vendredi 8 juillet 2016

Arbre aux hérons : Miséry et prodigalité

Trente-cinq millions d’euros pour un Arbre aux hérons dans la carrière de Miséry, est-ce si coûteux ? Bah ! ça n’est que le prix d’un bon joueur de foot, 35 millions, c’est le ticket classique du mercato, ces temps-ci, évoqué pour Kalidou Coulibaly, Éric Bailly, Renato Sanches, Yacine Brahimi, Michi Batshuayi, Joao Mario ou Luiz Gustavo. Mais les footballeurs, les clubs savent pourquoi ils les paient. Du moins, ils feraient mieux de savoir.

À ce jour, on ne sait pas très bien ce que Nantes achèterait pour 35 millions. D’ordinaire, quand une ville achète un grand équipement, elle établit un cahier des charges et lance un appel d’offres. Rien de tel chez nous. On est entre amis. Mme le maire achète sur la foi d’une maquette, de quelques dessins et de la réputation de Pierre Orefice et François Delarozière. Or ces derniers ne sont même très sûrs du contenu du projet. « Le projet continue de s’inventer. La page blanche s’écrit », déclare Pierre Orefice dans Ouest France aujourd’hui. Bref, on ne sait pas ce qu’on achète. Et pourquoi ça coûte 35 millions d’euros, alors ? Parce que !

Il y a plus de trois ans que ce montant a été annoncé, on n’en a jamais démordu : belle stabilité du budget, non ? Du moins avant le premier coup de pioche. S’en tiendra-t-on là après ? Ce n’est pas forcément dans les habitudes de MM. Orefice et Delarozière. Le Grand éléphant, la Galerie des machines et la branche prototype devaient initialement coûter 4,8 millions d’euros. Ils ont finalement coûté 6 millions, sans compter la cafétéria. Le Carrousel des mondes marins devait coûter 6,4 millions d’euros, il en a coûté 10. Hors taxes. Un dérapage du même ordre mènerait l’Arbre aux hérons pas loin de 55 millions d’euros.

Et l’on ne parle ici que de l’investissement initial, que Nantes a renoncé à récupérer. L’exploitation des Machines de l'île, elle, aurait dû « tendre vers l’équilibre » en 2009 : sept ans plus tard, elle continue à coûter aux Nantais et voisins plus de 1 million d’euros par an ! (Un avenant à la convention de délégation de service public, fin 2015, avait prévu de ramener la subvention un peu au-dessous du million « au vu de la très bonne dynamique de fréquentation du site », mais un nouvel avenant, quatre mois plus tard, a rendu aux Machines plus de la moitié de la somme prétendument ratiboisée.)

Avec l’Arbre aux hérons, l’avenir ne se présente pas trop bien. « Nous allons lancer une étude de faisabilité qui doit s’étaler sur deux ans », déclare Johanna Rolland, interrogée par Stéphane Pajot et Virginie Meillerais, dans Presse Océan. Mme le maire aurait donc pris une décision avant de savoir si elle était faisable ? L'an dernier pourtant, comme rappelé ici avant-hier, elle subordonnait toute décision à une étude de faisabilité. Elle a donc changé d’avis et subordonné l’étude de faisabilité à la décision... Une étude à 4 millions d’euros, quand même, qui fait déjà monter la facture à 39 millions, sans compter l’aménagement de la carrière de Miséry. Et qui rappelle que la branche prototype installée sur les Nefs de l’île de Nantes avait déjà pour but de vérifier la faisabilité de l’Arbre, moyennant déjà une dépense de 0,6 million d’euros. 

Faisable, pas faisable ? La seule chose sûre, c’est que l’Arbre sera payable.

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