dimanche 19 mars 2017

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (8) Redressement acrobatique

Deux ou trois fois, j’ai exprimé ici un sérieux doute sur le retour d’une Maker Faire à Nantes en 2017. Je me trompais. Maker Media, Inc., propriétaire américain du concept et de la marque (déposée à l’INPI sous le numéro 10889046), vient de la réinscrire dans la liste des Maker Faire du monde entier (elles se comptent par centaines) en date des 7, 8 et 9 juillet.

C’est un beau rétablissement, car le contexte était défavorable. La première Maker Faire de Nantes en juillet 2016, n’a attiré que 6.106 visiteurs payants. Ce faible nombre de participants n’était suffisant en principe que pour une « Mini Maker Faire », comme à Rouen ou Chartres. Nantes aura néanmoins une Maker Faire à part entière (« Featured Maker Faire »), comme Paris, Lille et Grenoble.

Quelques précisions manquent cependant. Maker Media renvoie au site www.makerfairenantes.com. Celui-ci est inactif, et pour cause : le nom de domaine appartient à la société Avro Tech qui l’a déposé il y a deux ans mais qui a été mise en liquidation judiciaire. L’administrateur du site est à ce jour un administrateur… judiciaire, Me Paul Laurent, de Saint-Malo, chargé de la liquidation d’Avro Tech.

Le statut de la manifestation n’est pas précisé. La Maker Faire 2016 avait eu lieu aux Machines de l’île mais son producteur était une entreprise indépendante, Makers Events, qui avait pris la suite d’Avro Tech. Hélas, Makers Events a été mise en liquidation judiciaire à son tour en novembre dernier. La SPL Le Voyage à Nantes, qui gère Les Machines de l’île, pourrait-elle reprendre en direct l’organisation d’une Maker Faire ? Les Maker Faire sont des opérations commerciales, organisées dans le cadre d’une licence accordée moyennant finances par Maker Media, Inc. Comment les faire entrer dans la délégation de service public des Machines de l’île ? En pratique, cela ne devrait pas troubler leurs animateurs, que la confusion des genres ne dérange pas. Quant au respect des principes, bon courage aux juristes qui démêleront l’affaire…

Reste bien sûr le problème du financement. La liquidation judiciaire de Makers Events semble indiquer que la Maker Faire 2016 n’a pas été une bonne affaire. D’où viendra l’argent si l’opération commerciale 2017 ne couvre pas ses frais ? Une délégation de service public est gérée aux risques et périls du délégataire, mais comme le délégataire des Machines de l’île, c’est-à-dire Le Voyage à Nantes, appartient aux collectivités locales, ses risques et périls sont supportés in fine par les contribuables. Pas de liquidation à craindre, mais il faudra peut-être éponger…

mardi 14 mars 2017

Nantes Métropole veut surveiller les opposants notoires sur le web

Johanna Rolland communique sur la vidéoprotection. Encore une façon de tuer le père ? Jean-Marc Ayrault avait toujours dit qu’il n’en voulait pas. Ce qui n’avait pas empêché l’installation des dizaines de caméras d’InfoCirculation™. Vous passez place du Cirque ? Rue de Strasbourg ? Pont de Pirmil ? Place de la Croix-Bonneau ? Souriez, vous êtes filmé !

Prudence, on vous observe
« Les caméras seront uniquement positionnées sur l’espace public et non sur des bâtiments privés ou municipaux », assure-t-elle. Cet « uniquement » signifie-t-il qu’on va retirer, par exemple, la douzaine de caméras surveillant le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ? Car oui, en principe hostile aux caméras, Jean-Marc Ayrault en a quand même truffé ce monument cher à son cœur. Ce qu’une signalétique trop modeste se garde de proclamer.

La vidéoprotection dont parle Johanna Rolland n’est donc pas une nouveauté. À ce stade, d’ailleurs, il s’agit uniquement d’une étude sur une possible évolution des équipements. Pourquoi en parler, alors ? Peut-être pour détourner l’attention d’une surveillance moins visible mais plus ambiguë, qui ne vise pas les délinquants mais les opposants.

Les bad buzzers identifiés 

Nantes Métropole vient de publier un appel d’offres pompeusement intitulé « Marché d'accompagnement stratégique et opérationnel sur les contenus numériques (sites et réseaux sociaux) de la Ville de Nantes et de Nantes Métropole ». Nantes est déjà très présente sur le web, elle possède plusieurs sites, des applications, une page Facebook, etc. Mais il faut croire que Johanna Rolland juge insuffisant le travail de ses communicants : la consultation porte sur les « contenus » et non sur la technologie. Comme le précise le cahier des clauses techniques particulières, la ville veut « élaborer une stratégie de présence et d’influence sur les espaces numériques ».

Une stratégie d’influence ? En termes moins techno, cela s’appelle « propagande ». Et ce n’est pas tout. Parmi les missions du prestataire de Nantes Métropole figurent aussi les deux tâches suivantes :
  • « Alerting : remontée d’alerte en cas de bad buzz, de rumeurs ou de mentions négatives concernant Nantes sur les réseaux sociaux et les médias en ligne ».
  • « Identification d'influenceurs thématiques sur Twitter, Facebook, Instagram et Youtube ».
Ça ne vous rappelle rien ? Il y a dix ans de cela, Jean-Marc Ayrault avait entrepris un fichage des « opposants notoires ». Il comptait pour cela sur les  militants socialistes. Faute de militants peut-être, Johanna Rolland, s’apprête à ficher ses opposants en ligne aux frais des contribuables. Le montant du marché pourrait s’élever jusqu’à 1.920.000 euros hors taxes.