jeudi 30 juin 2016

VAN 2016 : (2) Non mais, à l’eau, quoi (bis) !

Le Voyage à Nantes n’ose plus faire semblant : le pylône électrique du collectif HeHe posé dans les douves du château n’est pas plus original que la cabine téléphonique-aquarium. Il a déjà servi à l’automne dernier, sous le même nom (Undercurrent) pour la Triennale de Bruges. D’ailleurs, Le Voyage à Nantes remercie poliment la ville de Bruges.

Pour Bruges, « l’absurdité de l’image » (c’est le VAN qui le dit) de cette ferraille posée dans l’eau à l’automne ne prêtait pas à conséquence. Forte de ses 5 millions de touristes par an, la Venise flamande n’a rien à craindre pour son image. Le VAN, qui prétendait donner une identité touristique estivale à Nantes, n'a probablement pas ce luxe.

Pour exposer le pylône à la brugeoise, il fallait un site aquatique. Le choix du château semble guidé plus par le souci d’attirer du monde que par des considérations esthétiques. Bruges avait choisi le site d’Oud Sint-Jan, qui comporte un beau plan d’eau environné de bâtiments modestes. La construction y paraissait énorme. Sur fond de façade du château, c’est autre chose. La masse du bâtiment ramène l’engin aux proportions d’une maquette.

D’autant plus que le pylône n’est pas tout à fait raccord (ou peut-être, la douve n’est pas tout à fait assez profonde). Au lieu de se perdre sous les eaux, l’un de ses pieds pointe comme un moignon à l’air libre. Il faudra faire avec.

mardi 28 juin 2016

Lobbying pour NDDL (34) : Soudain, la consultation devient référendum

François Hollande avait promis un « référendum local », Manuel Valls avait aussitôt bricolé une « consultation locale ». Ce n’est pas du tout la même chose.

Le référendum local est prévu par la Constitution. La consultation locale, elle, a été créée dans la précipitation, par ordonnance, en rebondissant sur une disposition de la loi Macron de l’été dernier. Tant que cette ordonnance n’a pas été ratifiée par le Parlement, elle n’a que la valeur d’un règlement. Et vous savez quoi ? Quelque chose me dit qu’elle ne sera jamais ratifiée. Quel élu souhaiterait renouveler l’expérience du 26 juin ? On « oubliera » seulement de soumettre une loi de ratification au Parlement et l’on découvrira un jour que l’ordonnance est caduque. Je suis prêt à prendre les paris.

Notre consultation départementale resterait ainsi un one-shot, une mesure d’exception prise pour les besoins de la cause. Pas une disposition démocratique mais exactement l’inverse.

Or bizarrement, depuis lundi, beaucoup de gens semblent avoir oublié qu’il s’est agi d’une consultation et parlent de « référendum ». La presse nationale se livre largement à ce glissement lexical, à l’instar de L’Obs, L’Express, Libération, Rue89, Le Parisien, Metro… La télévision publique ne fait pas exception. Même Le Monde s’y met, et pas qu’une fois ! En fait, il utilise le mot presque systématiquement.

Que Jacques Auxiette commette une telle erreur peut passer pour l’étourderie d’un retraité qui a oublié de se tenir au courant. Pour d’autres, la convergence des lapsus paraît suspecte. Tout autant que la convergence autour des mots zadiste, piste ou transfert, elle évoque une coordination des partisans de l’aéroport. Y aurait-il de la propagande dans l’air ? De l'élément de langage ? Johanna Rolland, dans un entretien avec Éric Cabanas publié par Presse Océan, n’utilise pas le mot mais monte quand même sur ses grands chevaux : « Je serai extrêmement ferme […] c’est une question de démocratie. »

Mais moi, je relis la lettre de convocation pour le 26 juin que m’a adressée comme à chaque électeur le préfet de Loire-Atlantique. Elle contient cette phrase incontournable : « Cette consultation revêt la valeur d’un avis ». Donc elle n’a que la valeur d’un avis, ni plus ni moins. Ce n’est pas la première fois que nous sommes invités à donner notre avis sur le projet de Notre-Dame-des-Landes. Voici dix ans, il y a eu une enquête publique. Elle a rendu un avis défavorable à 69,8%. Cela n’a pas empêché le gouvernement de déclarer le projet d’utilité publique. La consultation de 2016 a rendu un avis favorable à 55,2 %. Un partout.

Bientôt les tirs au but ?

samedi 25 juin 2016

Lobbying pour NDDL (33) : Des sorcières aux zadistes

La campagne pour la consultation du 26 juin a au moins un mérite : elle a amené les partisans de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à reparler du projet. Pendant de longs mois, ils n’avaient eu d’yeux que pour les « zadistes ». En particulier pendant la campagne pour les élections régionales. Aussi bien Bruno Retailleau que Christophe Clergeau se sont abstenus de faire campagne pour l’aéroport. En revanche, ils ont abondamment fait campagne contre les zadistes.

Quitte à exagérer les méfaits d’iceux. Une « pétition régionale de soutien aux riverains de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes » longtemps disponible en ligne sur le site web de la région recensait « plus de 200 exactions liées à la ZAD ». Le pillage d’un camion de marchandises, en particulier, a fait les gros titres de la presse et a souvent été cité par les partisans du projet d’aéroport. Ce qui dénote, au minimum, une concertation entre eux afin de monter certains faits en épingle. Car dans l’absolu, ce pillage est peanuts : pour un seul camion pillé sur la ZAD depuis 2008, la Loire-Atlantique enregistre en une seule année plus de 15.000 vols liés aux véhicules.

Communiquer sur les zadistes plutôt que sur l’aéroport a sûrement été pendant un temps une stratégie de communication habile. Elle faisait appel à des peurs irrationnelles justifiées par des faits ponctuels authentiques – les 200 exactions et les dégradations commises à Nantes lors de manifestations. Toutes proportions gardées, la peur des zadistes reposait sur le même mécanisme que la peur des sorcières.

Un amalgame entre trois populations

Le terme zadiste recouvre en réalité trois populations présentes sur la zone d’aménagement différé… ou sur la « zone à défendre » (ZAD). Les habitants, ruraux qui refusent d’abandonner leurs terres. Les militants, défenseurs de la nature et/ou adversaires du capitalisme qui s’opposent à la construction d’un grand équipement. Les délinquants, personnages en rupture avec la société attirés par une situation trouble.

Ce cocktail reproduit exactement celui que recouvrait le mot « sorcière » au Moyen-âge. La sorcière qui se cache au fond des bois est tantôt un être proche de la nature qui connaît les secrets des plantes, tantôt une fidèle du paganisme rebelle à la nouvelle foi monothéiste, tantôt un personnage maléfique qui concocte des envoûtements et se livre au sabbat. Les autorités (aujourd’hui le gouvernement et les partis, autrefois l’Église) tentent de compromettre radicalement les deux premières catégories par un amalgame avec la troisième. C’est le mécanisme de la diabolisation : une fois celle-ci acquise, tout ce que dit la sorcière (ou le zadiste) est présumé inspiré par une intention mauvaise.

Il n’y a en fait qu’une différence majeure entre sorcière et zadiste : la sorcière était une femme, circonstance aggravante pour l’église médiévale, alors que le zadiste est transgenre. D’ailleurs, il s’appelle Camille ! Qu’il ne soit plus question de brûler les zadistes en place publique n’est pas une vraie différence : notre société a renoncé à la peine de mort. De nos jours, les sorcières sauveraient leur peau. (Enfin… pas sûr, quand on lit certains commentaires sur les forums consacrés à NDDL.)

Habile pendant longtemps cette stratégie de com’ a soudain cessé de l’être quand François Hollande a décidé d’interroger les citoyens. Les adversaires de l’aéroport ont critiqué cette décision. Pourtant, elle menace beaucoup plus les partisans de l’aéroport, poignardés dans le dos par le président de la République. Car la consultation électorale suppose un minimum de réflexion sur le projet lui-même. Un raisonnement du genre « dire oui à l’aéroport c’est dire non aux zadistes » serait insuffisant (la loi Travail a montré que les trublions n’étaient pas exclusivement attachés à l’aéroport), voire dangereux (rien n’est plus vite fait que de confondre un bulletin « oui » avec un bulletin « non » !).

Dans ce genre de débat, d’ordinaire, les partisans arrivent armés d’un argumentaire rationnel qu’ils ont eu le temps de préparer. Ils fixent le cadre du débat. Les adversaires pris de court et mal documentés se rabattent sur des arguments irrationnels, jouant sur les sentiments et les peurs du public. Mais ici, partisans et adversaires de l’aéroport se battent en quelque sorte à fronts renversés. Ces dernières années, les opposants au projet se sont appliqués à peaufiner leurs argumentaires, y compris avec des arguments très techniques. En face, les partisans du « oui », habitués à cultiver l’argument irrationnel du zadiste, ont du mal à reprendre pied. Leur argument essentiel, l’aéroport comme locomotive économique régionale, reste de l’ordre de l’irrationnel. Les sorcières seront-elles vengées par cette consultation au solstice d'été ? Réponse demain soir.

jeudi 23 juin 2016

Lobbying pour NDDL (32) : le Conseil d’État est-il tombé dans le panneau ?

Elle ressemble fâcheusement à un travail bâclé, la décision de lundi dernier par laquelle le Conseil d’État a rejeté la requête de l’ACIPA et de quelques autres contre le décret organisant la consultation du 26 juin sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. De plus savants que moi l’analyseront certainement. Cependant, je voudrais revenir sur un détail auquel je m’étais déjà intéressé : la « piste de Nantes Atlantique ».

La question posée le 26 juin n’est pas claire, soutenaient les requérants, car elle porte sur un « projet de transfert » dont le contenu n’est pas précisé. Mais si ! a répondu en substance le Conseil d’État : il s’agit du projet qui a fait l’objet d’une déclaration d’utilité publique en 2008. Cela se devine aisément puisque « le Gouvernement n’a ni décidé, ni manifesté la volonté de modifier ce projet, ni annoncé une consultation des électeurs portant sur un projet distinct ». Et tant pis si la composition du corps électoral a sensiblement changé en huit ans : nul n’est censé ignorer la DUP, même si la question posée n’en fait pas état.

Reste quand même un détail gênant qui n’a pas échappé au Conseil d’État : la consultation ne porte pas seulement sur la création d’un nouvel aéroport mais aussi sur le sort de l’ancien puisque il s’agit de son « transfert ». Pas de problème répondent les hauts magistrats : le dossier d’information établi par la Commission nationale du débat public indique que « la piste de Nantes-Atlantique serait maintenue pour un usage strictement industriel d’Airbus avec deux ou trois vols par semaine en fonction des besoins logistiques du pôle industriel aéronautique ». En vertu de quoi, les termes de la question posée le 26 « ne sont entachés d’aucune erreur ou ambigüité » (le Conseil d’État pratique l'orthographe réformée).

Des ambiguïtés, pourtant, il y en a au moins quatre.

Première ambiguïté : Le Conseil d’État, qui n’est pas l’Académie française, ne s’est pas interrogé sur le sens du mot « transfert ». N’importe quel dictionnaire en donne une définition du genre : « déplacement d’un lieu à un autre ». Ce qui est transféré ici cesse d’être là. Dans la mesure où une partie de Nantes Atlantique resterait en place, il s’agit au mieux d’un transfert partiel. La question posée est donc de nature à égarer l’électeur qui sait causer le français.

Deuxième ambiguïté : Le Conseil d’État considère que la question soumise au corps électoral a été précisée par le dossier de la CNDP. Mais l’ordonnance du 21 avril 2016 dispose que « la consultation est décidée par un décret qui en indique l'objet », tandis que la CNDP, elle, établit un « dossier d’information ». La CNDP est une autorité administrative indépendante, c’est-à-dire, selon la jurisprudence du Conseil d’État lui-même, qu’elle est indépendante du gouvernement. Et elle pourrait, par un simple dossier d’information, moduler une question qui relève du décret, donc du gouvernement ?

Troisième ambiguïté : La formule du CNDP contient un conditionnel (« serait maintenue »), défini par l’Académie française comme le « mode du verbe qui, dans une proposition principale, présente l'action comme une éventualité ou comme la conséquence d'une condition hypothétique ». C’est donc que l’avenir de la piste n’est pas certain, et que le projet soumis à consultation est imprécis.

Or ce n’est pas tout ! Comme un vulgaire service de com’ de Nantes Métropole, le Conseil d’État a tronqué sa citation. La CNDP n’avait pas seulement écrit que « la piste de Nantes-Atlantique serait maintenue », mais que « en l’état actuel du dossier, la piste de Nantes-Atlantique serait maintenue ». Puisque l’état futur du dossier pourrait être différent, l’électeur ne peut savoir à quoi il s’engagerait le 26 juin. C’est si évident qu’on peut franchement se demander si le Conseil d’État n’a pas préféré scotomiser une mention gênante.

Quatrième ambiguïté : Au sein de la même phrase reproduite par le Conseil d’État, la CNDP évoque « un usage strictement industriel d’Airbus » et « des besoins logistiques du pôle industriel aéronautique ». Ces deux formules ne sont pas synonymes. D'une part les « besoins logistiques » peuvent aller bien au-delà d’un usage « strictement industriel », d'autre part le « pôle industriel » comprend d’autres entreprises qu’Airbus. Là encore, l’électeur ignore sur quoi il vote.

Quatre cafouillages et un errement

Et ce n’est pas fini ! Les quatre ambiguïtés ci-dessus s'accompagnent d'une erreur sur la nature du Nantes Atlantique futur. Une « piste » dit la CNDP, qui s’est contenté de reprendre des présentations tendancieuses du projet. Une « piste », répète donc explicitement le Conseil d’État.

Comme je l’ai dit, le mot « piste » est caractéristique d’une manipulation propagandiste. Une piste est simplement une « aire rectangulaire aménagée ». Seule, elle ne sert à rien. Pour l’utiliser, il faut aussi des équipements, des autorisations et surtout… des mouvements d’aéronefs. C’est-à-dire un « aérodrome ». Tous les textes officiels convergent sur ce point. La CNDP n’a probablement pas fait attention à cette distinction. Le Conseil d’État l’a suivie dans son étourderie. Résultat : la question posée le 26, telle qu’il l’a reformulée d’après le dossier de la CNDP, est entachée d’une erreur.

Il aurait fallu écrire : « un aérodrome sera maintenu » et non « une piste serait maintenue ». Il aurait même fallu dire de quelle catégorie d’aérodrome il s’agirait, car le code de l’aviation civile en distingue plusieurs. Et la quatrième ambiguïté citée plus haut complique les choses. Si la « piste » conservée à Nantes Atlantique était destinée à « un usage strictement industriel d’Airbus », il s’agirait a priori d’un « aérodrome à usage privé ». Mais si elle était utilisée « en fonction des besoins logistiques du pôle industriel aéronautique », il s’agirait plutôt d’un « aérodrome à usage restreint ». Or les deux catégories sont soumises à des réglementations différentes. Là encore, l’électeur ne sait pas à quoi il s’engage.

Je coupe les cheveux en quatre ? Mais c’est le métier même du Conseil d’État ! Il doit fermer une à une toutes les pistes (!) de contestation. Et s'il se laisse manipuler par le discours propagandiste, comment l'électeur de base y échapperait-il ?

mardi 21 juin 2016

Pourquoi je voterai « non » à la consultation locale du 26 juin

Chacun peut avoir ses raisons d’être pour ou contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Puisque c’est moi qui tiens la plume ici, voici les miennes.

1.      Faut-il casser ce qui peut encore servir ? Nantes Atlantique n’est pas parfait mais il a au moins l’avantage d’exister. Il a même été élu meilleur aéroport européen en 2012. Si les voyageurs s’y sentent un peu serrés à certaines heures, ça n’est pas pire que le périphérique. Et c’est une fois de temps en temps, alors que le périph’ c’est tous les jours. Démolir cet équipement qui fonctionne serait du gâchis.

2.      Faut-il bétonner toutes nos terres agricoles ? Près de 20.000 hectares de terres sont « artificialisés » chaque année dans les Pays de la Loire, c’est l’État lui-même qui le dit. Au moins 15 % du territoire de la Loire-Atlantique sont déjà consommés. Il faut arrêter cela. Et comme il faut bien commencer quelque part, renoncer à sacrifier mille hectares pour un aéroport, plus les milliers d’hectares de dessertes routières qui iraient avec, serait un geste fort.

3.      Faut-il rejeter encore plus de CO2 dans l’atmosphère ? J’ignore si le réchauffement climatique est vraiment dû aux émissions de gaz à effet de serre. Mais entre les savants qui le disent et les politiques qui réclament l’aéroport, je fais davantage confiance aux premiers qu’aux seconds. Et devant le risque mortel que le réchauffement fait peser sur l’humanité, nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire. On nous dit qu’un nouvel aéroport favoriserait le développement du trafic aérien. C’est une raison de NE PAS le construire.

4.      Faut-il se prononcer sur un projet vieux de vingt ans finalisé en 2008 ? La question posée le 26 juin porte sur un  « transfert de l'aéroport ». Comme elle était trop vague, le Conseil d'État a dit qu'elle portait en réalité sur la réalisation du projet déclaré d'utilité publique en 2008. (Plus le maintien éventuel d'une partie de Nantes Atlantique pour Airbus, même s'il n'était pas prévu dans la DUP de 2008.) Il s'est pourtant passé beaucoup de choses depuis 2008. Les connaissances et les réflexions ont évolué. Les avions ont progressé, le marché du transport aérien a changé. Une loi de 2009 a exclu qu'on crée un aéroport pour des raisons autres qu'environnementales, alors que la DUP reposait sur des considérations économiques. Le projet de 2008 est périmé. Je le refuse donc.

5.      Faut-il avaler les arguments mensongers en faveur du projet ? Si leurs arguments objectifs étaient solides, les partisans du projet n'auraient pas besoins d'arguments de mauvaise foi, spécieux ou hypocrites. Or ils les multiplient. Par exemple celui de la « saturation ». Pendant dix ans, on a dit que Nantes Atlantique serait saturé en atteignant 4 millions de passagers, vers 2020. Il les a atteints dès 2014 et il devrait dépasser 4,5 millions cette année. L'erreur était donc double : le trafic n’a pas évolué comme prévu… et surtout le seuil de saturation n’était pas à 4 millions. Tous les arguments basés sur des projections sont à réexaminer. Au total, je vois trop de propagande dans ce dossier : je le rejette donc en bloc.

6.      Faut-il endosser des engagements financiers indéterminés ? On nous demande de nous engager les yeux fermés sur des budgets sans chiffrage fiable. Les conditions financières du contrat entre l’État et le groupe Vinci restent cachées au nom du secret des affaires. Les coûts du projet sont manifestement minorés. Comme l’a révélé Le Canard enchaîné, les bâtiments prévus par le projet sont sous-dimensionnés, un dérapage du budget est quasi inévitable. Les accès routiers et ferroviaires ne sont pas chiffrés. L’aérodrome de Nantes Atlantique serait conservé pour les besoins d’Airbus, mais on ignore qui paierait son fonctionnement.

7.      Faut-il tolérer que la femme de César puisse être soupçonnée ? Au début, je n’avais pas d’avis bien arrêté sur NDDL. Jusqu’au jour où l'ancien préfet Bernard Hagelsteen a été embauché par le groupe Vinci. Que le fonctionnaire qui a instruit le dossier de l’aéroport rejoigne l’entreprise qui a remporté l’appel d’offres jette un doute sur la loyauté du projet. Les manigances qui entourent celui-ci (refus de communication des documents administratifs, conditions d’indemnisation en cas de non-réalisation du projet, surévaluation des travaux à réaliser à Nantes Atlantique, etc.) aggravent le doute. Le seul moyen d’écarter ces soupçons délétères est de renoncer au projet.

8.      Faut-il s’incliner devant Manuel Valls ? Le soupçon est encore aggravé par l’intérêt que le gouvernement porte au dossier. Que le président de la République et le premier ministre se prennent de passion pour un projet d’intérêt départemental paraît suspect. N’ont-ils pas mieux à faire avec le chômage, les grèves, la dette publique, les migrants, le terrorisme... ? Il était déjà étonnant que le premier se mêle d’annoncer un référendum local. Mais au moins, la procédure était prévue par la Constitution. Que le second s’empresse alors d’inventer un nouveau type de consultation, organisé dans des conditions fixées par lui et imposé à la hussarde par voie d'ordonnance, accentue le sentiment qu’il y a un loup derrière le projet.

9.      Faut-il favoriser la spéculation foncière ? Là, bien sûr, encore plus que ci-dessus, on est dans le domaine du soupçon invérifié. Mais quand on voit une association pro-aéroport se lamenter sur le sort actuel des habitants de Saint-Aignan-de-Grandlieu alors que son président habite Sautron et dirige cinq sociétés civiles immobilières, on songe que la relocalisation de l’aéroport pourrait être une bonne affaire financière pour certains propriétaires de terrains situés entre Nantes et Notre-Dame-des-Landes.

Que les naturalistes me pardonnent : je n’arrive pas à me passionner pour le sort du campagnol amphibie et du triton crêté. Et je ne comprends pas grand chose aux histoires de bassin versant. Mais comme dit la Coordination des opposants, « on a tous une bonne raison de voter non » ; j'en ai même neuf et elles me suffisent largement.
_______________
Ajout du 23 juin 2016. À la réflexion, peut-être ai-je en réalité dix raisons de voter « non ». J’admire l’énergie, l’endurance, la compétence et le dévouement des organisations opposées à la construction de l’aéroport, en particulier l’ACIPA et le CéDPA. Leurs membres, pour autant que j’ai eu l’occasion d’en juger, sont mus par leurs convictions et non par l’espoir d’un avantage personnel. Depuis des années, ils affrontent l’État, l’administration et l’establishment, endurant sarcasmes et rebuffades sans jamais renoncer. J’aurais sans doute beaucoup de points de désaccord avec beaucoup d’entre eux sur d’autres sujets (et réciproquement), mais je mettrai mon bulletin dans l’urne le 26 avec un sentiment de camaraderie. Je sais, ça n’est pas un argument rationnel. Mais les sentiments comptent aussi, non ?

samedi 18 juin 2016

Lobbying pour NDDL (31) : Soudain, joyeux, il dit : Vinci ! - C'était plus cher.

En ce 201ème anniversaire de la bataille de Waterloo, on n’allait quand même pas se priver du jeu de mots. Que coûterait la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes ? Finalement, on n’en sait rien. En 2008, l’État a annoncé 561 millions d’euros, et les partisans du projet s’arc-boutent  sur ce montant. Dont tout le monde sait bien qu’il est faux.

D’abord, de quand date la dernière fois où l’on a vu un grand projet public respecter ses budgets ? « Le projet ne prévoit, bizarrement, aucun dépassement de budget », a noté Contribuables associés à propos de NDDL « Or, dans ce genre de gros projets d’infrastructure, le prix initial est quasiment toujours sous-estimé, et les dépassements de budget (à la charge des contribuables bien sûr) atteignent facilement 30 à 35 %. » La mécanique de ces dérapages est classique : au cours des travaux, on s’aperçoit qu’on avait « malheureusement » oublié des choses indispensables, et qu’il faut modifier le projet. Et bien sûr, c’est plus cher qu’au départ. Pas de chance… Le département en avait fait un aveu cocasse à propos du musée Dobrée il y a quatre ans.

Dans le cas de Notre-Dame-des-Landes, le ressort de cette mécanique est déjà en place : le projet établi par Vinci Airports est sous-dimensionné. L’État ne pourrait que demander un agrandissement de l’aérogare et des parkings pour les avions. Et le constructeur lui présenterait la facture.

La Commission nationale du débat public sait-elle compter ?

« C’est Vinci qui paie », avancent certains partisans du projet. L’exemple vient de haut : on se rappelle le célèbre « ça ne coûte rien, c’est l’État qui paie » de François Hollande. Depuis 2008, il est entendu que Vinci investirait 315 millions d’euros. Mais Vinci n’est pas un philanthrope. S’il récupérait cette somme en dix ans sur une cinquantaine de millions de passagers, cela signifierait qu’un billet d’avion augmenterait de 7 euros en moyenne, 14 pour un aller-retour. Tandis que l’État et les collectivités locales, qui investiraient 246 millions d’euros, subventionneraient chaque aller-retour d’environ 10 euros. Franchement, ça m’est égal que mon voisin paie 14 euros de plus pour aller passer son week-end à Marrakech, mais ça m’ennuierait de verser pour lui 10 euros.

D’autant plus que la réalité des coûts serait en réalité bien supérieure, à cause de l'agrandissement de l'aéroport évoqué plus haut mais aussi des aménagements routiers et ferroviaires indispensables. Sans parler des coûts entraînés par l’éventuel maintien d’un aérodrome à Nantes Atlantique pour les besoins d’Airbus. Et des dispositions annexées au contrat de concession entre l’État et Vinci, jamais publiées sous prétexte de secret des affaires. Une seule certitude : des dépenses publiques géantes nous guettent dans l’obscurité du dossier. Inutile de chercher un éclairage dans le rapport de la Commission nationale du débat public (CNDP) : il s'en tient fidèlement aux 561 millions d'autrefois.

Répondre « oui » à la consultation du 26 juin, ce serait un peu comme la reddition sans condition réclamée par Wellington au soir de Waterloo : posez les armes et vous verrez bien ce qui se passera après. On sait quelle réponse* lui fit notre concitoyen, le général Cambronne.
__________
* Ce n'était pas « la ZAD meurt mais ne se rend pas ».

jeudi 16 juin 2016

Lobbying pour NDDL (30) : Jacques Auxiette toujours prêt à décoller

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu roi

On dirait que Jacques Auxiette, ancien président de région, perd la raison dès qu’il est question d’aéroport. On se souvient de la séquence grotesque d’il y a trois ans et demi, quand il avait voulu lancer une campagne de lobbying en faveur du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, puis y avait (officiellement) renoncé, pour publier finalement un livre électronique intitulé Aéroport du grand ouest : pourquoi j’y crois, où figurait cette phrase impérissable : « On peut bien sûr prendre la pose du dandy qui préfère s’égayer des saveurs d’un riz cantonais réchauffé au four à micro-ondes mais je dois bien avouer que visiter la Chine égaye bien plus mes sens, même si cela m’oblige à prendre l’avion (ce qui fait encore partie des libertés individuelles). »


Il vient de reprendre la plume plus modestement pour une « lettre à [son] petit-fils et à ses ami-e-s » publiée cette semaine dans Presse Océan et Ouest France afin de préconiser un « oui » à NDDL le 26 juin. « Pourquoi un référendum ? » y demande-t-il. « Soyons clair, j’ai toujours trouvé cette idée… stupide » Sans doute Manuel Valls a-t-il aussi trouvé l’idée stupide, puisqu’il a finalement imaginé une « consultation » en lieu et place du « référendum » annoncé par François Hollande. Jacques Auxiette n’a pas l’air au courant : il répète même trois fois le mot « référendum ».

Si seulement il avait regardé les bulletins de vote adressés aux citoyens, il y aurait vu le mot « consultation » écrit en gros caractères. Oui mais voilà : habitant le Maine-et-Loire, il n’a pas reçu les bulletins, il n’est pas invité à voter le 26 juin, lui qui pendant onze ans, à la tête de la région, a proclamé que le projet d’aéroport était un projet régional ! Sans doute le départementalisme de la consultation lui est-il infiniment douloureux. Mais il s'est retenu de le dire. Parce que ce n'est pas une « idée… stupide », ça ?

On ignore ce qu'en pensent le petit-fils et ses ami-e-s mais, à leur place, on se dirait que si c'est juste pour permettre à papy d'aller manger son riz cantonais en Chine, il n'est peut-être pas indispensable d'esquinter davantage la planète. Et que si l'on veut continuer à lui verser sa confortable retraite, autant ne pas se mettre sur le dos le coût d'un aéroport tout neuf.

samedi 11 juin 2016

VAN 2016 : (1) Non mais, à l’eau, quoi !

Le Voyage à Nantes a dévoilé hier son programme 2016. On y remarque entre autres « une cabine téléphonique-aquarium avec de véritables poissons ». Une cab… C’est pas vrai ? « Ce ‘génial’ Jean Blaise ne trouve rien de mieux que de recycler », m’écrit un lecteur, E.L., que je remercie au passage. C’est que la cabine-aquarium a déjà pas mal d’heures de vol !

Les designers Benedetto Bufalino et Benoit Deseille ont installé leur première cabine téléphonique-aquarium, avec ses poissons rouges, à Lyon, lors de la Fête des Lumières 2007. Ils ont récidivé depuis à Biarritz, Port-Louis (Ile Maurice), Gand, Durham et Londres. C’est visuel et rigolo ; on en trouve plein de photos sur l’internet. Alors, pourquoi pas aussi à Nantes ?

L’idée de la cabine-aquarium est même d’envergure mondiale. Au Japon, le groupe artistique Kingyobu (ce qui signifie, paraît-il, « bande du poisson rouge ») a lui aussi installé des cabines téléphoniques-aquariums du côté d’Osaka en 2011. Aux États-Unis, les téléspectateurs ont pu voir une cabine du même genre en août 2011 dans le deuxième épisode de l’émission de télé-réalité Tanked, dont les héros sont des fabricants d’aquariums ; l’accessoire a même été mis en vente sur eBay pour la modeste somme de 4 999 dollars. En Corée, le COEX Aquarium de Gangnam a lui aussi sa cabine téléphonique-aquarium.

Mais ce sont là des imitations tardives. Au Royaume-Uni, vers la fin des années 1980, un jeune entrepreneur, Willy White, avait sauvé de la casse 1 500 cabines téléphoniques rouges soooo British afin d’en faire des objets de décoration : bars, armoires, vestiaires… et bien sûr aquariums, y compris un modèle capable de cracher des bulles par son combiné téléphonique. La photo ci-contre, trouvée sur Wikimedia Commons et signée Pmau, représente « une cabine de téléphone transformée en aquarium à Dieppe » ; elle est datée du 8 septembre 1996. Les cinéphiles se souviendront même qu’Alain Resnais, dans Je t’aime, je t’aime, en 1968, avait brièvement montré une cabine téléphonique remplie d’eau. Cependant, on n’y voyait pas de poisson rouge, juste un bonhomme qui faisait des bulles.

Le Voyage à Nantes prétendait à ses débuts attirer un public international amateur d’art moderne. Il n'a pas tardé à se reconvertir dans l’excursion à la journée pour vacanciers du littoral vendéen par temps gris. Alors, certes, cette quête du bidule racoleur n’est pas très glorieuse, mais si la cabine téléphonique-aquarium a prouvé son effet positif sur les statistiques de fréquentation, pourquoi Jean Blaise s'en priverait-il ?

Si ça marche, le VAN pourrait décliner la recette en 2017 avec l'automobile-baignoire du même Bufalino. Si ça n’est pas suffisant, il lui restera toujours le concours de T-shirts mouillés.

vendredi 10 juin 2016

Lobbying pour NDDL (29) : Leyritournelle

Qui pouvait sérieusement croire que le rapport de la Commission nationale du débat public (CNDP) présenterait un véritable intérêt ? Il fait ce qu’on en attendait : résumer les arguments en faveur du projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes en respectant un semblant d’objectivité.

Ainsi, il cite bien sûr le rapport des trois experts du Conseil général du développement et de l’environnement durable (CGEDD) révélé en mars dernier… mais presque uniquement à travers ses mentions susceptibles de servir les raisonnements favorables au projet de NDDL. Par exemple, à propos de l’aéroport actuel de Nantes Atlantique, la CNDP cite ainsi le CGEDD : « l’installation apparaît étriquée et inconfortable ». Le CGEDD écrivait en réalité : « Visuellement, l’installation apparaît étriquée et inconfortable. Une extension de ces installations devient urgente, ne serait-ce que pour garantir un traitement du passager de qualité. »

De même, si les arguments des adversaires du projet sont cités, ils le sont en général au conditionnel ou avec un soupçon de condescendance. Ceux des partisans sont souvent reproduits à l’indicatif présent, et quelquefois mis en valeur par des caractères gras (« Les responsables des collectivités et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Nantes Saint-Nazaire estiment »…)

Le vocabulaire de la CNDP est celui des partisans du projet. J’ai dit ici comment le mot « piste », à propos d’un aérodrome privé maintenu à Nantes Atlantique, était un marqueur propagandiste. On le retrouve dans le document de la CNDP :

« En l’état actuel, la piste de Nantes Atlantique serait maintenue pour un usage strictement industriel d’Airbus avec deux ou trois vols par semaine en fonction des besoins logistiques du pôle industriel aéronautique. »

Mais attendez ! « Serait maintenue », ça reste un conditionnel. Si c’est « en l’état actuel », c’est que l’état futur pourrait être différent, c’est qu’une décision capitale pour l’évaluation du projet n’est pas encore prise. On nous demande donc de voter pour un projet inachevé ? Ou de nous prononcer au vu d’un dossier bâclé ?

Il est vrai que la CNDP n’a disposé que d’un délai manifestement beaucoup trop court pour faire le tour de la question. Et peut-être son président, Christian Leyrit, longtemps proche des groupes du BTP et du paysagiste choisi par Vinci Airport, n’avait-il pas très envie, au fond de lui-même, de faire de la peine aux porteurs du projet. Mais quand même, il n’est pas nécessaire de gratter beaucoup pour apercevoir, derrière un site web qui se veut pro, des insuffisances béantes.

Dont celle-ci, qui pourrait s’avérer un vice rédhibitoire : pas une seule fois le rapport n’évoque la loi du 3 août 2009, qui n’autorise les transferts d’aéroport que « pour des raisons environnementales ». Ce qui condamne d’un coup à la poubelle tous les arguments sociaux et économiques invoqués par la CNDP en faveur du projet.
_________
Addition du 15 juin : les notes ci-dessus sont issues d'une lecture rapide du rapport de la CNDP. Après étude approfondie, l'Atelier Citoyen a publié une critique beaucoup plus approfondie (et franchement alarmante quant à la neutralité alléguée par la CNDP).

mardi 7 juin 2016

Lobbying pour NDDL (28) : Nantes Métropole tronque et truque

Les partisans de la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes portent volontiers leur vertu en bandoulière. Ils réclament le « rétablissement de l’état de droit », considéré comme synonyme de feu vert au projet. Car NDDL est un équipement licite. « Le transfert de l’aéroport Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes est entériné par le Grenelle de l’Environnement », ne manque pas de souligner Nantes Métropole. « La loi du 3 août 2009 prévoit que ‘’la création de nouveaux aéroports sera limitée aux cas de déplacement de trafic’’ ».

Et Nantes Métropole de débiter dans la foulée ses arguments en faveur de l’aéroport : « développement du Grand Ouest », « accompagner la croissance du trafic aérien dans l’Ouest », « augmenter l’offre de logements », « implantation de nouvelles activités créatrices d’emploi », etc.

Tous ces arguments sont hors-la-loi. Car Nantes Métropole a tronqué sa citation de la loi du 3 août 2009. Au lieu de :
« la création de nouveaux aéroports sera limitée aux cas de déplacement de trafic »,
cette loi dit en effet, comme chacun peut le vérifier :
« la création de nouveaux aéroports sera limitée aux cas de déplacement de trafic pour des raisons environnementales ».
Réclamer la construction de l’aéroport au nom de la protection de la faune du lac de Grand-Lieu, très bien (à condition d’expliquer en quoi cette faune est préférable à celle de NDDL, bien sûr). La réclamer au nom des oreilles des Nantais habitant en zone de bruit aéroportuaire, passe encore, quoique la loi revendique de « faire baisser le bruit au voisinage des aéroports » et non d’éloigner ces derniers. Mais tous les arguments du genre augmentation du trafic aérien, développement économique, urbanisation, soutien aux entreprises du BTP et même éloignement du risque de chute d’aéronef, ces arguments qui peuplent les argumentaires des partisans du projet, sont complètement hors piste.

Le « rétablissement de l’état de droit » n’est pas pour demain.


samedi 4 juin 2016

Lobbying pour NDDL (27) : la piste propagandiste

On a parlé ici de la grosse astuce sémantique du dossier NDDL : présenter la création de l’aérodrome de Notre-Dame-des-Landes comme un « transfert ». Elle se double d’une petite astuce sémantique : présenter l’aérodrome de Nantes Atlantique futur comme une « piste ». Observez les forums en ligne : le mot est systématiquement utilisé par les partisans du projet Vinci. Et ce n’est sûrement pas par hasard. Il y a de l’élément de langage là-dessous : la « piste » est le marqueur du propagandiste.

La manœuvre n’est nulle part aussi lourdement insistante que sur le site web de la ville de Nantes :

Dès l’ouverture du nouvel aéroport, l’aérodrome actuel sera fermé, marquant la fin des nuisances sonores. L’avenir de la piste en elle-même fait toujours l’objet de réflexions. Car au bord de cette piste se trouve un pôle industriel aéronautique, avec une usine Airbus, qui emploie 2 300 salariés et qui fabrique des pièces destinées à toute la gamme de l’avionneur européen. Les industriels utilisent la piste pour envoyer vers d’autres sites, par avion cargo, les éléments produits à Nantes. Cet usage pourrait perdurer, sachant que la fréquence de ces vols est très faible, de l’ordre de quelques avions par semaine.

La loi du 3 août 2009 interdit la création de nouveaux aéroports, sauf cas de transfert, conformément aux engagements du Grenelle de l’environnement*. Pour créer l’Aéroport du Grand Ouest, il faut fermer Nantes Atlantique (« l’aérodrome actuel sera fermé »). Mais pour préserver Airbus, il faut garder Nantes Atlantique (« cet usage pourrait perdurer »). Comment faire « perdurer » l’usage d’un aérodrome fermé ? En le réduisant à une « piste », qu’on fait semblant de considérer comme autre chose qu’un aérodrome.

Cette manipulation lexicale est parfaitement absurde. Si l’on veut que l’usage perdure, il faut une piste, mais aussi de quoi s’en servir : installations de contrôle, de guidage, d’accès, de stationnement, etc. Et surtout, il faut des avions qui décollent et atterrissent. Ce qui donne… un aérodrome** ! Et ce n’est pas mieux si l’on considère les autorisations, tout aussi nécessaires pour utiliser une piste d’atterrissage : dans tous les cas de figure, usage restreint comme usage privé, le code de l’aviation civile ne connaît que des « aérodromes ».

Et à propos, Nantes Métropole se fiche le doigt dans l’œil en écrivant que si l’usage de la piste perdurait « il se ferait sans contraintes réglementaires pour l’urbanisation de ce secteur de l’agglomération ». Les environs de l’aérodrome maintenu n’échapperaient pas aux nombreuses restrictions prévues par le code de l’aviation civile et le code de l’urbanisme.
______________
* « Lors des travaux du Grenelle, le projet de transfert de l’aéroport de Nantes a été spécifiquement validé pour cette raison, cas unique en France », prend soin de préciser Nantes Métropole.
** Un aérodrome est ainsi défini par l’ONU (International Civil Aviation Organization) : « A defined area on land or water (including any buildings, installations and equipment) intended to be used either wholly or in part for the arrival, departure and surface movement of aircraft. »