vendredi 28 avril 2017

Une marque pas très créative pour le Quartier de la création

Qu’est-ce donc que cette histoire de Creative Factory ? Le Cluster Quartier de la création a changé de marque, assurait Presse Océan voici quelques jours. Ce nouveau nom aurait été sélectionné « à l’unanimité du jury » à l’issue d’un « concours de création » remporté par l’agence Nouvelle Vague.

Ce n’est pas une bonne nouvelle. Le nom Quartier de la création est utilisé depuis au moins 2009. « Le Quartier de la création symbolise un nouvel axe de développement pour la métropole nantaise et toute la région des Pays de la Loire, au carrefour de la culture, des technologies et de l’économie », proclamait alors la ville de Nantes. On n’aurait pas besoin de changer de nom si l’« axe de développement » avait tenu ses promesses. La réalisation du quartier lui-même a commencé en 2011. Et son image serait à refaire au bout de six ans ? Quel gâchis ! (À vrai dire, on s’en doutait un peu…)

En réalité, cette Creative Factory n’est pas si nouvelle. Depuis 2014, la Samoa (donc le Quartier de la création), une société d’expertise comptable, un cabinet d’avocats, une firme de conseil en innovation et Atlanpole, « technopole du bassin économique de la région Nantes Atlantique », ont lancé un « accélérateur de projets » à l’intention des jeunes pousses, intitulé justement « Creative Factory ». De cette époque date la création par la Samoa du site web http://www.creativefactory.info/. La « saison 3 » de cette opération a été lancée au mois de mars.
Nantaise aussi, cette autre Creative
Factory 
n'est pas celle qu'on croit...

Presse Océan persiste néanmoins à voir en Creative Factory une « nouvelle marque » qui « adopte une dimension internationale par l’usage de l’anglais ». Ah ! ça, en effet, la dimension internationale ne fait aucun doute : les Creative Factory abondent à travers le monde. Occurrences nantaises mises à part, une recherche Google sur « Creative Factory » trouve environ 687.000 résultats. Autrement dit, la visibilité d’une telle marque est à peu près nulle.

Paradoxalement, les Creative Factory semblent spécialement nombreux en France, où le nom est porté, seul ou en combinaison, par une agence de publicité lilloise, un graphiste niçois, un forum de création de scrap digital, etc. En revanche, The Creative Factory à Paris, conseil en communication parisien, a fait l’objet d’une liquidation judiciaire voici deux ans. Le plus cocasse est que parmi ces Creative Factory qui ne sont pas notre quartier de la création figure une association créée l’an dernier à Nantes pour « partager des pratiques professionnelles et managériales entre dirigeants et salariés ».

Pour compléter le tableau, on notera que diverses marques contenant l’expression Creative Factory ont été déposées à l’INPI, mais aucune par Nantes ou par la Samoa. Le « nouvel axe de développement pour la métropole nantaise et toute la région des Pays de la Loire » n’est même pas propriétaire de son nom. 

dimanche 16 avril 2017

Nantes croule sous les poubelles, le Mémorial y échappe

Avec un sens aigu de l’à-propos, Nantes Métropole vient de publier un avis de marché concernant le nettoyage du Mémorial de l’abolition de l’esclavage à Nantes. Au moment où les poubelles jaunes et bleues, intactes ou déchiquetées, s’amoncellent dans les rues pour cause de grève, on nous rappelle que ce monument n’est pas seulement l’endroit le plus surveillé de toute l’agglomération mais aussi le plus propre.

Inutile de s’étendre sur le contenu de l’avis de marché : il reprend à peu de choses près celui de 2014. Son périmètre est un peu élargi : il inclut la piste cyclable créée sur le trottoir et avoue la présence de « 12 caméras de vidéosurveillance » (oubliant que le vocable politiquement correct est aujourd’hui « vidéoprotection »). Et il ne tolère plus aucun « gros déchet » du genre canettes ou sacs poubelles (sic) sur l’esplanade, au lieu d'un tous les 40 m2 jusqu’à présent. En revanche, il maintient la tolérance d’un chewing-gum par mètre carré, et autant de « petits déchets » du genre mégots ou tickets de bus. L’urine et les vomissures seront totalement proscrites.

L’empoussièrement des lames de verre suscite toujours autant de perplexité qu’il y a trois ans. Il devra être inférieur à 1 sur l’échelle de Bacharach. Celle-ci est en réalité une échelle des gris où 0=blanc et 9=noir. Pour mesurer le niveau de gris, on passe un chiffon blanc sur la surface à contrôler puis on compare sa teinte à celle d’un nuancier Pantone. Rien de plus simple, donc. Hélas, les objectifs fixés par l’avis de marché « sont ceux à atteindre quotidiennement à la fin de chaque prestation de nettoyage ». On imagine donc que le test du chiffon blanc devra être effectué chaque jour. Et comme la surface de contrôle est fixée à 10 centimètres carrés, il faudra en théorie 800.000 chiffons blancs par jour pour contrôler les 800 m² des lames de verre…

Dernier détail étrange : comme en 2014, l’avis de marché n’explique pas pourquoi la prestation est demandée (et payée) par Nantes Métropole. À peine indique-t-il que Le Voyage à Nantes est « en charge de l’animation patrimoniale du site ». En réalité, par délibération du 6 décembre 2013, le conseil municipal a confié à la société publique locale la « gestion » du site. Sans réserve. Mais peut-être que le VAN n’entend pas s’abaisser aux histoires de serpillières, de vomissures et de Bacharach. 

samedi 8 avril 2017

Carnaval de Nantes 2017 : l’insolence revient à petits pas

À la faveur d’une crise financière, la municipalité nantaise a repris en 2011 la haute main sur le comité des fêtes, organisateur du Carnaval. Les risques de dérapage satirique ont été sérieusement limités.

Cependant, la nature reprend ses droits. Les carnavaliers ont l’esprit malicieux et quelques touches d’insolence n’ont pas tardé à réapparaître.  Oh ! le défilé ne brandit pas vraiment l’étendard de la révolte. Mais il ose des incursions sur un terrain gandilleux.

Le thème choisi (imposé ?) pour le défilé de cette année était : Arts et métiers. Il a légèrement dérapé vers « Culture et business ». « Cessons ces clowneries », propose un char derrière l’effigie d’un éléphant. Un autre se moque ouvertement des géants de Royal de Luxe.

Comme toujours, ces réalisations éphémères rivalisent d’imagination et de motivation. Une fois de plus on se prend à rêver à ce qu’aurait pu accomplir Jean-Marc Ayrault si, au lieu d’écouter de prétentieux conseillers, il avait décidé de faire du Carnaval un temps fort de la culture municipale, comme l’ont fait Nice ou Dunkerque. Pour une fraction des sommes englouties dans Les Machines de l’île et Royal de Luxe, il aurait pu obtenir aisément cette exposition médiatique à laquelle il aspirait tant. 

Le défilé nocturne de ce soir offre aux Nantais une dernière occasion d’acclamer le Carnaval 2017 !

Deux chroniques à relire :

Pourquoi Ayrault ne sera jamais roi Carnaval :

jeudi 6 avril 2017

L’Arbre aux hérons est déjà en voie de privatisation

La maquette de l’Arbre aux hérons n’appartient plus aux Nantais : elle a été vendue à une banque.

Vraiment ? À en croire l’internet, on ne dirait pas. « Dans la Galerie des Machines, (…) un héron de 8 mètres survole la maquette du projet d’Arbre aux hérons », promet le site web du Voyage à Nantes. « L’oiseau prend son envol (…) pour un voyage de 35 mètres au-dessus de la tête des visiteurs et de la maquette au 1/10e de l’Arbre », confirment Les Machines de l’île. « La grande maquette de l’Arbre aux hérons (échelle 1/10e) et une branche prototype de l'arbre sont visibles sur le site des Machines », renchérit Nantes Métropole, suivie par la ville de Nantes : « Visible en maquette dans la Galerie des Machines, l'Arbre aux hérons... ».

Les complices ont bien coordonné leurs déclarations. Mais elles sont fausses : la maquette a quitté la Galerie des Machines depuis plusieurs mois déjà. Est-ce la raison du coup de mou actuel des Machines ? En tout cas, ça ne doit pas aider.

Un vote à la sauvette en fin de séance

Vers la fin de sa séance du 10 février dernier, au 32ème point de l’ordre du jour, le conseil de Nantes Métropole a été invité à adopter pèle-mêle une augmentation des tarifs de la boutique du Planétarium, la gratuité de la visite du musée d’arts pendant un mois pour les riverains gênés par les travaux et… le « déclassement » de la maquette de l’Arbre aux hérons. En langage ordinaire, il a autorisé sa vente.

En quelques secondes, cette préfiguration d’un équipement qui devrait engloutir des dizaines de millions d’argent public, et qui est censé influencer pour longtemps l’image de la ville, a cessé d’appartenir aux Nantais. La délibération n’a d’ailleurs fait que valider à retardement une situation irrégulière.

Le raisonnement présenté au conseil métropolitain est particulièrement spécieux : « Dans la mesure où elle n'est plus exposée depuis plusieurs mois dans la Galerie des Machines qui renouvelle régulièrement les éléments exposés, [la maquette] n'est plus affectée au service public ». On pourrait en dire autant des 13.500 œuvres amassées dans les réserves du Musée d’arts ; il n’est pas question de les privatiser pour autant.

Or c’est bien ce qui s’est passé pour la maquette de l’Arbre aux hérons : elle a été vendue au Crédit Mutuel Loire-Atlantique Centre Ouest (CMLACO), qui en a décoré le hall de son siège, rue de Rieux, à Nantes, tout à côté des locaux de Nantes Métropole. De la part de la banque, cette acquisition est habile : désormais, toute communication autour de l’Arbre aux hérons est un peu une publicité pour le Crédit Mutuel, elle contribue à orienter des prospects ver ses locaux. De la part de Nantes Métropole, qui ne s’en est pas vantée, la démarche est plus étrange.

La banque a joué plus finement que les politiques

Y compris de la part de l’opposition, qui affecte pourtant de s’intéresser au projet, même si elle ne semble pas toujours bien le connaître. (On n’a pas fini de rire de la proposition de Laurence Garnier : faire parrainer individuellement les feuilles de l’Arbre par de généreux donateurs, alors qu’il s’agit d’authentiques végétaux. Poisson d’avril ? Même pas. C’est digne du chapeau lumineux de la tour Bretagne.) Bizarrement, l’opposition municipale a voté comme un seul homme pour le « déclassement », alors qu’elle aurait dû au minimum s’abstenir. Serait-ce parce que l’un de ses ténors est un ancien patron du Crédit Mutuel ?

On a fait grand cas de la généreuse contribution du Crédit Mutuel au budget des futures études de l'Arbre. Cette phase destinée à durer deux ans apportera plus d’une occasion de parler de la banque et de sa maquette. Que l’Arbre aux hérons se fasse ou pas en définitive, le Crédit Mutuel a déjà réussi un joli coup de communication.

mardi 4 avril 2017

Arbre aux hérons : happy few et lumpen héronariat, à chacun son entrée

Après le « thème de l’Arbre et tous ses attributs » puis le point culminant de l’Arbre à 30 mètres de hauteur, voici le troisième volet de notre exploration du dossier de présentation de l’Arbre aux hérons rédigé par Pierre Orefice et François Delarozière.

Ce dossier décrit l’Arbre tel qu’il devrait être et les sensations des visiteurs telles qu’on espère qu’elles seront. « Ce voyage est encore plus fou que l’embarquement dans l’Éléphant ! » assure-t-il à propos du vol des hérons. Encore plus fou peut-être, mais encore plus contingenté sûrement. Car « en période de plus forte affluence, il y a 5 à 6 vols par heure ». Comme les hérons pourront accueillir une douzaine de passagers à la fois, le compte est vite fait : pour transporter les 400.000 visiteurs annuels espérés à raison de 6x12=72 passagers par heure, les hérons devraient fonctionner à plein plus de quinze heures par jour, 365 jours par an ! Un rendez-vous le 9 janvier à 23h30 ou le 10 à 6 heures du matin, ça vous va ? Là, oui, vraiment, ça serait « encore plus fou que l’embarquement dans l’Éléphant » !

La capacité horaire des hérons représente à peu près la moitié de celle de l’Éléphant. Il est donc raisonnable d’escompter un bilan de l’ordre d’un demi-Éléphant, soit 46.000 visiteurs par an. Cela ne fait que 11,5 % des 400.000 visiteurs maintes fois allégués pour justifier la construction de l’Arbre aux hérons. Où sont les autres ? Facile, il y aura deux catégories de clients : ceux qui embarqueront sur le dos des hérons, et la piétaille, très majoritaire, qui devra se contenter de regarder. C’est d’ailleurs bien ce qui est prévu entre les lignes du dossier de présentation : « le circuit des hérons et celui des jardins suspendus sont distincts et leurs accès séparés »*. On ne mélange pas les happy few et le lumpen héronariat !

Trouvera-t-on 400.000-46.000=354.000 clients par an pour une visite au rabais, même à tarif réduit ? Pierre Orefice et François Delarozière voudraient s’en convaincre. Mais ils ont du mal à forger des arguments. Encore et toujours, ils comptent sur le même produit d'appel, les hérons, pour attirer les futurs clients, y compris ceux qui n’auront pas eu droit d’emprunter leur accès séparé. Les visiteurs seront « hypnotisés par le héron qui s’élance dans le ciel en déployant son cou et ses ailes », assurent-ils. « Cette vision est une des raisons d’atteindre les grands belvédères au sommet de l’Arbre pour assister à l’envol des hérons. »

Dans le square Marcel-Schwob, « L’Épave » de Paul Auban
(1869-1945) semble maudire d’avance l’Arbre aux hérons
Après tout, pourquoi pas ? Si mémé s’offre un baptême de l’air à dos de héron, on peut imaginer que toute la famille vienne l’encourager de la voix et du geste depuis les grands belvédères. Pour une mémé héronisée, il ne devrait pas être sorcier de belvédériser huit enfants, petits-enfants, gendres et brus, neveux et nièces, et le tour serait joué.

Mais c’est quand même de la méthode Coué, car on pourra assister à l’envol des hérons gratuitement depuis le sol. Ou, bien mieux, depuis le square Marcel-Schwob et la rue des Garennes. Là, on aura en prime un beau point de vue plongeant sur la carrière de Miséry et la Loire en arrière-plan. Sauf à dégrader le site en remplaçant la grille actuelle par un mur opaque, on voit mal comment obliger les gens à payer pour voir. Le business model de l’Arbre aux hérons reste un mystère.

P.S. du 4 avril. Laurence Garnier, très désireuse de voir l'Arbre pousser, propose un « financement participatif auprès des particuliers qui pourraient acheter des feuilles de l’arbre » et faire inscrire leur nom dessus. C'est gentil de sa part mais il n'est pas nécessaire d'être très observateur pour remarquer que si les branches de l'Arbre aux hérons sont en acier, ses feuilles sont de vraies feuilles avec chlorophylle et tout. Les branches sont « végétalisées », comme disent Les Machines, elles alignent des jardinières de balcon. Allez donc inscrire votre nom sur une feuille de géranium.

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* Ce qui pourrait avoir un intérêt pratique : il est probable que le vol en héron sera interdit pour des raisons de sécurité à partir d’une vitesse du vent relativement basse – et donc fréquente. Un accès distinct permettra de garder l’Arbre ouvert – de même qu’aujourd’hui la Galerie des machines reste ouverte quand l’Éléphant ne peut fonctionner (en principe quand le vent dépasse 60 km/h, vitesse atteinte aux heures ouvrables quatre jours au cours du mois dernier, les 1er, 5, 6 et 25 mars).

dimanche 2 avril 2017

Arbre aux hérons : la carrière à moitié pleine ou à moitié vide

L’Arbre aux hérons, on l’a dit hier, entend « préempter le thème de l’Arbre et tous ses attributs ». Mais qu’on se rassure, il devrait servir aussi à séduire les touristes. Il a été affirmé à maintes reprises, ici ou , qu’il attirerait 400.000 visiteurs par an. Les bases de cette prévision n’ont jamais été explicitées. Elles sont sûrement fragiles car le communiqué de presse commun diffusé le 8 février par Nantes Métropole et la CCI Nantes St-Nazaire ne table implicitement que sur 350.000 visiteurs, soit quand même 12,5 % de baisse d’un seul coup.

Quels sont les atouts de cet Arbre pour drainer tant de monde ? Les hérons mécaniques, bien sûr. Ils seront le clou de la visite. Pas pour leur altitude puisque, notent Pierre Orefice et François Delarozière dans leur présentation de l’attraction, « l’arbre culmine à 30 mètres de hauteur ». Ce n’est que la moitié du Bomber Maxxx qu’on peut voir en ce moment à la fête foraine du cours Saint-Pierre, qui emmène seize passagers à 60 mètres de hauteur. À une quarantaine de mètres au-dessus de la surface de la Loire, les hérons seront aussi à une quarantaine de mètres au-dessous de la pointe du clocher de
La représentation "officielle" de l'Arbre
le montre en vol au-dessus du clocher de
Sainte-Anne. Posé au fond de la carrière,
il aura moins belle allure.
Sainte-Anne, à 200 mètres de là. Au-dessous, aussi des étages supérieurs du 14 rue des Garennes, qui leur fera face immédiatement. Ils donneront une impression de hauteur côté sud, de rase-mottes côté nord. C’est l’inconvénient de s’installer dans le trou d’une ancienne carrière.

À défaut d’altitude, il y aura l’expérience. Pierre Orefice et François Delarozière s’étendent avec lyrisme sur le vol des hérons : « L’enfant vole, il sent dans la machine chaque battement d’aile, il fait partie de l’animal », etc. Cette littérature vous rappelle quelque chose ? Bien sûr, elle fait écho aux descriptions officielles du Carrousel des mondes marins du genre « spectateurs d’étranges et inquiétantes créatures marines qui tournent dans une gigantesque pièce montée sur trois niveaux, vous découvrez la mer dans tous ses états, depuis les fonds marins, les abysses et jusqu’à la surface de la mer ».

Bon, supposons que l’Arbre soit en définitive plus épatant que le Carrousel : cela suffira-t-il pour attirer les 400.000 visiteurs annoncés ? On y reviendra sous peu.

samedi 1 avril 2017

Arbre aux hérons : préemption, réaction, déception

Pierre Orefice et François Delarozière ont pris la plume pour rédiger un dossier de présentation de l’Arbre aux hérons tel qu’ils l’imaginent dans la carrière de Miséry. Lyriques, ils assurent que « la puissance, la démesure et l’accessibilité de l’Arbre aux Hérons permettent à une ville de préempter le thème de l’Arbre et tous ses attributs ». Un thème que le Lunar Tree de Mrzyk et Moriceau, qui domine la carrière depuis le Voyage à Nantes 2012, n'avait donc pas permis de « préempter ».

C’est fréquent à Nantes : tout est toujours à refaire parce que le grandiose projet précédent n’a pas tenu ses promesses. Le Carrousel des Mondes Marins devait faire de Nantes une destination touristique internationale. Et voilà qu’il faut quand même faire l’Arbre aux hérons. Auquel on confie donc cette mission supplémentaire : « préempter le thème de l’Arbre et tous ses attributs », qu’on ne peut quand même pas abandonner à La Boissière-du-Doré (une boissière est un lieu où poussent des buis), La Chapelle-Launay (une aulnaie est un lieu où poussent des aulnes) Derval (du breton derv, chêne), Guéméné-Penfao (du breton fao, hêtre), Carquefou (idem), Fay-de-Bretagne (ibidem), Aigrefeuille-sur-Maine (de la langue d’oïl aigrefuilhe, houx), Le Pin, La Haye-Fouassière, Saint-Brévin-les-Pins et quelques autres. (À ce compte-là, on se demande s’il ne faudrait pas parler de « postemption » au lieu de préemption.)

Pierre Orefice et François Delarozière nous proposent de préempter non seulement le « thème » de l’Arbre (avec une capitale) mais aussi ses « attributs ». Lesquels ? « Les origines, la généalogie, l’enracinement, le lien à la terre », énumèrent les concepteurs de l’engin, sans craindre les clichés réactionnaires ; « le roi rendait la justice sous un chêne », rappellent-ils même.

Pourquoi pas ? Mais on remarque surtout que, parmi les « attributs » de l’arbre, ils ne citent pas les fruits. Et c’est plus prudent. Car ceux de l’Arbre aux hérons s’annoncent amers. Nous verrons cela demain.

dimanche 26 mars 2017

Arbre aux hérons : la Tour Eiffel est à tout le monde

« L’Arbre aux hérons sera à Nantes ce que la Tour Eiffel est à Paris » : l’expression paraît tout droit sortie du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert. Elle est en réalité de Yann Trichard, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Nantes Saint-Nazaire, et elle fait florès depuis le mois de février.

Un lecteur, E.L., que je remercie une fois de plus, s’est penché sur les monuments, sites et autres curiosités qui sont à X « ce que la Tour Eiffel est à Paris ». Sa moisson est non seulement abondante, mais stupéfiante. Parmi les tours Eiffel d’ailleurs qu’à Paris, on trouve évidemment la statue de la Liberté et Big Ben à l’étranger, le viaduc de Millau et le Capitole de Toulouse en France. Et des tas d'autres !

Interrogé sur « ce que la Tour Eiffel est à Paris », le moteur de recherche de Google retourne « environ » 56.500 résultats. Il faut y ajouter 48.700 résultats pour « ce qu’est la Tour Eiffel à Paris ». Et je vous épargne « what the Eiffel Tower is for Paris », qui donne « about 299,000 results » !

Parmi les Tours Eiffel de France et de Navarre, on trouve entre autres :

Ce monument ou ce site…
…est la Tour Eiffel de
Tour Perret
Amiens
Puy de Dôme
Auvergne
Grande dune du Pilat
Bassin d’Arcachon
Port des Fourmis
Beaulieu-sur-Mer
Rocher de la Vierge
Biarritz
Mirador
Bruyères
Aiguille du Midi
Chamonix
Phare de la Perdrix
Île Tudy
Tour Dreyfus
Kourou
Église Saint-Joseph
Le Havre
Sainte-Croix
Lessay
Nouvelle Bourse
Lille
Château Turpault
Quiberon
Cathédrale Notre-Dame
Rouen
Face nord de la Foglietta
Tarentaise
Hangar Farman
Toussus-le-Noble
Château de Chambord
Val de Loire

L’honneur de la tour-eiffelisation échoit parfois à des établissements commerciaux comme le Splendid de Dax, le Brestoâ de Brest, le café Meo de Lille. Il arrive que la comparaison soit de haute lignée : « le Negresco est à la Promenade des Anglais ce que la Tour Eiffel est à Paris », a dit Jean Cocteau.

À l’étranger, le nombre d’ouvrages qui sont à leur ville ce que la Tour Eiffel est à Paris est proprement stupéfiant. Il y a parfois encombrement comme à Londres (Big Ben, le London Bridge et le London Eye), à San Francisco (Golden Gate Bridge, Coit Tower et Painted Ladies), à New York (statue de la Liberté et Empire State Building), à Lisbonne (Sintra et tour de Belém), à Bruxelles (Manneken-Pis et Atomium), à Québec (pont du Saint-Laurent et château Frontenac), à Berlin (tour de la télévision et Porte de Brandebourg), à Barcelone (Sagrada Familia et colonne Christophe-Colomb), à Hambourg (Der Michel et la Philarmonie de l’Elbe) à Buenos-Aires (Caminito et stade El Monumental), à Moscou (Place Rouge et cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux). Ont aussi été comparés à la Tour Eiffel le Bellsouth Building de Nashville, le Cloud Gate de Chicago, le Costanera Center de Santiago-du-Chili, la Tour CN de Toronto, la mosquée Koutoubia de Marrakech, le Kinkaku-ji de Kyoto, la petite sirène de Copenhague, le temple Tanah Lot de Bali, le Merlion de Singapour, la Mole Antoniellana de Turin, la grande roue du Prater de Vienne, les jets d’eau de Genève et de Djedda, la tour de télévision de Nagoya, le château d’eau de Palafrugell, la Maison Arthur-Villeneuve de Chicoutimi, le Spire de Dublin, le quartier rouge d’Amsterdam… Et ce n’est là qu’un aperçu.

En fait, la Tour Eiffel est capable d’inspirer les délires les plus improbables : 
« la bière est à Lille ce que la tour Eiffel est à Paris », 
« la châtaigne est à Revest-du-Bion ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« la poule au pot est à la gastronomie béarnaise ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
«
 l
e rhum arrangé est à la Réunion ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
le fromage de Savoie est ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
la
mode de Caen est aux tripes ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
le vent d'autan est à Toulouse (et ses environs) ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« l
e baisemain est au savoir-vivre à la française ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« le surf est à l'Atlantique ce que la Tour Eiffel est à Paris », 
« le paréo est au G.M. ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« Le diplôme est à l’école ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Le droit fiscal est ce que la Tour Eiffel est à Paris
 »,
« Claude Lelouch est sans doute au cinéma d'amour comprenez à la comédie romantique, ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Kenzo Takada est à la création ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Le cinéma français est à la France, à l'Europe et au monde ce que la Tour Eiffel est à Paris » (Institut français de Slovaquie, à propos de la semaine du film français qui a lieu en ce moment même),
« Michel Drucker est à la télévision
ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
Peter Drucker est au management ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
René Goscinny était à la bande dessinée ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
Aimé Césaire était à la Martinique ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Les fraises à la crème sont à Wimbledon ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« l’hydravion est à l'ouest Canadien ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« les tongs sont à l'été
ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« la gamme Hansgrohe PuraVida est à la robinetterie ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
 « la Civic est à Honda ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
la bimbo peroxydée est à la Méditerranée ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
etc.

Ce-que-la-Tour-Eiffel-est-à-Paris peut même être mis au service du romantisme le plus débridé. Le site web Comment draguer une fille propose « 3 conseils pour faire mouche à chaque fois ». L’un d’eux est d’envoyer des « SMS d’amour » dont l’un des grands classiques, paraît-il, est : « Ton amour est pour moi ce que la Tour Eiffel est à Paris : féerique et inoubliable ! »

Conclusion positive : si l’on y tient, l’Arbre aux Hérons trouvera bien sa place dans tout ce fatras. Dragueurs bretons, faites le test et dites-nous quel résultat aura produit « ton amour est pour moi ce que l’Arbre aux hérons est à Nantes ».

dimanche 19 mars 2017

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (8) Redressement acrobatique

Deux ou trois fois, j’ai exprimé ici un sérieux doute sur le retour d’une Maker Faire à Nantes en 2017. Je me trompais. Maker Media, Inc., propriétaire américain du concept et de la marque (déposée à l’INPI sous le numéro 10889046), vient de la réinscrire dans la liste des Maker Faire du monde entier (elles se comptent par centaines) en date des 7, 8 et 9 juillet.

C’est un beau rétablissement, car le contexte était défavorable. La première Maker Faire de Nantes en juillet 2016, n’a attiré que 6.106 visiteurs payants. Ce faible nombre de participants n’était suffisant en principe que pour une « Mini Maker Faire », comme à Rouen ou Chartres. Nantes aura néanmoins une Maker Faire à part entière (« Featured Maker Faire »), comme Paris, Lille et Grenoble.

Quelques précisions manquent cependant. Maker Media renvoie au site www.makerfairenantes.com. Celui-ci est inactif, et pour cause : le nom de domaine appartient à la société Avro Tech qui l’a déposé il y a deux ans mais qui a été mise en liquidation judiciaire. L’administrateur du site est à ce jour un administrateur… judiciaire, Me Paul Laurent, de Saint-Malo, chargé de la liquidation d’Avro Tech.

Le statut de la manifestation n’est pas précisé. La Maker Faire 2016 avait eu lieu aux Machines de l’île mais son producteur était une entreprise indépendante, Makers Events, qui avait pris la suite d’Avro Tech. Hélas, Makers Events a été mise en liquidation judiciaire à son tour en novembre dernier. La SPL Le Voyage à Nantes, qui gère Les Machines de l’île, pourrait-elle reprendre en direct l’organisation d’une Maker Faire ? Les Maker Faire sont des opérations commerciales, organisées dans le cadre d’une licence accordée moyennant finances par Maker Media, Inc. Comment les faire entrer dans la délégation de service public des Machines de l’île ? En pratique, cela ne devrait pas troubler leurs animateurs, que la confusion des genres ne dérange pas. Quant au respect des principes, bon courage aux juristes qui démêleront l’affaire…

Reste bien sûr le problème du financement. La liquidation judiciaire de Makers Events semble indiquer que la Maker Faire 2016 n’a pas été une bonne affaire. D’où viendra l’argent si l’opération commerciale 2017 ne couvre pas ses frais ? Une délégation de service public est gérée aux risques et périls du délégataire, mais comme le délégataire des Machines de l’île, c’est-à-dire Le Voyage à Nantes, appartient aux collectivités locales, ses risques et périls sont supportés in fine par les contribuables. Pas de liquidation à craindre, mais il faudra peut-être éponger…

mardi 14 mars 2017

Nantes Métropole veut surveiller les opposants notoires sur le web

Johanna Rolland communique sur la vidéoprotection. Encore une façon de tuer le père ? Jean-Marc Ayrault avait toujours dit qu’il n’en voulait pas. Ce qui n’avait pas empêché l’installation des dizaines de caméras d’InfoCirculation™. Vous passez place du Cirque ? Rue de Strasbourg ? Pont de Pirmil ? Place de la Croix-Bonneau ? Souriez, vous êtes filmé !

Prudence, on vous observe
« Les caméras seront uniquement positionnées sur l’espace public et non sur des bâtiments privés ou municipaux », assure-t-elle. Cet « uniquement » signifie-t-il qu’on va retirer, par exemple, la douzaine de caméras surveillant le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ? Car oui, en principe hostile aux caméras, Jean-Marc Ayrault en a quand même truffé ce monument cher à son cœur. Ce qu’une signalétique trop modeste se garde de proclamer.

La vidéoprotection dont parle Johanna Rolland n’est donc pas une nouveauté. À ce stade, d’ailleurs, il s’agit uniquement d’une étude sur une possible évolution des équipements. Pourquoi en parler, alors ? Peut-être pour détourner l’attention d’une surveillance moins visible mais plus ambiguë, qui ne vise pas les délinquants mais les opposants.

Les bad buzzers identifiés 

Nantes Métropole vient de publier un appel d’offres pompeusement intitulé « Marché d'accompagnement stratégique et opérationnel sur les contenus numériques (sites et réseaux sociaux) de la Ville de Nantes et de Nantes Métropole ». Nantes est déjà très présente sur le web, elle possède plusieurs sites, des applications, une page Facebook, etc. Mais il faut croire que Johanna Rolland juge insuffisant le travail de ses communicants : la consultation porte sur les « contenus » et non sur la technologie. Comme le précise le cahier des clauses techniques particulières, la ville veut « élaborer une stratégie de présence et d’influence sur les espaces numériques ».

Une stratégie d’influence ? En termes moins techno, cela s’appelle « propagande ». Et ce n’est pas tout. Parmi les missions du prestataire de Nantes Métropole figurent aussi les deux tâches suivantes :
  • « Alerting : remontée d’alerte en cas de bad buzz, de rumeurs ou de mentions négatives concernant Nantes sur les réseaux sociaux et les médias en ligne ».
  • « Identification d'influenceurs thématiques sur Twitter, Facebook, Instagram et Youtube ».
Ça ne vous rappelle rien ? Il y a dix ans de cela, Jean-Marc Ayrault avait entrepris un fichage des « opposants notoires ». Il comptait pour cela sur les  militants socialistes. Faute de militants peut-être, Johanna Rolland, s’apprête à ficher ses opposants en ligne aux frais des contribuables. Le montant du marché pourrait s’élever jusqu’à 1.920.000 euros hors taxes.

mardi 21 février 2017

Lobbying pour NDDL (41) : Jean-Marc Ayrault a déjà la tête ailleurs

Dire que certains l’imaginaient naguère siégeant au Conseil constitutionnel ! Jean-Marc Ayrault vient de révéler des lacunes juridiques étonnantes pour un homme qui a si longtemps voté les lois comme député. Interrogé par Ouest France, il n’a pas seulement parlé de sa retraite politique, il s’est aussi aventuré sur le terrain de Notre-Dame-des-Landes. « Il y a eu un référendum », a-t-il dit, « il faudra bien que l'on passe à la mise en œuvre de la décision ».

A-t-il déjà oublié que le vote du mois de juin n’était pas un « référendum » mais, différence capitale, une « consultation locale » ‑ et donc pas une « décision » ? C’était écrit partout, même sur les bulletins de vote. Mais Jean-Marc Ayrault a pu voter les yeux fermés…

Il a pu aussi accorder trop de crédit à son camarade Alain Supiot qui, quoique professeur au Collège de France, a commis la même erreur dans une tribune publiée par Le Figaro. Ou bien s’agirait-il d’un acte manqué dû à son antagonisme avec Manuel Valls, qui lui a pris sa place de premier ministre ? Car c’est Manuel Valls qui, au lieu du « référendum local » annoncé par le président de la République, a décidé de créer une formule de « consultation locale » pour les besoins de la cause. Ignorer la « consultation », serait-ce ignorer son auteur ? Ce qui permet au passage d’ignorer aussi que, dix mois après, l’ordonnance créant ladite consultation n’a toujours pas été ratifiée.

L’ancien maire de Nantes ne s’en est pas tenu là. « Notre-Dame-des-Landes n’est pas un but en soi », a-t-il dit. « Ce n’est un trophée pour personne. C’est la question de l’aéroport actuel de Nantes dont le trafic ne cesse d’augmenter. On sera bientôt à cinq millions de passagers, l’actuel aéroport ne répondra plus. » A-t-il déjà oublié que depuis des années la saturation a été annoncée à 4 millions de passagers ? L’obstacle ayant été franchi sans encombre, on a seulement déplacé le curseur, et c’est reparti pour un tour ! Mais Jean-Marc Ayrault a-t-il déjà oublié aussi que la loi du 3 août 2009 a exclu de créer de nouveaux aéroports ? Elle n’autorise que les transferts « pour raisons environnementales ». En invoquant une raison technico-économique, il patauge dans la mare aux tritons crêtés.

samedi 18 février 2017

« Invitée d’honneur » à Hambourg, Nantes doit quand même payer l’addition

« Du 5 au 7 mai prochains, la Métropole nantaise sera l’invitée d’honneur de l’anniversaire du port de Hambourg » : dit comme ça, c’est flatteur. Ainsi le site web de Nantes Métropole présente-t-il la présence de Nantes au Hafengeburtstag Hamburg, plus grand festival maritime d’Europe, doublé d’une kolossale fête foraine. Et de poursuivre : « Cette présence métropolitaine à Hambourg permettra non seulement de faire rayonner la Métropole, mais également de nouer de nouveaux partenariats pour des échanges économiques durables. » Devant le conseil métropolitain du 10 février, Johanna Rolland a insisté sur le grand privilège accordé à Nantes : d’habitude, Hambourg n’invite que des capitales.


C’est simplement faux. Hambourg invite des pays, non des villes : Hongrie en 2016, Pays-Bas en 2015, Argentine en 2014, Italie en 2013… Et la France, donc, en 2017. Mais les pays sont en général représentés par une ville : Budapest, Groningue, Buenos Aires, Gênes… Aïe ! si Budapest et Buenos Aires sont bien des capitales, Groningue et Gênes ne le sont pas : madame le maire va devoir réviser sa géographie.

Pour ces pays et ces villes, l’honneur est relatif. Nantes Métropole n’étant manifestement pas une source fiable, on se référera au communiqué officiel de la ville de Hambourg : « Chaque année, un pays différent a la possibilité de se présenter comme partenaire de l’anniversaire du port de Hambourg et d’enthousiasmer les visiteurs pour sa culture et son mode de vie, en particulier ses spécialités culinaires. En 2017, la France se présente avec la ville occidentale de Nantes. »

Quand Nantes Métropole se flatte d'être «l’invitée d’honneur », il faut comprendre plus prosaïquement que la France pourra « se présenter comme partenaire » de l’événement allemand, à charge pour Nantes de faire le boulot. Et de payer son écot, soit 250.000 euros alloués par Nantes Métropole au Voyage à Nantes (on se demande d’ailleurs pourquoi il a fallu attendre le 10 février pour s’en préoccuper : l’opération est officiellement prévue depuis le printemps 2016*). Tout ça pour faire goûter le muscadet à des fêtards allemands au nom de la culture française.

En réalité, les visiteurs du Hafengeburtstag sont surtout intéressés par les bateaux. L’élite maritime du monde entier se donne rendez-vous sur l’Elbe. La meilleure façon de promouvoir Nantes serait d’y envoyer le Belem. À cette date, hélas, il croisera du côté du Portugal. Encore une occasion manquée.


P.S. du 19 février : RSE-Nantes Métropole, un comité Théodule local à « gouvernance partagée » sur le thème de la responsabilité sociale des entreprises, n'allait pas laisser passer une si belle occasion d'organiser une « Learning Expedition », ce qui est quand même autrement plus chic qu'un voyage d'étude  Si vous voulez « challenger vos pratiques» à Hambourg, c'est par là.
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* Pour être exact, on n’a pas attendu que le budget soit voté pour le dépenser : voici quelque temps déjà, le stand nantais a été confié à Carré final, une entreprise de la banlieue parisienne qui a la bonne idée de posséder une filiale à Hambourg.

mercredi 15 février 2017

Le Voyage à Nantes en ballon, pour apprécier notre art voyer

Personne ne fait plus attention au passage pour piétons britannique installé par Angela Bulloch rue Lanoue-Bras-de-fer, à moins d’avoir en main le catalogue des œuvres pérennes d’Estuaire. Alors on en a fait plus avec les passages genre plat de spaghettis d’Aurélien Bory, boulevard Léon-Bureau. C’est bien sûr pour contempler cette « intervention permanente » que le monde entier afflue chez nous pendant la période du Voyage à Nantes.

Mais il faudra trouver quelque chose de nouveau pour l’été prochain, car nos presque voisins anglais de Bristol sont en train de faire bien mieux. Ils vont installer dans leurs rues des passages pour piétons lumineux et musicaux intitulés « Stop, Walk, Stroll ». Les promoteurs de ce machin inventé par le studio de création Hirsh & Mann espèrent que des airs entraînants pousseront les piétons à traverser les rues en dansant. Alors que chez nous on se contente de zigzaguer sur le boulevard Léon-Bureau.

Route de Saint-Joseph
Mais qu’attend donc Nantes Métropole ? Nous avons une réputation à défendre. Et à élargir. Car – il est étonnant que Jean Blaise n’en ait pas déjà fait un argument d’autopromotion – Nantes a inventé une discipline artistique nouvelle : l’art voyer, ou voyerisme. Hélas, nous ne le faisons pas savoir. Nantes, ton art voyer n’est pas assez voyant. Car il ne se borne pas à deux passages piétonniers sur l’île de Nantes. Prenons de la hauteur. C’est d’ailleurs le seul moyen d’apprécier vraiment l’œuvre d'Aurélien Bory, qui au ras du sol évoque plutôt un travail d’apprenti stimulé au muscadet. Vus d’en haut, les ronds-points multipliés par nos édiles depuis vingt-cinq ans révèlent une intention artistique globale.

Ils n’ont rien à envier à l’art aborigène australien. Il faut bien sûr les contempler depuis le ciel. Mettons-y les moyens : le prochain Voyage à Nantes sera un voyage en ballon. C’est Jules Verne qui sera content à titre posthume !

samedi 11 février 2017

L’Arbre aux hérons plus cher que la Tour Eiffel

Yann Trichard voudrait que l’Arbre aux hérons soit « la Tour Eiffel de Nantes ». Prendre la Tour Eiffel pour référence d’une réalisation du 21e siècle, est-ce la marque d’un simple manque d’imagination, le symptôme d’une grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ou la conclusion d’une étude raisonnée ? Puisque le vœu vient du président de la CCI, la troisième réponse doit être la bonne.

À première vue, pourtant, l’Arbre aux hérons fait pâle figure face à la Tour Eiffel :
  • 50 mètres de côté au lieu de 125 mètres
  • 30 ou 40 mètres de hauteur (elle varie d’une déclaration à l’autre) contre 300 mètres
  • entre 1.500 et 2.000 tonnes d’acier contre 7.300 tonnes de fer puddlé

Mais ça n’est déjà pas si mal si l’on considère que l’agglomération de Paris est au moins douze fois plus peuplée que celle de Nantes. Et puis, il y a quand même un point sur lequel l’Arbre aux hérons surpasserait la Tour Eiffel : son coût. On annonce 35 millions d’euros. La Tour Eiffel a coûté 7,8 millions de francs de 1889.« Corrigé de l’inflation, cela représente environ 32 millions d’euros de 2015 », lisait-on dans Ouest France il y a deux ans.

En fait, ce serait même moins, assure HomeAdvisor, spécialiste américain des devis immobiliers. Compte tenu des techniques disponibles aujourd’hui, construire la Tour Eiffel ne coûterait « que » 31.184.900 dollars, soit au cours actuel 29.305.074 euros. Donc, oui, on pourrait dire que l’Arbre aux hérons serait la Tour Eiffel de Nantes, « en plus cher, même » : 19,4 % de supplément, ça n’est pas rien. Les Nantais s’emplissent de fierté tandis que leur bourse se vide.

Mais si l’Arbre aux hérons était la Tour Eiffel de Nantes, le risque serait que Nantes soit le Paris de l’Arbre aux hérons. La Tour Eiffel, construite pour une exposition universelle l’année du centenaire de la Révolution, était alors le plus haut bâtiment du monde et l’est restée pendant quarante ans. Elle n'est pas enfermée dans une ancienne carrière, de ses plates-formes, on voit toute la capitale de la France. Trois coups de crayon suffisent pour évoquer sa forme d’une géniale simplicité, immédiatement reconnaissable.  Elle est aussitôt devenue le symbole de Paris, dont elle s'est arrogé le prestige, inégalé à l’époque. L’Arbre aux hérons deviendrait le symbole de Nantes ? Ouais, et alors ?

(image Wikimedia)

jeudi 9 février 2017

Arbre aux hérons et usine à gaz

Dira-t-on que le dossier de l’Arbre aux hérons suit son cours ou que Nantes Métropole cherche péniblement la sortie ? Le cinquième point de l’ordre du jour du conseil communautaire du 10 février est ainsi libellé : « Lancement des études pour le projet arbre aux hérons et co création d’un fonds de dotation avec les acteurs économiques ». Johanna Rolland l’a présenté hier à la presse comme si c’était fait.

Le fonds de dotation est une forme juridique créée par une loi de 2008 sur la modernisation de l’économie – une loi dont la gauche ne voulait pas à l’époque. Ce n’est pas une nouveauté dans la région ; il existe plus d’une centaine de fonds de ce type en Bretagne, un peu moins dans les Pays de la Loire. Ils sont liés à La Folle Journée, au Festival interceltique de Lorient, au CHU de Nantes… Un fonds de dotation est soumis à différentes formalité de déclaration, de contrôle et de publicité. Il lui faut un conseil d’administration, un comité consultatif, un commissaire aux comptes. C’est donc le contraire d’une simplification.


Un fonds de dotation « gère, en les capitalisant, des biens et droits de toute nature (…) et utilise les revenus de la capitalisation en vue de la réalisation d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général » (loi du 4 août 2008, article 140). Vu le taux de rendement actuel des capitaux notre fonds devrait recevoir des centaines de millions d’euros pour financer l’Arbre aux hérons dans un délai raisonnable. Il devra donc recourir à une disposition dérogatoire, qui supposera une habile rédaction de ses statuts (idem pour la définition de son objet, qui doit lui laisser une marge de manœuvre, sous peine d’être considéré comme un organisme transparent).

Un fonds de dotation ne peut pas recevoir de fonds publics, ni directement ni indirectement. Pour déroger à cette règle, il faut un arrêté des ministres de l’économie et du budget : inutile d’y songer. Restent les dons de particuliers ou d’entreprises. Des dons destinés à être redistribués à l’opérateur de l’Arbre aux hérons. Certes, un fonds de dotation peut redistribuer son argent « pour assister une personne morale à but non lucratif dans l'accomplissement de ses œuvres et de ses missions d'intérêt général ». Hélas, Le Voyage à Nantes, qui gère les Machines de l’île, n’est pas une personne morale à but non lucratif mais une société publique locale, régie par le code de commerce. Il faudra donc créer une structure ad hoc pour L’Arbre aux hérons. Encore une complication !

Cela n’évitera pas de s’interroger sur le caractère d’œuvre ou de mission d’intérêt général de L’Arbre aux hérons : entrerait-il dans le cadre défini par les articles 200 et 238 bis du code général des impôts, sur lequel les services fiscaux veillent jalousement ? C’est indispensable, sans quoi les dons versés au fonds de dotation ne seront pas déductibles fiscalement. Mais c’est loin d’être acquis. D’autant plus que, selon les déclarations de Pierre Orefice, les apports des entreprises consisteraient en parrainage de branches – qui à tous les coups seront considérés comme des dépenses publicitaires.

La sécurité juridique d’un tel montage est loin d’être assurée. C’est un handicap de plus pour l’Arbre aux hérons, qui déjà n’en manque pas et dont les perspectives financières sont hautement incertaines. Pourquoi se lancer dans ce méandre supplémentaire que constituerait la création d'un fonds de dotation ? Peut-être pour pouvoir dire un jour : « Vous voyez bien, on a tout essayé et ça n’a pas marché »…
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P.S. -- L'Arbre aux hérons « sera une bonne occasion de rappeler que [Audubon] est nantais », dit Pierre Orefice, cité par Presse Océan. Pas de chance, le patron des Machines est tombé à côté une fois de plus : comme le signale E.L, un fidèle lecteur que je remercie, Audubon est né à Saint-Domingue. 

mercredi 1 février 2017

La nouille qui se fait encore plus grosse que l’Éléphant

Bingo ! Les Machines de l’île ont vendu 665.000 billets en 2016, a assuré Pierre Orefice à Presse Océan. Sophie Trebern et Stéphane Pajot ont fidèlement reproduit ce score, encore plus élevé que celui annoncé à 20 Minutes début janvier, qui n’était « que » de presque 660.000.

Vus dans le rétroviseur, d’ailleurs, les chiffres des Machines paraissent toujours plus gros. Près de 8.000 personnes ont participé à la « Nantes Maker campus » en juillet dernier, lit-on dans Presse Océan. Un bilan à la louche plus flatteur que les 6.106 visiteurs très exactement revendiqués par le même Pierre Orefice en juillet dernier dans un entretien avec François Chrétien publié par Ouest France. Le campement d’artistes organisé à cette occasion « a rassemblé plus de 200 000 personnes » ; en juillet, toujours selon Ouest France, le patron des Machines n’en avait vu qu’entre 80.000 et 100.000.

« La grande surprise a été ces deux vidéos virales de l’Éléphant qui ont fait 30 millions de vues aux États-Unis », assure aussi Pierre Orefice. Où les trouver ? Presse Océan ne l’indique pas. Une recherche sur le web ne révèle que deux vidéos à gros scores publiées en 2016, toutes deux sur le site Insider Travel, l’une le 27 septembre, l’autre le 1er octobre. La première a totalisé à cette heure 11.243.822 vues. Et la seconde 11.243.822. Égalité donc. Et pour cause : il s’agit de la même vidéo publiée deux fois. Même en comptant double, ça ne fait encore pas 30 millions. Mais les choses se présentent bien pour 2017 puisque la vidéo a été à nouveau publiée le 19 janvier.

Ce score, on l’a déjà dit, est typique d’Insider Travel, qui n'est surpassé sur le net que par National Geographic. Et cela reste vrai même pour les sujets les plus improbables. Une vidéo sur « la manière la plus sympa de manger des nouilles » postée elle aussi le 27 septembre en est à 20.895.045 vues (ou faut-il dire « presque 63 millions de vues », sachant que cette vidéo a été mise en ligne trois fois l’an dernier ?). Hors Insider Travel, les scores des Machines sont loin d’être aussi copieux, on en trouve maint exemple sur YouTube. Mais c’est compter sans la magie du verbe oreficien : soyons audacieux, voyons double. Ou triple.
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Mise à jour à l'intention de ceux qui se demanderaient pourquoi Les Machines veulent changer le moteur de l’Éléphant :

samedi 28 janvier 2017

Qui a quelque chose contre la Straed ar C’hastell ?

Straed ar C’hastell – rue du Château : pour la première fois, une rue porte un nom bilingue français-breton à Nantes. Enfin… à un bout de la rue, car à l’autre, l’obscurantisme semble faire de la résistance. Le nom breton est occulté par un adhésif noir.

Il est vrai que ce Straed ar C’hastell-là est apposé sur le mur d’une pizzeria : la cuisine cosmopolite aurait-elle du mal à s’accommoder de l’identité régionale ? Et cette pizzeria n’est qu’un début : continuez la Straed ar C’hastell de l’autre côté de la rue de Strasbourg, vous y trouvez en moins de cent mètres de ligne verte une boutique de sushis, le pub irlandais Buck Mulligan’s, le kebab Kefta n’Chips, le restaurant vénitien San Marco et le glacier italien Amareno*.

Côté fringues, galeries d’art et autres, quelles enseignes trouve-t-on dans cette rue typique ? Chez Milord, de Arte, Mellow Yellow, Million Dollar Baby, Nice Things, Picktoshop, Saint Market, Sorong… Mais personne ne semble s’offusquer de ces noms en langue étrangère. Pas au point de jouer de l’adhésif noir, en tout cas.
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* La Crêperie du Château – une bonne adresse, soit dit en passant – est quand même là pour sauver l’honneur régional. Si l’on était à Saint-Malo ou Quimper, la moitié des boutiques de la rue seraient devenues des crêperies ; il faudra encore beaucoup ramer avant de faire de Nantes une ville touristique.

jeudi 26 janvier 2017

Lobbying pour NDDL (40) : Manuel Valls reste droit dans ses votes

On croyait que les socialistes avaient préféré mettre de côté le projet de Notre-Dame-des-Landes le temps de la campagne présidentielle. Patatras ! l'aéroport est revenu en direct hier soir devant les millions de téléspectateurs du débat entre Manuel Valls et Benoît Hamon, qui n’allaient pas manquer une si belle occasion de s’écharper.

"J'ai très confiance en la vigilance
sourcilleuse de Jean-Marc Ayrault"
Manuel Valls n’a pas été très convaincant dans le rôle d’avocat de la défense. Il a surtout brandi l’argument d’autorité : « c’est un projet ancien, soutenu par les élus, la plupart d’entre eux, le maire de Nantes… » Sur l’utilité réelle du projet, il s’est réfugié derrière les on-dit : « tout le monde dit que Notre-Dame-des-Landes serait très utile, pas seulement aux Pays de la Loire mais aussi à la Bretagne… » N’est-il pas étrange, alors, qu’il ait lui-même décidé de ne consulter que les électeurs de Loire-Atlantique ?

Les électeurs, bien sûr, il n’allait pas manquer de les appeler à la rescousse : « quand ils [les citoyens] votent en faveur de ce projet en toute connaissance de cause avec une forte participation et un oui très clair, on leur dit ‘on remet en cause la décision’… » On pourrait gloser sur ce « en toute connaissance de cause » qui blanchit trop vite le document établit par la Commission nationale du débat public. Mais surtout, on doit faire remarquer que de « décision », il n’y avait pas. Le vote du mois de juin dernier était une « consultation publique », purement consultative comme son nom l’indique.

Manuel Valls n’a pas prononcé le mot « référendum ». Mais certains ont pu s’y tromper. « Manuel Valls a estimé de son côté qu'il était difficile de renoncer à un chantier approuvé par référendum », écrivait hier soir l’agence Reuters dans une dépêche reprise par certains journaux.

Le débat Valls-Hamon a aussi omis un autre élément. Pour les besoins du projet de Vinci Airports, Manuel Valls avait imaginé le système de la « consultation publique », au lieu du référendum annoncé par François Hollande. Il l’avait imposé par une ordonnance du 21 avril 2016. Mais une ordonnance doit être validée rétroactivement par une loi. Où en est-on ? Le gouvernement a bien déposé en septembre le projet de loi ad hoc. Mais il dort depuis lors dans les tiroirs de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, qui a d’autres chats à fouetter.

On nous ressort à tout bout de champ le vote du 26 juin 2016. Pile-poil sept mois plus tard, la légalité de cet ersatz de référendum demeure pourtant incertaine.

samedi 21 janvier 2017

Royal de Luxe à Montréal : un scoop éculé

Comme les maris trompés, Royal de Luxe aura été le dernier au courant. La nouvelle lui est enfin parvenue : il défilera à Montréal au mois de mai. Il s’est empressé de l’annoncer hier dans un communiqué de presse répercuté par Presse Océan et Ouest France.

L’information avait été publiée dès le le 10 avril 2016 dans le grand quotidien canadien La Presse ! Faut-il soupçonner Jean-Luc Courcoult de chercher à faire du neuf avec du vieux ? Cela rappellerait assez les spectacles de géants, qu’on peut « renouveler » à l’infini en affublant les marionnettes de costumes différents. Ou bien ne lit-il pas La Presse tous les jours ? Qu’il se rassure : moi non plus. Mais Ouest France avait repris l’information le lendemain. Là, l’ignorance devient moins excusable.

Dût la fierté de Royal de Luxe en souffrir, sa prestation ne sera pas le clou de la fête. Il y aura aussi la création mondiale d’un opéra inspiré de Pink Floyd, une Électroparade, un hommage à Leonard Cohen et bien d’autres festivités organisées en l’honneur du 375e anniversaire de Montréal. Pourquoi fêter un 375e anniversaire ? Probablement parce que le maire de la ville aura changé d’ici le 400e. Après tout, Néron n'a pas attendu Vespasien pour offrir « panem et circenses » aux Romains. Toutes les occasions sont bonnes. « Montréal sait faire la fête quelle que soit l’année », ricane le quotidien anglophone National Post. « Donnez-lui une occasion comme son 375e anniversaire et le boucan monte d’un cran. »

Le morceau de roi, en réalité, ce sera l’illumination numérique interactive du pont Jacques-Cartier, le grand pont à cantilever jeté par-dessus le Saint-Laurent. Un projet à 40 millions de dollars canadiens qui fait tousser localement – mais il s’agira d’une installation permanente. Quant aux marionnettes géantes, à vrai dire, l’idée est déjà un peu déflorée à Montréal. Il s’y déroule chaque année à la Saint-Jean, pour la fête nationale du Québec, un Défilé des géants, qui évoque ceux des villes flamandes. On y promène les effigies géantes de personnalités locales vivantes ou défuntes comme l’explorateur Jacques Cartier, le chanteur Félix Leclerc, le premier ministre René Levesque ou le champion de hockey Maurice Richard. Pas de quoi concurrencer un gros chien noir ou une grand-mère en charentaises, bien entendu.

Royal de Luxe n’a que quatre mois pour se préparer. Mais pas d’affolement, la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal a pris les devants : dès le mois de novembre, elle s’est souciée – à l’insu de la troupe, probablement – de trouver un transporteur pour trimballer les géants « avec précaution, précision et célérité ». Elle a spécifié qu’il faudrait les enlever à Nantes. Utile précision, car si Royal de Luxe est le plus souvent présenté là-bas comme une « troupe française », et parfois « nantaise », certains y voient une institution… belge.