le web, elle possède plusieurs sites, des applications, une page Facebook, etc. Mais il faut croire que Johanna Rolland juge insuffisant le travail de ses communicants : la consultation porte sur les « contenus » et non sur la technologie. Comme le précise le cahier des clauses techniques particulières, la ville veut « élaborer une stratégie de présence et d’influence sur les espaces numériques ».

Une stratégie d’influence ? En termes moins techno, cela s’appelle « propagande ». Et ce n’est pas tout. Parmi les missions du prestataire de Nantes Métropole figurent aussi les deux tâches suivantes :
  • « Alerting : remontée d’alerte en cas de bad buzz, de rumeurs ou de mentions négatives concernant Nantes sur les réseaux sociaux et les médias en ligne ».
  • « Identification d'influenceurs thématiques sur Twitter, Facebook, Instagram et Youtube ».
Ça ne vous rappelle rien ? Il y a dix ans de cela, Jean-Marc Ayrault avait entrepris un fichage des « opposants notoires ». Il comptait pour cela sur les  militants socialistes. Faute de militants peut-être, Johanna Rolland, s’apprête à ficher ses opposants en ligne aux frais des contribuables. Le montant du marché pourrait s’élever jusqu’à 1.920.000 euros hors taxes.