lundi 11 juillet 2016

Arbre aux hérons : quel négociateur que François Delarozière !

Obtenir d’un grand élu qu’il se déjuge n’est pas facile. Les promoteurs de l’Arbre aux hérons y sont parvenus brillamment. Johanna Rolland ne voulait pas de leur projet voici quelques mois, elle le veut à présent. Pour sauver les apparences, elle prétend résolue la question du financement, qui ne l’est pas du tout. Y croit-elle elle-même ? Cela ne prouverait que davantage le talent commercial de ses interlocuteurs.

Pour Delarozière, ce n’est pas une première : il a déjà montré sa capacité à « retourner » le maire d’une grande ville. Toulouse Métropole lui avait commandé pour 2,8 millions d’euros un Minotaure géant qui aurait dû faire sa première apparition dans la ville en 2013. Elle avait aussi décidé de bâtir la Piste des Géants, une sorte de musée Delarozière exposant les machines de scène du créateur (dont l’association La Machine a son siège près de Toulouse et non à Nantes comme on le croit souvent). En 2014, accident de parcours : le nouveau maire toulousain, Jean-Luc Moudenc, abandonne publiquement les projets delaroziériens de son prédécesseur. François Delarozière monte alors au créneau et M. Moudenc mange son chapeau : le Minotaure sera livré, le musée sera construit !

Entre-temps, François Delarozière est devenu négociateur international : il a convaincu un promoteur immobilier chinois d’offrir à son pays un cheval-dragon géant, Long-Ma, dont la taille, le poids, la technologie, l’aspect général et… le prix correspondent par un heureux hasard à ceux du Minotaure, déjà payé mais toujours pas livré. À l’issue d’une démonstration confidentielle (à l’échelle de la Chine…) à Pékin l’an dernier, nouveau rebondissement inattendu : La Machine récupère le cadeau d’un Chinois à la Chine et continue à commercialiser ses apparitions (0,8 million d’euros pour sa récente sortie à Calais avec l’araignée géante).

La Machine fait de bonnes affaires

Mais toutes ces négociations fructueuses aux motivations jamais explicitées découlent en fait du contrat initial vendu par Pierre Orefice et François Delarozière à Jean-Marc Ayrault, voici une douzaine d’années. Un coup de génie qui repose sur la conjonction de deux structures, l’une publique et dirigée par Pierre Orefice, Les Machines de l’île, l’autre privée et dirigée par François Delarozière, La Machine, la première assurant l’essentiel du chiffre d’affaires de la seconde dans le cadre de marchés de gré à gré – c’est-à-dire que quand l’une achète quelque chose à l’autre, les deux amis fixent ensemble le prix qui sera supporté in fine par le contribuable nantais.

Cette construction n’incite évidemment pas à serrer les coûts. Il est difficile cependant d’analyser la situation : La Machine se dispense de publier ses comptes au Journal officiel. Les derniers qu’elle ait publiés conformément à la loi datent de 2011. La situation de l’époque, avant même le Carrousel, était bonne : le salaire moyen versé par l’association s’élevait à 52.269,60 euros par an hors charges (à quoi il faut ajouter des rémunérations de licences et le pourcentage perçu personnellement par MM. Orefice et Delarozière sur la billetterie des Machines de l’île et sur le chiffre d’affaires de leur boutique). Jean-Marc Ayrault s’était aussi fait rouler dans la farine en oubliant de négocier la cession des droits à l’image (son homologue de Toulouse, Pierre Cohen, commettra la même erreur par la suite). 

La Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire ne semble pas s’être intéressée à cette situation étrange. Mais avant de signer quoi que ce soit, Johanna Rolland ferait mieux de demander son avis, comme le lui permet l’article L211-8 du code des juridictions financières.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Madame Johanna Roland est une personne censée. Elle aura lu vos billets, du moins les techniciens de ses services lui auront fait parvenir un condensé. Interrogeons-nous sur la Constitution. Celle-ci permet-elle de destituer un(e) élu(e) en cas de délire notoire ? Par exemple balancer 50 milions d'€ dans une carrière désaffectée ? La Chambre régionale des comptes peut bien être saisie, d'autres élus et leurs amis sont fin prêts à saccager l'environnement pour deux miliards d'€ d'argent public.

Sven Jelure a dit…

Vous me faites beaucoup d'honneur en pensant que Johanna Rolland serait susceptible de me lire ! J'espère quand même que ses services se seront posé les mêmes questions que moi. Mais d'autres critères que la logique ont pu intervenir dans leurs conclusions... Et par ailleurs je ne suis pas très certain que leur imagination soit très riche : à force d'acheter à l'extérieur toutes les prestations de service, certaines de leurs fonctions ont pu s'atrophier.
Je ne dirais pas qu'un gros investissement dans une carrière désaffectée est forcément gaspillé. En l'occurrence, la carrière de Miséry et son environnement immédiat ont un rôle capital à jouer dans la rénovation du Bas-Chantenay. Ils formeront le chaînon qui rattachera le reste au centre-ville. Si Johanna Rolland ne veut pas rater cette opération comme Jean-Marc Ayrault a raté l'île de Nantes, elle a intérêt à partir du bon pas avec Miséry, et y faire quelque chose qui déclenchera un "effet waouh !" se défend. Dans ce cadre, l'Arbre aux hérons est probablement une idée à envisager. Mais -- j'y reviendrai peut-être -- je ne crois pas qu'elle soit très pertinente. Et surtout, en commençant par arrêter le détail du décor au lieu des principes d'ensemble de l'aménagement, on veut mettre la charrue avant les boeufs (or la faire tirer par des hérons ne permettra pas d'aller bien loin).

Anonyme a dit…

Le terme "balancer" ne s'appliquerait bien sûr qu'à la licence Delarozière. Se retrouver encore sous la menace économique et esthétique d'un machin à Delarozière... Cette fois dans les BDC, c'en est assez !

Vous avez raison de souligner l'importance de l'aménagement de Misery et cela mérite en effet quelques concertations et milions d'euros. C'est un réel défi que vous lancer à Madame le Maire. Elle n'a en effet pas intérêt à se planter, le coin est (sur)chargé d'Histoire. Vous me retorquerez que c'était le cas des chantiers, mais il était trop tard JMA déjà trop gâteux à préférer des marionnettes et des manèges pour les p'tits nenfants qu'il a fini par confondre avec ses administrés.

Problème, si l'on envisage un plan global pour adoucir l'espace [terme à la mode] et enjoliver d'un seul coup d'oeil, la Loire, les quais et la carrière, guère d'autre solution que de raser des bâtiments existants !? En contre-partie nous allons bien trouvé dans les parages un vieux hangar remarquable à la structure métallique rivetée à signaler à SOS Patrimoine... On traite la corrosion et le contribuable dérouille !

Sven Jelure a dit…

Tout à fait d'accord, je crois que les bâtiments existants ne sont pas rachetables. Il faudra peut-être un peu de courage pour les sacrifier, mais c'est ça la destruction créatrice ! (Horresco referens, je sais !)

Anonyme a dit…

Gestion désastreuse et consternante, dans la droite ligne des pratiques du précédent exercice municipal.

Aucune vision d'ensemble, pas même pas une ligne verte directrice pour coordonner ces "grands projets" à l'utilité contestable, qui font à chaque fois le bonheur des bétonneurs et des quelques opportunistes.

La constante pour le contribuable usager : subir des aménagements "m'a tu vu", qui rendent très bien en photo sur le bulletin de propagande municipal et métropolitain, mais au côté pratique aberrant (on se demande si quelqu'un regarde réellement les projets avant réalisation) et devoir en subir les coûts astronomiques.

La marque de Mme Rolland est la "démocratie participative" (débat sur la Loire, débat sur je ne sais plus quoi qui n'a pas fait long feu...), mise en œuvre dès 2002 au Creusot si l'on en croit wikipédia. "En 2012 elle est nommée 1re adjointe chargée de l'éducation, de la jeunesse, des grands projets urbains et de la politique de la ville. Elle travaille sur différents projets d'urbanisme : le grand projet de ville Malakoff, le grand projet global Bellevue, l'île de Nantes et le quartier de la Création."

Il ne faut pas s'étonner dès lors de retrouver ces mêmes thèmes lors de son mandat. Sans plus de vue d'ensemble et de volonté marquée que son prédécesseur, car ce poste temporaire n'est peut-être qu'un tremplin pour cette apparatchik encore jeune. Son futur grand projet risque fort d'être la reconstruction d'un parti socialiste en ruine après les défaites électorales sévères à venir.

Anonyme a dit…

Misery,

Les cadistes de la carrière, dont je suis, mobilisés et prêts à se défendre contre une (im)plantation du musée Delarozière... Le lobby des ascenseurs et monte-charges suggère des liaisons verticales entre le jardin des Oblates et le rez-de-chaussée... Les vendéens du Puy du Fou émettent le souhait d'y délocaliser des reconstitutions fusillade & lumière en décor naturel... La Façade Ouest et la Cordée Nantaise réclament une paroi parce que c'est moins loin et plus abrupte qu'à Pont-Caffineau...

Les hirondelles et les martinets qui venue l'été tournoient en frôlant la falaise réchauffée où pullulent insectes n'ont franchement pas envie d'être emmerdés...

Miseriae...

Anonyme a dit…

En juillet 2016, notre JMA local devenu national puis international et mécène historique d'Oréfice -Delaroziére se lamente de l'encerclement d'Alep par les troupes de Saddam Hussein !?

Allez, Jean-Marc, fait tourner, elle a l'air d'être bonne...