lundi 26 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (4) hommage nantais au parallélépipédisme

Le projet d’un nouveau musée d’arts avait été voté dans l’enthousiasme en 2009, y compris par l’opposition. Il fallait relancer le musée des beaux-arts, pas assez fréquenté. Peut-être était-ce une question de personnes, peut-être fallait-il surtout un conservateur imaginatif et dynamique, capable de créer et de promouvoir des concepts forts. Mais il est vrai que les Henri-Claude Cousseau ne courent pas les rues. Et qu'une municipalité raisonne plus volontiers en termes de budget et de béton.

De plus, Jossic voulait dépasser Josso*. Il expliquait ainsi le projet : « nous construisons du côté de la rue Léon Gambetta un bâtiment contemporain, en faisant appel à un architecte de renommée. Il est souhaitable, s’agissant d’exposer principalement les œuvres de la collection contemporaine, que l’écrin lui-même soit un bâtiment de grande valeur architecturale contemporaine. »

L’architecte choisi, Patrick Richard, directeur d’un cabinet britannique, coche sûrement la case « architecte de renommée ». Mais il pousse un peu le bouchon quand il affirme : « c’est un projet très nantais, avec une architecture que nous n’aurions pas faite ailleurs ». Quelle est donc cette architecture si particulière ? Elle est résumée dans le nom par lequel les instances officielles désignent en général ce nouveau bâtiment : « le Cube ».

Un cube. Une forme originale, très nantaise, « de grande valeur architecturale contemporaine » et infaisable ailleurs. Enfin, presque. De la Kaaba de La Mecque (17e s.) au Cube de Birmingham (2010) en passant par la Grande Arche de La Défense (1989) ou l’Atlas de Wageningue (2007), les constructions cuboïdes remarquables ne se comptent jamais que par centaines.

Le cube est en outre polyvalent. Il ne dénote pas seulement une singularité architecturale nantaise mais aussi une continuité de l'espace et du temps. « Nous avons conçu la nouvelle extension comme un trait d’union entre le XVIIe, le XVIIIe siècle, le palais, et l’extension, la chapelle de l’Oratoire », explique Patrick Richard. « Cela s’est fait à travers les matériaux et un peu par la forme monolithique du cube. » L’avantage du cube, en somme, c’est qu’on peut lui faire dire tout et n'importe quoi dès qu’on prétend lui donner une signification.

Et c’est contagieux. L’originalité du cube s’étend à son matériau : le marbre blond de sa façade serait un « clin d’œil au tuffeau nantais et au granit »si l’on en croit Le Voyage à Nantes, multirécidiviste de la formule inutile. Ce clin d’œil marmoréen épatera sûrement les minéralogistes. À moins que ce soit un pied-de-nez ? Ou un doigt dans l’œil ?

Cependant, il y a peut-être une logique dans ces élucubrations. Le nouveau bâtiment étant destiné à « exposer principalement les œuvres de la collection contemporaine », quelque chose me dit que l’intérieur vaudra l’extérieur : il permettra des commentaires extravagants.
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* Clément Marie Josso (1853-1928), architecte du musée des beaux-arts de Nantes. Un génie très en avance sur son temps si l’on en croit Nantes Métropole, qui affirme : « Le musée des Beaux-Arts est une vieille dame doublement centenaire. Construit en 1801, le monument n’avait pas connu d’opération profonde de restauration depuis sa fondation ». Bah ! on n’en est pas à un siècle près…

jeudi 22 décembre 2016

Arbre aux hérons : le fol optimisme de Nantes Métropole

Rappel des épisodes précédents : les financements de l’Arbre aux hérons sont tout aussi peu francs du collier que les chiffres des Machines de l’île. Mais ce n’est pas tout. Le dossier publié par Presse Océan le 9 décembre évoque aussi l’exploitation future de l’Arbre aux hérons, et ça n’est pas triste. Il confirme son objectif de fréquentation : 400.000 visiteurs. Ce qui permet d’établir le petit tableau ci-dessous :



Investissement
Fréquentation annuelle
(2015 pour les Machines existantes)
Soit montant de l’investissement nécessaire pour 1 visiteur/an
Éléphant et Galerie
5,2 millions d’euros
353.000
14,73
Carrousel
10 millions d’euros
260.000
38,46
Arbre aux hérons
35 millions d’euros
400.000
87,50

Il faut donc investir de plus en plus d’argent pour espérer faire venir un visiteur ! Le jeu en vaut-il quand même la chandelle ? « La métropole estime les retombées économiques de l’Arbre aux hérons à 30 millions d’euros et 400.000 visiteurs », assure Presse Océan.

On ne dit pas comment ce score de 400.000 visiteurs est obtenu. Mais il doit correspondre grosso modo au nombre actuel de visiteurs des Machines de l’île. Leurs 613.000 « visiteurs » de 2015 désignent en fait le nombre de billets vendus au total pour les trois attractions existantes – or certaines personnes en visitent plus d’une.

Visiteurs : on espère des nababs

On ne dit pas non plus comment les retombées sont calculées. Les 30 millions d'euros envisagés impliquent, par exemple, 300 euros de dépenses en moyenne pour une famille de quatre personnes, dont 34 euros pour les billets (au tarif actuel des Machines de l’île). Est-ce plausible ? Oui, pour une famille qui, attirée à Nantes par l’Arbre aux hérons, passerait une nuit à l’hôtel et dînerait au restaurant. Hôteliers et restaurateurs pourraient alors remercier les contribuables.

Mais ces 300 euros sont une moyenne. Ceux qui ne passeraient pas la nuit à l’hôtel et/ou se nourriraient de sandwichs contribueraient à l'abaisser. On sait que 42 % des visiteurs des Machines viennent aujourd’hui de Loire-Atlantique, avec des retombées économiques certainement très faibles. Et au moins 15 % viennent des départements limitrophes. Si les proportions étaient identiques pour l’Arbre aux hérons (or pourquoi seraient-elles très différentes ?) il faudrait que les visiteurs venus de plus loin mènent grand train pour parvenir à la dépense moyenne espérée !

Et bien entendu, il faudrait aussi que ces 400.000 visiteurs soient des visiteurs supplémentaires, qui ne seraient pas venus à Nantes, pour voir des amis par exemple, sans l’Arbre aux hérons. Sinon, leurs retombées ne pourraient être imputées que partiellement à celui-ci, voire pas du tout. Ce serait le cas en particulier s'ils visitaient aussi les Machines de l'île. Et si certains visiteurs préféraient aller voir l'Arbre au lieu des Machines ? Ah ! là, ce serait ennuyeux...

Grosses dépenses fixes, recettes incertaines

Tant qu’on y est, il faudrait aussi s’interroger sur le compte d'exploitation futur de l’Arbre aux hérons. Les Machines ont toujours été incapables de couvrir leurs frais. Ferait-il mieux ? Il y a intérêt ! Déjà, pour couvrir les remboursements de l’emprunt prévu par son plan de financement, il faudrait une marge d’au moins 3 euros par billet vendu – alors que les Machines perdent jusqu'à présent quelque 2 euros par billet vendu.

Est-ce jouable ? Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que le fonctionnement de l’Arbre aux hérons coûterait très cher. Il lui faudrait une billetterie propre et de nombreux « médiateurs » et techniciens pour sécuriser les visites : on n’embarque pas sans précaution sur les ailes d’un héron mécanique à 40 mètres d’altitude. Enfin, sa visibilité serait une cause de vulnérabilité : pour parer aux menaces d’attentats, il faudrait prévoir une petite armée de vigiles. Aux frais de qui ?

Il ne fait pas toujours beau au-dessus de Miséry
Côté recettes, cependant, l’exploitation serait perturbée par les intempéries. On peut visiter l’Éléphant, la Galerie ou le Carrousel par temps de pluie ou de grand vent. Mais les rafales ou les averses ne sont pas propices à un voyage à dos de héron. Charges fixes élevées, produits aléatoires : c’est la recette d’un désastre financier.

Tout ça, allez-vous me dire, ce sont de pures conjectures de ma part. C’est vrai. Tout autant que les espérances de Nantes Métropole. Mais moi, je ne propose pas de claquer 35 millions d’euros en croisant les doigts pour que ça marche.

mardi 20 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (3) heureusement, Pascal est là

« Sur le plan du coût des travaux nous nous en tirons bien, parce qu'en plus, les études ont été extrêmement bien conduites », déclarait Jean-Louis Jossic, adjoint chargé du dossier du musée d’arts de Nantes, au conseil municipal du 3 avril 2009. Et de préciser : « nous avons vu les choses au mieux, ce qui permet d’arriver à un montant total de 34,6 M € HT, pour un montant de travaux seuls s’élevant à 26,7 M €. »

Dès l’origine, le projet présenté par l’adjoint à la culture comprenait la construction d’un nouveau bâtiment sur la rue Gambetta, la création de locaux techniques et de réserves sous le bâtiment existant et le transfert des bureaux dans une extension. « Le projet englobe la rénovation du bâtiment existant (sur 3 500 m2) et la construction d’une extension de 5 800 m2 », indiquait Presse Océan le 3 avril 2009.

Le sujet était revenu sur la table du conseil municipal le 3 décembre 2010. « Dans la délibération d’aujourd’hui, deux petites lignes en bas à gauche indiquent 22 M € de travaux supplémentaires », s’était inquiétée Isabelle Loirat. Le budget est « parfaitement dans les clous », s’était insurgé Jean-Louis Jossic. « Le coût de l’opération qui était de 38,503 M € est toujours de 38,503 M € (…). On est exactement dans les mêmes sommes. »

Changement de ton lors de la séance du 7 décembre 2012 : appels d’offres infructueux, découverte de veines d’eau, projet retravaillé, réouverture retardée de deux ans… Quant au coût des travaux, boum ! D’un seul coup d’un seul, « le coût d'opération total s'élève à 83,28 M€ HT (en valeur septembre 2013) et l'enveloppe financière totale affectée aux travaux s'élève à 58,74 M€ HT ». Malgré ses « études extrêmement bien conduites », Jean-Louis Jossic annonce tout simplement une augmentation de plus de 140 % par rapport au « montant total de 34,6 M € » annoncé en 2009.

Des économies à la Pyrrhus

Mais au conseil municipal du 28 juin 2013, une fois Jean-Marc Ayrault remplacé par Patrick Rimbert, Jean-Louis Jossic apporte enfin une bonne nouvelle : « à force d’affiner (…) nous arrivons à économiser. Cela arrive car il y a de bons services qui font du bon travail. Nous arrivons à une moins-value de 1,3 M€ ». Au lieu de 83,3 millions d’euros, le projet n’en coûterait « que » 82,1. Instruit par l’expérience, André Augier, conseiller municipal d’opposition, se sent sceptique, d’où le dialogue suivant :

M. Augier, Conseiller municipal. ‑ Merci Monsieur le Maire. Je voudrais dire quelques mots sur ce dossier. Je constate d'abord qu'il nous apporte plusieurs informations très importantes. La réouverture se fera en deux temps, 2016 pour la partie neuve, 2018 pour le Palais des Arts. C'est bien ça, on s'y tiendra cette fois-ci. Le coût de l'opération s'élèvera à 82,1 M€. Là aussi, vous pensez que l'on s'y tiendra ? On verra. J'attends maintenant d'avoir des preuves.

M. le Maire ‑ Pascal Bolo sera là. Il surveillera cela.

Mais s’il y a de bons services qui font du bon travail, il faut croire que le travail est meilleur encore quand il est fait par d’autres. Sept mois plus tard, le 20 janvier 2014, la ville de Nantes publie cette nouvelle stupéfiante : en confiant l’ensemble du projet à une seule entreprise, Quille Construction, on va faire encore plus d’économies (mais pourquoi n’avoir pas commencé par là, se demandent alors les grincheux ; « nous avons vu les choses au mieux », assurait pourtant Jean-Louis Jossic en 2009). « Le coût des travaux étant réduit de 9.897 M€ HT, le coût total d’opérations connaîtra de ce fait une baisse équivalente », assure-t-on. Puisque l’enveloppe votée était de 82,1 millions en juin 2013, on suppose que le total tombe aux alentours de 72,2 millions d’euros. De quoi faciliter la surveillance de Pascal Bolo !

Et aujourd’hui, on apprend que, grâce à cette surveillance attentive, l’addition finale s’élèvera à… 88,5 millions d’euros, soit 16,3 millions de plus qu’annoncé en 2014 et 6,4 millions de plus que promis-juré en 2013.

dimanche 18 décembre 2016

Le temps s’écoule plus vite aux Machines de l’île

Les Machines de l’île sont-elles le cadre d’un phénomène physique extraordinaire ? Il paraît que le temps s’y écoule plus vite qu’ailleurs.

« On est dans un autre monde », proclamait l’autre jour (16 décembre) Pierre Orefice dans Presse Océan à propos du programme de Noël aux Nefs, animation organisée chaque année avec vin chaud, sculptures sur glace et spectacle de cirque. « Un autre monde » ? Encore une rodomontade du patron des Machines de l’île ? Peut-être pas. « Les enfants ont grandi », poursuivait-il. « Ceux qui avaient 4 ans lors de la première édition ont aujourd’hui 14 ans ! »

La première édition de Noël aux Nefs a eu lieu fin 2007 : faites le compte…

J’ai souvent souligné les calculs bizarres de Pierre Orefice sur les sujets les plus divers, du nombre de visiteurs étrangers aux Machines de l’île à la fréquentation des groupes en passant par la taille du Carrousel ou sa vitesse de rotation. Mais il n’est sûrement pas incapable d’additionner 4 et 9. Ces neuf ans qui en deviennent dix pourraient révéler autre chose.

D’après la théorie de la relativité, un cosmonaute qui ferait un long voyage à bord d’une fusée à une vitesse proche de la lumière constaterait à son retour que le temps s’est écoulé plus lentement pour lui que sur Terre. Il aurait vieilli moins que ses parents et amis. Dans cet « autre monde » que sont les Machines de l’île, c’est l’inverse. Peut-être à cause de la lenteur quasi surnaturelle du Grand éléphant ?

Le phénomène est intéressant, sans aucun doute. Mais un peu ennuyeux quand même. « Visitez les Machines de l’île, vous vieillirez plus vite » n'est pas un slogan idéal.


vendredi 16 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (2) un calendrier qui oblige évidemment

Le musée d’arts de Nantes ouvrira le 23 juin 2017, a annoncé Johanna Rolland voici quelques jours. En présentant le projet devant le conseil municipal du 3 avril 2009, Jean-Louis Jossic, alors adjoint à la culture, déclarait : « Le calendrier, enfin. Il me paraît important de le préciser. Ce calendrier oblige évidemment, et nous lançons le chantier dès à présent. Mais ce chantier nécessite une fermeture des bâtiments à peu près de la mi-2011 au début 2013. »

Ce calendrier qui « oblige évidemment » a donc dérapé de près de quatre ans et demi !

Je vous vois venir : vous allez me dire que c’est la faute à pas de chance, que sans la nappe phréatique fortuitement découverte sous le musée, il n’y aurait eu aucun retard. Mais attendez un peu ! Voici ce que déclarait aussi Jean-Louis Jossic le 3 avril 2009 : « Sur le plan du coût des travaux nous nous en tirons bien, parce qu'en plus, les études ont été extrêmement bien conduites. » Oui, c’est inscrit en toutes lettres au procès-verbal.

On aurait pu supposer que ces « études extrêmement bien conduites » avaient tenu compte des enquêtes menées par le BRGM en 2005 et 2009 pour déterminer la profondeur des nappes phréatiques sur le territoire de Nantes Métropole. Il faut croire que non, finalement. Par ailleurs, ces « études extrêmement bien conduites » avaient mal apprécié le coût des travaux : faute d’entreprises candidates, une bonne partie des premiers appels d’offres avaient été infructueux. Si bien que le musée avait commencé à prendre du retard dès le premier jour.

Il n’est reparti du bon pied qu’en 2014, une fois repris en main intégralement par une entreprise unique. Se pourrait-il que les premiers intervenants aient été mal choisis ? Sûrement pas : parmi les cinq membres du jury du concours de maîtrise d’œuvre figurait une conseillère municipale nommée Johanna Rolland.

mercredi 14 décembre 2016

Trois fois rien pour Royal de Luxe

Coucou le revoilux ! Le prochain conseil de Nantes Métropole doit voter une subvention de 310.000 euros à Royal de Luxe, nous apprend ce matin Presse Océan sous la signature de Stéphane Pajot et Emmanuel Vautier. Il faut bien songer à la gamelle, et pour cela se manifester de temps en temps auprès des édiles nantais, apparemment prêts à signer des chèques en échange de vagues promesses.

Il y a longtemps que Royal de Luxe ne remue plus une oreille à Nantes, sauf dans les 10.000 m2 de bâtiments gracieusement mis à sa disposition dans le Bas-Chantenay. La dernière balade en ville de sa grand-mère date de début juin 2014, ce qui ne la rajeunit pas. Elle-même n’était d’ailleurs qu’un sous-produit d’une famille née il y a vingt-trois ans, en 1993, avec Le Géant tombé du ciel

Le mur bâti en 2011 place de la Bourse, déplacé à grands frais place Ricordeau quatre mois plus tard et rénové en 2013, est à l’agonie. Apparemment, plus personne ne s’en préoccupe.

Le site web de Royal de Luxe est entré en léthargie. À la rubrique « Actualités » (pardon, « News », on a affaire à une troupe d’envergure internationale), l’information la plus récente date du 19 février 2016 : « Le 6 mars prochain, nous célèbrerons la fête de la Grand-mère Géante de Nantes ainsi que la fête de toutes les grands-mères. » Voilà qui ne mange pas de pain.

Il est vrai qu’il n’y a pas grand chose à raconter pour 2016. La troupe s’était persuadée qu’elle défilerait à Chicago au mois de juin. L’affaire est tombée à l’eau. Une fois de plus. Car Royal de Luxe a souvent eu tendance à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. La première recommandation émise à son intention par la chambre régionale des comptes dans son rapport de 2013 était celle-ci : « Trouver les moyens de garantir et de mieux sécuriser les recettes issues des contrats de cession ». Ça n’était pas mal vu. Peine perdue !

Et, au fait, la deuxième recommandation de la chambre régionale des comptes était ainsi rédigée : « Définir des règles de gouvernance plus abouties et mieux sécurisées juridiquement ». Comme toute association qui reçoit des subventions publiques à hauteur de 153.000 euros ou plus, Royal de Luxe est tenu de publier ses comptes chaque année au Journal officiel (décret 2006-887). Il ne l’a fait qu’une seule fois, pour ses comptes de 2012. Les subventions reçues de la ville de Nantes, de la DRAC, de la région et, pour une pincée, du Crédit mutuel, s’élevaient à 1.459.602,80 euros. Depuis lors, la troupe s'est assise sur cette obligation légale.

Nantes Métropole osera-t-elle voter une subvention à une association hors-la-loi ? Il y aurait de l’abus. En plus, ce serait inutile. « La compagnie Royal de Luxe ne cesse de prouver qu’avec trois fois rien, on peut faire mille belles choses », écrit la ville de Nantes sur son site web (cf. copie d'écran ci-dessous). Formidable ! Puisque avec les poches pleines ces gens ne font plus grand chose, donnez-leur trois fois rien et tout s’arrangera.


lundi 12 décembre 2016

Un calendrier de l'Avent qui arrive après

Quand on porte un nom célèbre, il n’est pas facile de se faire un prénom. Mais il n’est pas indispensable non plus que ça nuise à une carrière. Tangui Jossic avait échappé à ce risque jusqu’à présent. Le fait que son père ait longtemps été adjoint à la culture de Nantes ne l’avait pas empêché de devenir enseignant à l’École des beaux-arts de Nantes Métropole, d’exposer à la HAB Galerie gérée par Le Voyage à Nantes, ni d’obtenir pour l’association Maison Fumetti, qu’il co-préside, une généreuse subvention municipale et un vaste local à la Manufacture des tabacs.

Mais si certains nourrissaient le moindre soupçon de népotisme, ils auront été rassurés par la dernière mission de Tangui Jossic : la décoration du calendrier de l’Avent géant installé au château des ducs de Bretagne. Là, ça n’est pas un cadeau. Il est même un peu ridicule d’arriver après tant de monde.

Les calendriers de l’Avent sont une tradition séculaire. Et pas seulement en petit format. Les calendriers géants occupant la façade d’un immeuble, souvent une mairie, sont nombreux en Allemagne et en Alsace (à Munster, Turckheim, Sainte-Marie-aux-Mines…). Des petites villes d'autres régions, comme Mougins, s’en sont aussi dotées depuis quelques années. Nantes ne joue pas vraiment dans sa catégorie.

Le calendrier du château de Nantes n’a pas de connotation religieuse. Mais les calendriers profanes sont légion depuis des années. Au lieu des images pieuses qu’ils contenaient autrefois, on y trouve à présent des chocolats, des parfums, des bières, des whiskys, des jeux, des thés… et même des préservatifs et autres gadgets érotiques. Le catalogue Toys « R » Us 2012 proposait pas moins de vingt-quatre calendriers de l’avant, dont ceux de Playmobil, du FC Barcelone, de M&M’s, de Lego, etc. L’exercice est incontournable pour des marques de produits de beauté comme Sephora, Clarins, L’Occitane, Nocibé, Kerastase, Lancôme… On vend même des calendriers de l’Avent pour chiens. Elle a publié en 2014 un Kama-soutra de l’Avent. Et Porsche proposait il y a quelques années un calendrier de l’Avent à 1 million d’euros ; chacune de ses fenêtres ouvrait sur un cadeau de luxe : montre, bijou, etc.

Comme d’autres marques ailleurs (Toyota au Canada, TBWA en Angleterre…), Sony a transformé son magasin parisien en calendrier de l’Avent géant en 2012. Mais un calendrier « culturel » confié à un artiste, ça c’est nouveau, non ? Non. Plusieurs années de suite, le centre d’art contemporain de Meymac (1.500 habitants) en Corrèze a ainsi décoré une ancienne abbaye bénédictine.

Il est un peu gênant de voir Nantes se plier sur le tard à cette mode déjà largement ressassée en France et à l’étranger. A-t-on au moins réussi à s’extraire du lot par une réalisation hors du commun ? À chacun d'en juger. Quant à moi, je trouve en tout cas que les couleurs pastel affectionnées par Tanguy Jossic manquent de contraste par rapport à la muraille : effet fadasse garanti. Et l’emplacement choisi est loin d’être parfait : peu nombreux sont les gens susceptibles de pénétrer quotidiennement dans la cour du château pour découvrir l’œuvre du jour et suivre le déroulement du scénario. C’est une grosse dépense pour pas grand chose.

samedi 10 décembre 2016

L’Arbre aux hérons, les Machines de l’île et le maquis des chiffres

Dès qu’il est question des Machines de l’île, on dirait que les mathématiques se détraquent. Comme on l’a vu hier, le financement de l’Arbre aux hérons prévu par Nantes Métropole et repris par Presse Océan confond allègrement fonds publics et fonds privés. Mais les références aux Machines existantes font aussi dans le bizarre.

Que lit-on ? Que les Machines de l’île « fonctionnent aujourd’hui avec un budget annuel de 7,5 millions d’euros, dont une subvention métropolitaine d’un million d’euros (86,6 % d’autofinancement) ». Or la subvention reçue par les Machines de l’île l’an dernier est en réalité de 1,28 million : 28 % d’erreur, qui dit mieux ? Corrélativement, cela voudrait dire aussi que leur exploitation ne s’autofinance en réalité qu’à 82,9 %*.

Et si l’on restait sur les chiffres indiqués, d’où viendraient les 6,5 millions hors subvention ? Pas seulement des ventes de billets : il aurait fallu que chacun des 613.496 billets écoulés l’an dernier ait été vendu 10,60 euros. Or ils valent 8,50 euros au tarif normal, sans parler des différentes réductions possibles. C’est-à-dire que l’exploitation des Machines de l’île est aussi financée par d’autres choses. En particulier par leur bistro : en voilà du culturel !

Mais si Nantes Métropole confiait à un exploitant privé ce café construit à ses frais sur un emplacement privilégié qui lui appartient, elle en tirerait un loyer coquet. Ce serait autant d’impôts en moins à demander aux contribuables. En l’attribuant gratuitement aux Machines de l’île, elle leur accorde une grosse subvention implicite qui s’ajoute à la subvention officielle. Il y en a d’autres, en particulier les campagnes de publicité réalisées par les supports de communication municipaux et par Nantes Tourisme. L’aide consentie aux Machines de l’île est donc bien supérieure au million allégué.

Si l'on compare ce qui est comparable, il y a de quoi frémir

Et attendez encore ! D’où sort ce « budget annuel de 7,5 millions d’euros », au fond ? Le rapport officiel 2015 de Nantes Métropole indique précisément : « Le budget total de 6,7 M€ HT (comme en 2014) présente un taux d’autofinancement de 85 % (79% en 2014) ». Entre les 6,7 millions officiellement comptabilisés et les 7,5 millions aujourd’hui allégués, il y a quand même 800.000 euros de différence (+ 11,9 %). Bien entendu, les montants varient selon qu’on les considère HT ou TTC. Nantes Métropole se plaît à jouer de la TVA comme ça l’arrange, un coup tu la vois, un coup tu la vois pas.

Pour couronner le tout, Nantes Métropole montre une mémoire sélective. Elle compare le coût prévu de l’Arbre aux hérons au coût constaté des Machines de l’île existantes. Mais que se passe-t-il si l’on compare le coût prévu de l’Arbre au coût prévu des Machines ? Quatre mois avant leur entrée en service, le Grand éléphant et la Galerie devaient coûter 4,8 millions d’euros. Résultat des courses : 5,2 millions d’euros (+ 8,3 %). Lors de la présentation du projet, le Carrousel devait coûter 6,4 millions d’euros. Facture finale : 10 millions d’euros (+ 56,25 %). Avec les mêmes taux de dérapage, le surcoût de l’Arbre aux hérons se situerait entre + 2,9 millions et… + 19,7 millions d’euros !

Ce ne sont que des chiffres, il est vrai. Ils ne changent rien à ce qui a été ou sera dépensé effectivement. Mais ils montrent avec quelle légèreté Nantes Métropole aborde ce dossier à 35 millions d’euros.
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* Petite mise en perspective historique : le budget 2008 des Machines de l’île ne s’élevait qu’à 2,2 millions d’euros, mais il était autofinancé à 92 % (Nantes Passion n° 186, été 2008). Plus les Machines tournent, plus leur déficit se creuse !

vendredi 9 décembre 2016

Un grand trou sans fonds pour planter l’Arbre aux hérons

Fonds privés : 12,9 millions d’euros + Europe, État, collectivités locales : 12 millions d’euros + Nantes Métropole : 12 millions d’euros, Total : 35 millions d’euros ! Ainsi Presse Océan présente-t-il le plan de financement de l’Arbre aux hérons dans un dossier de deux pages paru ce matin sous la signature d’Emmanuel Vautier et illustré par l’infographie de Cécile G. ci-dessous. Ce point de départ arithmétiquement boiteux n’annonce rien qui vaille ! Et en effet, si l’on y regarde de plus près, tout se détraque.


« Un tiers financé par la Métropole, un tiers apporté par des fonds privés et le tiers restant par d'autres partenaires publics », c’est bien la répartition annoncée de longue date par Nantes Métropole. Rien de nouveau sous le soleil, donc ? Si quand même : les 12,9 millions de « fonds privés » comprendraient en réalité un « emprunt et autofinancement des Machines de l’île » à hauteur de 8 millions d’euros.

Or les fonds des Machines de l’île ne sont pas des fonds privés. Pour commencer, les Machines de l’île n’existent pas ! Il y a d’une part les mécaniques elles-mêmes, qui appartiennent à Nantes Métropole, et d’autre part leur exploitation, qui est assurée par Le Voyage à Nantes, société publique locale, dans le cadre d’une délégation de service public. Où est le privé là-dedans ? L’argent des Machines est celui des collectivités locales. Fonds publics, donc.

Après les fonds publics repeints en fonds privés, la publicité repeinte en mécénat

Ensuite, pour l’« autofinancement des Machines de l’île », le compte est vite fait : depuis leurs débuts, en neuf ans d’exploitation, elles n’ont jamais dégagé le moindre euro de bénéfice. Au contraire, alors qu’elles devaient parvenir à l’équilibre dès 2009, elles continuent à faire des pertes tous les ans (merci aux contribuables qui bouchent régulièrement le trou). Donc zéro autofinancement pour l’Arbre aux hérons. Reste l’emprunt. Là, pas de miracle : pour qu’une banque prête de l’argent à une entité toujours déficitaire depuis l’origine, il lui faudra une garantie solide. Celle-ci ne peut venir que des collectivités locales : si l’Arbre aux hérons perd de l’argent (on parie ?) et ne peut rembourser l’emprunt… ce seront elles qui paieront. Fonds publics toujours.

Évidemment, une fois 8 millions de fonds publics repeints en « fonds privés », le reste devient plus facile. Au « mécénat », on ne demande plus que 4,7 millions d’euros, soit un peu moins de 15 % du total. « Mécénat » est-il d’ailleurs le mot juste ? Pour une part, il s’agirait de parrainer qui une branche de l’arbre, qui un banc. De la publicité, donc. À 50 000 euros chacune des vingt-deux branches et à 15 000 euros chacun des quarante bancs, on n’arrive cependant qu’à 1,7 million d’euros. Il reste quand même 3 millions à trouver, soit 64 % de l’enveloppe assignée au « mécénat ».

Bonne nouvelle tout de même, quinze entreprises se seraient déjà portées volontaires, assure Presse Océan. Quinze entreprises sur les soixante-six nécessaires pour parrainer les branches et les arbres qui représentent 36 % de l’enveloppe « mécénat », c’est un début. Sauf que, en juillet dernier, Ouest France faisait état de dix-huit entreprises volontaires. À ce rythme là, il n’en resterait plus une seule début 2019 !

(à suivre)

vendredi 2 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (1) le grand projet du quatrième mandat

Des fois, j’ai des doutes. Ce blog a une vocation polémique. Un peu de critique ne peut pas nuire au milieu de la flagornerie ambiante. Mais ne m’arrive-t-il pas d’être injuste ? N’ai-je pas tendance à trop monter en épingle les errements de la gestion municipale ? À chaque fois, cependant, la Providence en fournit de nouveaux exemples. Dernier en date, le musée d’arts.

« Dimanche, le musée des Beaux-arts a fermé ses portes pour deux ans de travaux d’agrandissement », écrivait tranquillement Jean-Marc Ayrault sur son blog* le 26 septembre 2011. « Une fermeture avec la promesse d’un grand musée d’art à Nantes ouvert à tous les publics en 2013 ! » Merci pour la promesse : en réalité, si tout se passe bien, le musée rouvrira fin juin 2017.

Dans l’intervalle, il aura été un cas d’école de cafouillage municipal. Pas parce qu’il a été négligé, non. Tout au contraire : le musée d’arts devait être la réalisation emblématique du quatrième mandat municipal de Jean-Marc Ayrault. Ce dernier l’a déclaré lui-même au conseil municipal du 3 avril 2009 qui a décidé le lancement des travaux : de même que le musée du château des ducs de Bretagne avait été le grand projet de la période 2001-2008, « lors de ce mandat, le grand projet, c'est le grand musée d'art à Nantes ».

Il faut donc s’y intéresser. Car avant son départ, l’ancien maire de Nantes a lancé ce qui aurait été le grand projet de son cinquième mandat (2014-2020) si cinquième mandat il y avait eu : le nouveau CHU. Un grand projet ? Un projet colossal, même. Et vu les leçons de l’expérience, les Nantais peuvent nourrir les pires craintes.
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* Le « blog de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international », http://www.jmayrault.fr/ :