jeudi 6 avril 2017

L’Arbre aux hérons est déjà en voie de privatisation

La maquette de l’Arbre aux hérons n’appartient plus aux Nantais : elle a été vendue à une banque.

Vraiment ? À en croire l’internet, on ne dirait pas. « Dans la Galerie des Machines, (…) un héron de 8 mètres survole la maquette du projet d’Arbre aux hérons », promet le site web du Voyage à Nantes. « L’oiseau prend son envol (…) pour un voyage de 35 mètres au-dessus de la tête des visiteurs et de la maquette au 1/10e de l’Arbre », confirment Les Machines de l’île. « La grande maquette de l’Arbre aux hérons (échelle 1/10e) et une branche prototype de l'arbre sont visibles sur le site des Machines », renchérit Nantes Métropole, suivie par la ville de Nantes : « Visible en maquette dans la Galerie des Machines, l'Arbre aux hérons... ».

Les complices ont bien coordonné leurs déclarations. Mais elles sont fausses : la maquette a quitté la Galerie des Machines depuis plusieurs mois déjà. Est-ce la raison du coup de mou actuel des Machines ? En tout cas, ça ne doit pas aider.

Un vote à la sauvette en fin de séance

Vers la fin de sa séance du 10 février dernier, au 32ème point de l’ordre du jour, le conseil de Nantes Métropole a été invité à adopter pèle-mêle une augmentation des tarifs de la boutique du Planétarium, la gratuité de la visite du musée d’arts pendant un mois pour les riverains gênés par les travaux et… le « déclassement » de la maquette de l’Arbre aux hérons. En langage ordinaire, il a autorisé sa vente.

En quelques secondes, cette préfiguration d’un équipement qui devrait engloutir des dizaines de millions d’argent public, et qui est censé influencer pour longtemps l’image de la ville, a cessé d’appartenir aux Nantais. La délibération n’a d’ailleurs fait que valider à retardement une situation irrégulière.

Le raisonnement présenté au conseil métropolitain est particulièrement spécieux : « Dans la mesure où elle n'est plus exposée depuis plusieurs mois dans la Galerie des Machines qui renouvelle régulièrement les éléments exposés, [la maquette] n'est plus affectée au service public ». On pourrait en dire autant des 13.500 œuvres amassées dans les réserves du Musée d’arts ; il n’est pas question de les privatiser pour autant.

Or c’est bien ce qui s’est passé pour la maquette de l’Arbre aux hérons : elle a été vendue au Crédit Mutuel Loire-Atlantique Centre Ouest (CMLACO), qui en a décoré le hall de son siège, rue de Rieux, à Nantes, tout à côté des locaux de Nantes Métropole. De la part de la banque, cette acquisition est habile : désormais, toute communication autour de l’Arbre aux hérons est un peu une publicité pour le Crédit Mutuel, elle contribue à orienter des prospects vers ses locaux. De la part de Nantes Métropole, qui ne s’en est pas vantée, la démarche est plus étrange.

La banque a joué plus finement que les politiques

Y compris de la part de l’opposition, qui affecte pourtant de s’intéresser au projet, même si elle ne semble pas toujours bien le connaître. (On n’a pas fini de rire de la proposition de Laurence Garnier : faire parrainer individuellement les feuilles de l’Arbre par de généreux donateurs, alors qu’il s’agit d’authentiques végétaux. Poisson d’avril ? Même pas. C’est digne du chapeau lumineux de la tour Bretagne.) Bizarrement, l’opposition municipale a voté comme un seul homme pour le « déclassement », alors qu’elle aurait dû au minimum s’abstenir. Serait-ce parce que l’un de ses ténors est un ancien patron du Crédit Mutuel ?

On a fait grand cas de la généreuse contribution du Crédit Mutuel au budget des futures études de l'Arbre. Cette phase destinée à durer deux ans apportera plus d’une occasion de parler de la banque et de sa maquette. Que l’Arbre aux hérons se fasse ou pas en définitive, le Crédit Mutuel a déjà réussi un joli coup de communication.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Donc les nantais et métropolitains payent / financent une partie du projet et hop on privatise...c'est ça ou j'ai mal compris ?

Sven Jelure a dit…

Hola, pas si vite ! Si l'Arbre aux hérons est finalement construit, je doute qu'il soit un jour privatisé. Son exploitation, comme je l'ai dit par ailleurs, sera presque à coup sûr très déficitaire. Donc personne ne voudra le racheter, ce sera aux contribuables de boucher le trou. En achetant la maquette, le Crédit Mutuel s'est habilement approprié une partie d'un concept populaire, sans se lier les mains pour la suite.
Le prix de cession de la maquette est inconnu à ce jour, mais le Crédit Mutuel s'est engagé à apporter 1,5 millions d'euros pour la construction de l'Arbre. Sans être négligeable, ça n'est qu'une toute petite partie du budget. C'est le prix d'une campagne de publicité sérieuse. Grâce à cet apport, Nantes Métropole peut prétendre à un "cofinancement" de l'Arbre aux hérons par le secteur privé (ce qui, apparemment, serait une excuse pour engloutir l'argent des contribuables). Mais cela l'oblige à partager l'image de l'Arbre !

Anonyme a dit…

Merci pour ce scoop, Sven : la maquette a été démontée et a quittée la galerie des machines lors de l'arrivée de l'araignée il y a déjà...2 ans ! Vous semblez être aussi bien renseigné que Laurence Garnier.

Sven Jelure a dit…

Merci à vous-même pour votre explication de texte : je croyais avoir écrit un article sur la vente de la maquette par Nantes Métropole au Crédit Mutuel et la régularisation tardive de l'opération voici quelques semaines, vous m'apprenez qu'en fait mon article était destiné à annoncer que la maquette avait quitté la Galerie.
Et puisque vous avez tenu à m'informer qu'elle n'y était plus depuis longtemps, je vous suggère de le dire aussi au Voyage à Nantes, à Nantes Métropole et aux Machines de l'île, dont les sites web, à ce jour encore, disent aux touristes qu'ils verront la maquette dans la Galerie !

Anonyme a dit…

Permettez-moi de vous citer : " la maquette a quitté la Galerie des Machines depuis plusieurs mois déjà. Est-ce la raison du coup de mou actuel des Machines ? En tout cas, ça ne doit pas aider." Répondez-moi que "plusieurs mois" cela peut aussi vouloir dire "deux ans", et vous aurez votre certificat de bonne foi pour aller bosser chez Fillon.
Quant aux touristes, ils peuvent encore voir deux autres maquettes de l'arbre dans la galerie...

Sven Jelure a dit…

Soit, j'aurais dû écrire : "depuis plus d'un an déjà" et non "depuis plusieurs mois déjà". Bravo pour votre souci de précision. Mais vous auriez dû reprendre aussi l'Anonyme du 11 avril 2017 à 16:08 qui écrivait étourdiment : "la maquette a été démontée et à quitté la galerie des machines lors de l'arrivée de l'araignée il y a déjà... 2 ans !". En effet, l'araignée est arrivée début 2016, il n'y a encore que... 1 an !

Et puis, je confirme ce que je disais à l'Anonyme du 11 avril à 16:08 : il faudrait aussi avertir de ce détail tous ceux qui ont persisté à dire bien après son départ que la maquette de l'Arbre aux hérons se trouvait encore dans la Galerie. Tiens, par exemple, Nantes Tourisme le 5 avril 2016 (https://www.nantes-tourisme.com/fr/visite/galerie-des-machines-de-l-ile). Ou encore deux personnes qu'il serait urgent de prévenir, MM. Orefice et Delarozière qui illustrent leur document "Dossier de présentation -- Arbre aux hérons", actualisé en septembre 2016, par une photo de la maquette... dans la Galerie.