lundi 26 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (4) hommage nantais au parallélépipédisme

Le projet d’un nouveau musée d’arts avait été voté dans l’enthousiasme en 2009, y compris par l’opposition. Il fallait relancer le musée des beaux-arts, pas assez fréquenté. Peut-être était-ce une question de personnes, peut-être fallait-il surtout un conservateur imaginatif et dynamique, capable de créer et de promouvoir des concepts forts. Mais il est vrai que les Henri-Claude Cousseau ne courent pas les rues. Et qu'une municipalité raisonne plus volontiers en termes de budget et de béton.

De plus, Jossic voulait dépasser Josso*. Il expliquait ainsi le projet : « nous construisons du côté de la rue Léon Gambetta un bâtiment contemporain, en faisant appel à un architecte de renommée. Il est souhaitable, s’agissant d’exposer principalement les œuvres de la collection contemporaine, que l’écrin lui-même soit un bâtiment de grande valeur architecturale contemporaine. »

L’architecte choisi, Patrick Richard, directeur d’un cabinet britannique, coche sûrement la case « architecte de renommée ». Mais il pousse un peu le bouchon quand il affirme : « c’est un projet très nantais, avec une architecture que nous n’aurions pas faite ailleurs ». Quelle est donc cette architecture si particulière ? Elle est résumée dans le nom par lequel les instances officielles désignent en général ce nouveau bâtiment : « le Cube ».

Un cube. Une forme originale, très nantaise, « de grande valeur architecturale contemporaine » et infaisable ailleurs. Enfin, presque. De la Kaaba de La Mecque (17e s.) au Cube de Birmingham (2010) en passant par la Grande Arche de La Défense (1989) ou l’Atlas de Wageningue (2007), les constructions cuboïdes remarquables ne se comptent jamais que par centaines.

Le cube est en outre polyvalent. Il ne dénote pas seulement une singularité architecturale nantaise mais aussi une continuité de l'espace et du temps. « Nous avons conçu la nouvelle extension comme un trait d’union entre le XVIIe, le XVIIIe siècle, le palais, et l’extension, la chapelle de l’Oratoire », explique Patrick Richard. « Cela s’est fait à travers les matériaux et un peu par la forme monolithique du cube. » L’avantage du cube, en somme, c’est qu’on peut lui faire dire tout et n'importe quoi dès qu’on prétend lui donner une signification.

Et c’est contagieux. L’originalité du cube s’étend à son matériau : le marbre blond de sa façade serait un « clin d’œil au tuffeau nantais et au granit »si l’on en croit Le Voyage à Nantes, multirécidiviste de la formule inutile. Ce clin d’œil marmoréen épatera sûrement les minéralogistes. À moins que ce soit un pied-de-nez ? Ou un doigt dans l’œil ?

Cependant, il y a peut-être une logique dans ces élucubrations. Le nouveau bâtiment étant destiné à « exposer principalement les œuvres de la collection contemporaine », quelque chose me dit que l’intérieur vaudra l’extérieur : il permettra des commentaires extravagants.
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* Clément Marie Josso (1853-1928), architecte du musée des beaux-arts de Nantes. Un génie très en avance sur son temps si l’on en croit Nantes Métropole, qui affirme : « Le musée des Beaux-Arts est une vieille dame doublement centenaire. Construit en 1801, le monument n’avait pas connu d’opération profonde de restauration depuis sa fondation ». Bah ! on n’en est pas à un siècle près…

jeudi 22 décembre 2016

Arbre aux hérons : le fol optimisme de Nantes Métropole

Rappel des épisodes précédents : les financements de l’Arbre aux hérons sont tout aussi peu francs du collier que les chiffres des Machines de l’île. Mais ce n’est pas tout. Le dossier publié par Presse Océan le 9 décembre évoque aussi l’exploitation future de l’Arbre aux hérons, et ça n’est pas triste. Il confirme son objectif de fréquentation : 400.000 visiteurs. Ce qui permet d’établir le petit tableau ci-dessous :



Investissement
Fréquentation annuelle
(2015 pour les Machines existantes)
Soit montant de l’investissement nécessaire pour 1 visiteur/an
Éléphant et Galerie
5,2 millions d’euros
353.000
14,73
Carrousel
10 millions d’euros
260.000
38,46
Arbre aux hérons
35 millions d’euros
400.000
87,50

Il faut donc investir de plus en plus d’argent pour espérer faire venir un visiteur ! Le jeu en vaut-il quand même la chandelle ? « La métropole estime les retombées économiques de l’Arbre aux hérons à 30 millions d’euros et 400.000 visiteurs », assure Presse Océan.

On ne dit pas comment ce score de 400.000 visiteurs est obtenu. Mais il doit correspondre grosso modo au nombre actuel de visiteurs des Machines de l’île. Leurs 613.000 « visiteurs » de 2015 désignent en fait le nombre de billets vendus au total pour les trois attractions existantes – or certaines personnes en visitent plus d’une.

Visiteurs : on espère des nababs

On ne dit pas non plus comment les retombées sont calculées. Les 30 millions d'euros envisagés impliquent, par exemple, 300 euros de dépenses en moyenne pour une famille de quatre personnes, dont 34 euros pour les billets (au tarif actuel des Machines de l’île). Est-ce plausible ? Oui, pour une famille qui, attirée à Nantes par l’Arbre aux hérons, passerait une nuit à l’hôtel et dînerait au restaurant. Hôteliers et restaurateurs pourraient alors remercier les contribuables.

Mais ces 300 euros sont une moyenne. Ceux qui ne passeraient pas la nuit à l’hôtel et/ou se nourriraient de sandwichs contribueraient à l'abaisser. On sait que 42 % des visiteurs des Machines viennent aujourd’hui de Loire-Atlantique, avec des retombées économiques certainement très faibles. Et au moins 15 % viennent des départements limitrophes. Si les proportions étaient identiques pour l’Arbre aux hérons (or pourquoi seraient-elles très différentes ?) il faudrait que les visiteurs venus de plus loin mènent grand train pour parvenir à la dépense moyenne espérée !

Et bien entendu, il faudrait aussi que ces 400.000 visiteurs soient des visiteurs supplémentaires, qui ne seraient pas venus à Nantes, pour voir des amis par exemple, sans l’Arbre aux hérons. Sinon, leurs retombées ne pourraient être imputées que partiellement à celui-ci, voire pas du tout. Ce serait le cas en particulier s'ils visitaient aussi les Machines de l'île. Et si certains visiteurs préféraient aller voir l'Arbre au lieu des Machines ? Ah ! là, ce serait ennuyeux...

Grosses dépenses fixes, recettes incertaines

Tant qu’on y est, il faudrait aussi s’interroger sur le compte d'exploitation futur de l’Arbre aux hérons. Les Machines ont toujours été incapables de couvrir leurs frais. Ferait-il mieux ? Il y a intérêt ! Déjà, pour couvrir les remboursements de l’emprunt prévu par son plan de financement, il faudrait une marge d’au moins 3 euros par billet vendu – alors que les Machines perdent jusqu'à présent quelque 2 euros par billet vendu.

Est-ce jouable ? Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que le fonctionnement de l’Arbre aux hérons coûterait très cher. Il lui faudrait une billetterie propre et de nombreux « médiateurs » et techniciens pour sécuriser les visites : on n’embarque pas sans précaution sur les ailes d’un héron mécanique à 40 mètres d’altitude. Enfin, sa visibilité serait une cause de vulnérabilité : pour parer aux menaces d’attentats, il faudrait prévoir une petite armée de vigiles. Aux frais de qui ?

Il ne fait pas toujours beau au-dessus de Miséry
Côté recettes, cependant, l’exploitation serait perturbée par les intempéries. On peut visiter l’Éléphant, la Galerie ou le Carrousel par temps de pluie ou de grand vent. Mais les rafales ou les averses ne sont pas propices à un voyage à dos de héron. Charges fixes élevées, produits aléatoires : c’est la recette d’un désastre financier.

Tout ça, allez-vous me dire, ce sont de pures conjectures de ma part. C’est vrai. Tout autant que les espérances de Nantes Métropole. Mais moi, je ne propose pas de claquer 35 millions d’euros en croisant les doigts pour que ça marche.

mardi 20 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (3) heureusement, Pascal est là

« Sur le plan du coût des travaux nous nous en tirons bien, parce qu'en plus, les études ont été extrêmement bien conduites », déclarait Jean-Louis Jossic, adjoint chargé du dossier du musée d’arts de Nantes, au conseil municipal du 3 avril 2009. Et de préciser : « nous avons vu les choses au mieux, ce qui permet d’arriver à un montant total de 34,6 M € HT, pour un montant de travaux seuls s’élevant à 26,7 M €. »

Dès l’origine, le projet présenté par l’adjoint à la culture comprenait la construction d’un nouveau bâtiment sur la rue Gambetta, la création de locaux techniques et de réserves sous le bâtiment existant et le transfert des bureaux dans une extension. « Le projet englobe la rénovation du bâtiment existant (sur 3 500 m2) et la construction d’une extension de 5 800 m2 », indiquait Presse Océan le 3 avril 2009.

Le sujet était revenu sur la table du conseil municipal le 3 décembre 2010. « Dans la délibération d’aujourd’hui, deux petites lignes en bas à gauche indiquent 22 M € de travaux supplémentaires », s’était inquiétée Isabelle Loirat. Le budget est « parfaitement dans les clous », s’était insurgé Jean-Louis Jossic. « Le coût de l’opération qui était de 38,503 M € est toujours de 38,503 M € (…). On est exactement dans les mêmes sommes. »

Changement de ton lors de la séance du 7 décembre 2012 : appels d’offres infructueux, découverte de veines d’eau, projet retravaillé, réouverture retardée de deux ans… Quant au coût des travaux, boum ! D’un seul coup d’un seul, « le coût d'opération total s'élève à 83,28 M€ HT (en valeur septembre 2013) et l'enveloppe financière totale affectée aux travaux s'élève à 58,74 M€ HT ». Malgré ses « études extrêmement bien conduites », Jean-Louis Jossic annonce tout simplement une augmentation de plus de 140 % par rapport au « montant total de 34,6 M € » annoncé en 2009.

Des économies à la Pyrrhus

Mais au conseil municipal du 28 juin 2013, une fois Jean-Marc Ayrault remplacé par Patrick Rimbert, Jean-Louis Jossic apporte enfin une bonne nouvelle : « à force d’affiner (…) nous arrivons à économiser. Cela arrive car il y a de bons services qui font du bon travail. Nous arrivons à une moins-value de 1,3 M€ ». Au lieu de 83,3 millions d’euros, le projet n’en coûterait « que » 82,1. Instruit par l’expérience, André Augier, conseiller municipal d’opposition, se sent sceptique, d’où le dialogue suivant :

M. Augier, Conseiller municipal. ‑ Merci Monsieur le Maire. Je voudrais dire quelques mots sur ce dossier. Je constate d'abord qu'il nous apporte plusieurs informations très importantes. La réouverture se fera en deux temps, 2016 pour la partie neuve, 2018 pour le Palais des Arts. C'est bien ça, on s'y tiendra cette fois-ci. Le coût de l'opération s'élèvera à 82,1 M€. Là aussi, vous pensez que l'on s'y tiendra ? On verra. J'attends maintenant d'avoir des preuves.

M. le Maire ‑ Pascal Bolo sera là. Il surveillera cela.

Mais s’il y a de bons services qui font du bon travail, il faut croire que le travail est meilleur encore quand il est fait par d’autres. Sept mois plus tard, le 20 janvier 2014, la ville de Nantes publie cette nouvelle stupéfiante : en confiant l’ensemble du projet à une seule entreprise, Quille Construction, on va faire encore plus d’économies (mais pourquoi n’avoir pas commencé par là, se demandent alors les grincheux ; « nous avons vu les choses au mieux », assurait pourtant Jean-Louis Jossic en 2009). « Le coût des travaux étant réduit de 9.897 M€ HT, le coût total d’opérations connaîtra de ce fait une baisse équivalente », assure-t-on. Puisque l’enveloppe votée était de 82,1 millions en juin 2013, on suppose que le total tombe aux alentours de 72,2 millions d’euros. De quoi faciliter la surveillance de Pascal Bolo !

Et aujourd’hui, on apprend que, grâce à cette surveillance attentive, l’addition finale s’élèvera à… 88,5 millions d’euros, soit 16,3 millions de plus qu’annoncé en 2014 et 6,4 millions de plus que promis-juré en 2013.

dimanche 18 décembre 2016

Le temps s’écoule plus vite aux Machines de l’île

Les Machines de l’île sont-elles le cadre d’un phénomène physique extraordinaire ? Il paraît que le temps s’y écoule plus vite qu’ailleurs.

« On est dans un autre monde », proclamait l’autre jour (16 décembre) Pierre Orefice dans Presse Océan à propos du programme de Noël aux Nefs, animation organisée chaque année avec vin chaud, sculptures sur glace et spectacle de cirque. « Un autre monde » ? Encore une rodomontade du patron des Machines de l’île ? Peut-être pas. « Les enfants ont grandi », poursuivait-il. « Ceux qui avaient 4 ans lors de la première édition ont aujourd’hui 14 ans ! »

La première édition de Noël aux Nefs a eu lieu fin 2007 : faites le compte…

J’ai souvent souligné les calculs bizarres de Pierre Orefice sur les sujets les plus divers, du nombre de visiteurs étrangers aux Machines de l’île à la fréquentation des groupes en passant par la taille du Carrousel ou sa vitesse de rotation. Mais il n’est sûrement pas incapable d’additionner 4 et 9. Ces neuf ans qui en deviennent dix pourraient révéler autre chose.

D’après la théorie de la relativité, un cosmonaute qui ferait un long voyage à bord d’une fusée à une vitesse proche de la lumière constaterait à son retour que le temps s’est écoulé plus lentement pour lui que sur Terre. Il aurait vieilli moins que ses parents et amis. Dans cet « autre monde » que sont les Machines de l’île, c’est l’inverse. Peut-être à cause de la lenteur quasi surnaturelle du Grand éléphant ?

Le phénomène est intéressant, sans aucun doute. Mais un peu ennuyeux quand même. « Visitez les Machines de l’île, vous vieillirez plus vite » n'est pas un slogan idéal.


vendredi 16 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (2) un calendrier qui oblige évidemment

Le musée d’arts de Nantes ouvrira le 23 juin 2017, a annoncé Johanna Rolland voici quelques jours. En présentant le projet devant le conseil municipal du 3 avril 2009, Jean-Louis Jossic, alors adjoint à la culture, déclarait : « Le calendrier, enfin. Il me paraît important de le préciser. Ce calendrier oblige évidemment, et nous lançons le chantier dès à présent. Mais ce chantier nécessite une fermeture des bâtiments à peu près de la mi-2011 au début 2013. »

Ce calendrier qui « oblige évidemment » a donc dérapé de près de quatre ans et demi !

Je vous vois venir : vous allez me dire que c’est la faute à pas de chance, que sans la nappe phréatique fortuitement découverte sous le musée, il n’y aurait eu aucun retard. Mais attendez un peu ! Voici ce que déclarait aussi Jean-Louis Jossic le 3 avril 2009 : « Sur le plan du coût des travaux nous nous en tirons bien, parce qu'en plus, les études ont été extrêmement bien conduites. » Oui, c’est inscrit en toutes lettres au procès-verbal.

On aurait pu supposer que ces « études extrêmement bien conduites » avaient tenu compte des enquêtes menées par le BRGM en 2005 et 2009 pour déterminer la profondeur des nappes phréatiques sur le territoire de Nantes Métropole. Il faut croire que non, finalement. Par ailleurs, ces « études extrêmement bien conduites » avaient mal apprécié le coût des travaux : faute d’entreprises candidates, une bonne partie des premiers appels d’offres avaient été infructueux. Si bien que le musée avait commencé à prendre du retard dès le premier jour.

Il n’est reparti du bon pied qu’en 2014, une fois repris en main intégralement par une entreprise unique. Se pourrait-il que les premiers intervenants aient été mal choisis ? Sûrement pas : parmi les cinq membres du jury du concours de maîtrise d’œuvre figurait une conseillère municipale nommée Johanna Rolland.

mercredi 14 décembre 2016

Trois fois rien pour Royal de Luxe

Coucou le revoilux ! Le prochain conseil de Nantes Métropole doit voter une subvention de 310.000 euros à Royal de Luxe, nous apprend ce matin Presse Océan sous la signature de Stéphane Pajot et Emmanuel Vautier. Il faut bien songer à la gamelle, et pour cela se manifester de temps en temps auprès des édiles nantais, apparemment prêts à signer des chèques en échange de vagues promesses.

Il y a longtemps que Royal de Luxe ne remue plus une oreille à Nantes, sauf dans les 10.000 m2 de bâtiments gracieusement mis à sa disposition dans le Bas-Chantenay. La dernière balade en ville de sa grand-mère date de début juin 2014, ce qui ne la rajeunit pas. Elle-même n’était d’ailleurs qu’un sous-produit d’une famille née il y a vingt-trois ans, en 1993, avec Le Géant tombé du ciel

Le mur bâti en 2011 place de la Bourse, déplacé à grands frais place Ricordeau quatre mois plus tard et rénové en 2013, est à l’agonie. Apparemment, plus personne ne s’en préoccupe.

Le site web de Royal de Luxe est entré en léthargie. À la rubrique « Actualités » (pardon, « News », on a affaire à une troupe d’envergure internationale), l’information la plus récente date du 19 février 2016 : « Le 6 mars prochain, nous célèbrerons la fête de la Grand-mère Géante de Nantes ainsi que la fête de toutes les grands-mères. » Voilà qui ne mange pas de pain.

Il est vrai qu’il n’y a pas grand chose à raconter pour 2016. La troupe s’était persuadée qu’elle défilerait à Chicago au mois de juin. L’affaire est tombée à l’eau. Une fois de plus. Car Royal de Luxe a souvent eu tendance à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. La première recommandation émise à son intention par la chambre régionale des comptes dans son rapport de 2013 était celle-ci : « Trouver les moyens de garantir et de mieux sécuriser les recettes issues des contrats de cession ». Ça n’était pas mal vu. Peine perdue !

Et, au fait, la deuxième recommandation de la chambre régionale des comptes était ainsi rédigée : « Définir des règles de gouvernance plus abouties et mieux sécurisées juridiquement ». Comme toute association qui reçoit des subventions publiques à hauteur de 153.000 euros ou plus, Royal de Luxe est tenu de publier ses comptes chaque année au Journal officiel (décret 2006-887). Il ne l’a fait qu’une seule fois, pour ses comptes de 2012. Les subventions reçues de la ville de Nantes, de la DRAC, de la région et, pour une pincée, du Crédit mutuel, s’élevaient à 1.459.602,80 euros. Depuis lors, la troupe s'est assise sur cette obligation légale.

Nantes Métropole osera-t-elle voter une subvention à une association hors-la-loi ? Il y aurait de l’abus. En plus, ce serait inutile. « La compagnie Royal de Luxe ne cesse de prouver qu’avec trois fois rien, on peut faire mille belles choses », écrit la ville de Nantes sur son site web (cf. copie d'écran ci-dessous). Formidable ! Puisque avec les poches pleines ces gens ne font plus grand chose, donnez-leur trois fois rien et tout s’arrangera.


lundi 12 décembre 2016

Un calendrier de l'Avent qui arrive après

Quand on porte un nom célèbre, il n’est pas facile de se faire un prénom. Mais il n’est pas indispensable non plus que ça nuise à une carrière. Tangui Jossic avait échappé à ce risque jusqu’à présent. Le fait que son père ait longtemps été adjoint à la culture de Nantes ne l’avait pas empêché de devenir enseignant à l’École des beaux-arts de Nantes Métropole, d’exposer à la HAB Galerie gérée par Le Voyage à Nantes, ni d’obtenir pour l’association Maison Fumetti, qu’il co-préside, une généreuse subvention municipale et un vaste local à la Manufacture des tabacs.

Mais si certains nourrissaient le moindre soupçon de népotisme, ils auront été rassurés par la dernière mission de Tangui Jossic : la décoration du calendrier de l’Avent géant installé au château des ducs de Bretagne. Là, ça n’est pas un cadeau. Il est même un peu ridicule d’arriver après tant de monde.

Les calendriers de l’Avent sont une tradition séculaire. Et pas seulement en petit format. Les calendriers géants occupant la façade d’un immeuble, souvent une mairie, sont nombreux en Allemagne et en Alsace (à Munster, Turckheim, Sainte-Marie-aux-Mines…). Des petites villes d'autres régions, comme Mougins, s’en sont aussi dotées depuis quelques années. Nantes ne joue pas vraiment dans sa catégorie.

Le calendrier du château de Nantes n’a pas de connotation religieuse. Mais les calendriers profanes sont légion depuis des années. Au lieu des images pieuses qu’ils contenaient autrefois, on y trouve à présent des chocolats, des parfums, des bières, des whiskys, des jeux, des thés… et même des préservatifs et autres gadgets érotiques. Le catalogue Toys « R » Us 2012 proposait pas moins de vingt-quatre calendriers de l’avant, dont ceux de Playmobil, du FC Barcelone, de M&M’s, de Lego, etc. L’exercice est incontournable pour des marques de produits de beauté comme Sephora, Clarins, L’Occitane, Nocibé, Kerastase, Lancôme… On vend même des calendriers de l’Avent pour chiens. Elle a publié en 2014 un Kama-soutra de l’Avent. Et Porsche proposait il y a quelques années un calendrier de l’Avent à 1 million d’euros ; chacune de ses fenêtres ouvrait sur un cadeau de luxe : montre, bijou, etc.

Comme d’autres marques ailleurs (Toyota au Canada, TBWA en Angleterre…), Sony a transformé son magasin parisien en calendrier de l’Avent géant en 2012. Mais un calendrier « culturel » confié à un artiste, ça c’est nouveau, non ? Non. Plusieurs années de suite, le centre d’art contemporain de Meymac (1.500 habitants) en Corrèze a ainsi décoré une ancienne abbaye bénédictine.

Il est un peu gênant de voir Nantes se plier sur le tard à cette mode déjà largement ressassée en France et à l’étranger. A-t-on au moins réussi à s’extraire du lot par une réalisation hors du commun ? À chacun d'en juger. Quant à moi, je trouve en tout cas que les couleurs pastel affectionnées par Tanguy Jossic manquent de contraste par rapport à la muraille : effet fadasse garanti. Et l’emplacement choisi est loin d’être parfait : peu nombreux sont les gens susceptibles de pénétrer quotidiennement dans la cour du château pour découvrir l’œuvre du jour et suivre le déroulement du scénario. C’est une grosse dépense pour pas grand chose.

samedi 10 décembre 2016

L’Arbre aux hérons, les Machines de l’île et le maquis des chiffres

Dès qu’il est question des Machines de l’île, on dirait que les mathématiques se détraquent. Comme on l’a vu hier, le financement de l’Arbre aux hérons prévu par Nantes Métropole et repris par Presse Océan confond allègrement fonds publics et fonds privés. Mais les références aux Machines existantes font aussi dans le bizarre.

Que lit-on ? Que les Machines de l’île « fonctionnent aujourd’hui avec un budget annuel de 7,5 millions d’euros, dont une subvention métropolitaine d’un million d’euros (86,6 % d’autofinancement) ». Or la subvention reçue par les Machines de l’île l’an dernier est en réalité de 1,28 million : 28 % d’erreur, qui dit mieux ? Corrélativement, cela voudrait dire aussi que leur exploitation ne s’autofinance en réalité qu’à 82,9 %*.

Et si l’on restait sur les chiffres indiqués, d’où viendraient les 6,5 millions hors subvention ? Pas seulement des ventes de billets : il aurait fallu que chacun des 613.496 billets écoulés l’an dernier ait été vendu 10,60 euros. Or ils valent 8,50 euros au tarif normal, sans parler des différentes réductions possibles. C’est-à-dire que l’exploitation des Machines de l’île est aussi financée par d’autres choses. En particulier par leur bistro : en voilà du culturel !

Mais si Nantes Métropole confiait à un exploitant privé ce café construit à ses frais sur un emplacement privilégié qui lui appartient, elle en tirerait un loyer coquet. Ce serait autant d’impôts en moins à demander aux contribuables. En l’attribuant gratuitement aux Machines de l’île, elle leur accorde une grosse subvention implicite qui s’ajoute à la subvention officielle. Il y en a d’autres, en particulier les campagnes de publicité réalisées par les supports de communication municipaux et par Nantes Tourisme. L’aide consentie aux Machines de l’île est donc bien supérieure au million allégué.

Si l'on compare ce qui est comparable, il y a de quoi frémir

Et attendez encore ! D’où sort ce « budget annuel de 7,5 millions d’euros », au fond ? Le rapport officiel 2015 de Nantes Métropole indique précisément : « Le budget total de 6,7 M€ HT (comme en 2014) présente un taux d’autofinancement de 85 % (79% en 2014) ». Entre les 6,7 millions officiellement comptabilisés et les 7,5 millions aujourd’hui allégués, il y a quand même 800.000 euros de différence (+ 11,9 %). Bien entendu, les montants varient selon qu’on les considère HT ou TTC. Nantes Métropole se plaît à jouer de la TVA comme ça l’arrange, un coup tu la vois, un coup tu la vois pas.

Pour couronner le tout, Nantes Métropole montre une mémoire sélective. Elle compare le coût prévu de l’Arbre aux hérons au coût constaté des Machines de l’île existantes. Mais que se passe-t-il si l’on compare le coût prévu de l’Arbre au coût prévu des Machines ? Quatre mois avant leur entrée en service, le Grand éléphant et la Galerie devaient coûter 4,8 millions d’euros. Résultat des courses : 5,2 millions d’euros (+ 8,3 %). Lors de la présentation du projet, le Carrousel devait coûter 6,4 millions d’euros. Facture finale : 10 millions d’euros (+ 56,25 %). Avec les mêmes taux de dérapage, le surcoût de l’Arbre aux hérons se situerait entre + 2,9 millions et… + 19,7 millions d’euros !

Ce ne sont que des chiffres, il est vrai. Ils ne changent rien à ce qui a été ou sera dépensé effectivement. Mais ils montrent avec quelle légèreté Nantes Métropole aborde ce dossier à 35 millions d’euros.
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* Petite mise en perspective historique : le budget 2008 des Machines de l’île ne s’élevait qu’à 2,2 millions d’euros, mais il était autofinancé à 92 % (Nantes Passion n° 186, été 2008). Plus les Machines tournent, plus leur déficit se creuse !

vendredi 9 décembre 2016

Un grand trou sans fonds pour planter l’Arbre aux hérons

Fonds privés : 12,9 millions d’euros + Europe, État, collectivités locales : 12 millions d’euros + Nantes Métropole : 12 millions d’euros, Total : 35 millions d’euros ! Ainsi Presse Océan présente-t-il le plan de financement de l’Arbre aux hérons dans un dossier de deux pages paru ce matin sous la signature d’Emmanuel Vautier et illustré par l’infographie de Cécile G. ci-dessous. Ce point de départ arithmétiquement boiteux n’annonce rien qui vaille ! Et en effet, si l’on y regarde de plus près, tout se détraque.


« Un tiers financé par la Métropole, un tiers apporté par des fonds privés et le tiers restant par d'autres partenaires publics », c’est bien la répartition annoncée de longue date par Nantes Métropole. Rien de nouveau sous le soleil, donc ? Si quand même : les 12,9 millions de « fonds privés » comprendraient en réalité un « emprunt et autofinancement des Machines de l’île » à hauteur de 8 millions d’euros.

Or les fonds des Machines de l’île ne sont pas des fonds privés. Pour commencer, les Machines de l’île n’existent pas ! Il y a d’une part les mécaniques elles-mêmes, qui appartiennent à Nantes Métropole, et d’autre part leur exploitation, qui est assurée par Le Voyage à Nantes, société publique locale, dans le cadre d’une délégation de service public. Où est le privé là-dedans ? L’argent des Machines est celui des collectivités locales. Fonds publics, donc.

Après les fonds publics repeints en fonds privés, la publicité repeinte en mécénat

Ensuite, pour l’« autofinancement des Machines de l’île », le compte est vite fait : depuis leurs débuts, en neuf ans d’exploitation, elles n’ont jamais dégagé le moindre euro de bénéfice. Au contraire, alors qu’elles devaient parvenir à l’équilibre dès 2009, elles continuent à faire des pertes tous les ans (merci aux contribuables qui bouchent régulièrement le trou). Donc zéro autofinancement pour l’Arbre aux hérons. Reste l’emprunt. Là, pas de miracle : pour qu’une banque prête de l’argent à une entité toujours déficitaire depuis l’origine, il lui faudra une garantie solide. Celle-ci ne peut venir que des collectivités locales : si l’Arbre aux hérons perd de l’argent (on parie ?) et ne peut rembourser l’emprunt… ce seront elles qui paieront. Fonds publics toujours.

Évidemment, une fois 8 millions de fonds publics repeints en « fonds privés », le reste devient plus facile. Au « mécénat », on ne demande plus que 4,7 millions d’euros, soit un peu moins de 15 % du total. « Mécénat » est-il d’ailleurs le mot juste ? Pour une part, il s’agirait de parrainer qui une branche de l’arbre, qui un banc. De la publicité, donc. À 50 000 euros chacune des vingt-deux branches et à 15 000 euros chacun des quarante bancs, on n’arrive cependant qu’à 1,7 million d’euros. Il reste quand même 3 millions à trouver, soit 64 % de l’enveloppe assignée au « mécénat ».

Bonne nouvelle tout de même, quinze entreprises se seraient déjà portées volontaires, assure Presse Océan. Quinze entreprises sur les soixante-six nécessaires pour parrainer les branches et les arbres qui représentent 36 % de l’enveloppe « mécénat », c’est un début. Sauf que, en juillet dernier, Ouest France faisait état de dix-huit entreprises volontaires. À ce rythme là, il n’en resterait plus une seule début 2019 !

(à suivre)

vendredi 2 décembre 2016

Médusant, le musée d’arts : (1) le grand projet du quatrième mandat

Des fois, j’ai des doutes. Ce blog a une vocation polémique. Un peu de critique ne peut pas nuire au milieu de la flagornerie ambiante. Mais ne m’arrive-t-il pas d’être injuste ? N’ai-je pas tendance à trop monter en épingle les errements de la gestion municipale ? À chaque fois, cependant, la Providence en fournit de nouveaux exemples. Dernier en date, le musée d’arts.

« Dimanche, le musée des Beaux-arts a fermé ses portes pour deux ans de travaux d’agrandissement », écrivait tranquillement Jean-Marc Ayrault sur son blog* le 26 septembre 2011. « Une fermeture avec la promesse d’un grand musée d’art à Nantes ouvert à tous les publics en 2013 ! » Merci pour la promesse : en réalité, si tout se passe bien, le musée rouvrira fin juin 2017.

Dans l’intervalle, il aura été un cas d’école de cafouillage municipal. Pas parce qu’il a été négligé, non. Tout au contraire : le musée d’arts devait être la réalisation emblématique du quatrième mandat municipal de Jean-Marc Ayrault. Ce dernier l’a déclaré lui-même au conseil municipal du 3 avril 2009 qui a décidé le lancement des travaux : de même que le musée du château des ducs de Bretagne avait été le grand projet de la période 2001-2008, « lors de ce mandat, le grand projet, c'est le grand musée d'art à Nantes ».

Il faut donc s’y intéresser. Car avant son départ, l’ancien maire de Nantes a lancé ce qui aurait été le grand projet de son cinquième mandat (2014-2020) si cinquième mandat il y avait eu : le nouveau CHU. Un grand projet ? Un projet colossal, même. Et vu les leçons de l’expérience, les Nantais peuvent nourrir les pires craintes.
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* Le « blog de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international », http://www.jmayrault.fr/ :

dimanche 27 novembre 2016

Lèse-Blaise : (9) Impression, soleil couchant

Résumé des épisodes précédents :

  • 5 novembre : Presse Océan décerne un carton rouge à Jean Blaise pour avoir déclaré à Paris Normandie qu’il voulait faire du Havre « la star de l’année 2017 ».
  • 8 novembre : « je n’ai jamais dit que Le Havre serait la star de l’année 2017 en France mais la star de l’événement que je prépare pour 2017 », rétorque Jean Blaise (au risque de confirmer une fois de plus qu’il est très capable de nier l’évidence).
  • 21 novembre : Presse Océan publie une double page où Jean Blaise s’autoglorifie à son aise ; oublié le carton rouge !
  • 22 novembre : La Méforme d’une ville se gausse de cette figure de vaudeville.
L’histoire ne s’arrête pas là. Hier, 26 novembre, dans sa rubrique « Les off de la semaine », Presse Océan a derechef épinglé Jean Blaise pour avoir « prédit la mort des musées » dans un entretien avec Médiapart. Ce qui n’est pas du meilleur goût alors que s’achève la rénovation du musée des Beaux-arts.

Mais la déclaration de Jean Blaise date en réalité d’une émission Contrechamp animée par Joseph Confavreux et Joy Sorman en avril 2016. La Méforme d’une ville lui avait fait écho le 22 octobre. Pourquoi la faire connaître aujourd’hui ? Sans doute parce que le temps presse : Johanna Rolland vient d’annoncer que le Musée d’arts de Nantes ouvrirait ses portes le 23 juin 2017.

Il reste moins de sept mois pour préparer l’inauguration. Pour le tourisme nantais, ce sera l’événement de l’année. Et même celui de la décennie (on y reviendra sous peu). Le Voyage à Nantes va devoir fournir un sacré coup de collier. Mais à quoi bon se donner du mal si les musées sont promis à une mort certaine ? Jean Blaise aurait pu trouver mieux pour motiver ses troupes. Et pour se motiver lui-même. Car il a déjà la tête ailleurs : comme rappelé ci-dessus, il dirige les préparatifs du 500e anniversaire de la ville du Havre.

Se rendre de Nantes au Havre
prend déjà une demi-journée
Intitulées « Un été au Havre 2017 », ces festivités concurrenceront évidemment la manifestation estivale du Voyage à Nantes. Mais surtout, elles vont accaparer le temps et l’attention du patron du tourisme nantais. Le Havre a prévu un dispositif énorme : on ne claque pas 20 millions d’euros en claquant des doigts. Jean Blaise va être très occupé et le sera de plus en plus en se rapprochant de la date inaugurale, le 27 mai. Quatre semaines avant l’ouverture du musée d’arts de Nantes ! Au moment où il devrait être en train de mettre la dernière main à une opération capitale pour Nantes, il sera accaparé par une opération capitale pour Le Havre. Il devra trahir l’une des deux villes.

Jean Blaise jure avoir accepté le poste havrais avec l’accord de Johanna Rolland. La responsabilité de cet énorme pataquès serait donc partagée. Mais cette mise en cause de madame le maire de Nantes n’est pas d’une suprême habileté. Nantes ne peut se permettre de rater l’ouverture de son nouveau musée. Or les résultats très moyens des dernières éditions du Voyage à Nantes n’incitent déjà pas à l’optimisme. Madame le maire de Nantes est-elle prête à endosser d’avance la co-responsabilité d’un demi-échec ?

Illustrations : copie partielle d'écran d'une vidéo de l'émission Contrechamp sur YouTube, copie partielle d'écran du site www.voyages-sncf.com

jeudi 24 novembre 2016

Hôtels de passe-passe pour le Voyage à Nantes

De quoi j’ai l’air ? À peine avais-je critiqué incidemment, mardi, les chiffres de la taxe de séjour allégués par Jean Blaise dans une interview à Presse Océan, lundi, qu’ils étaient confirmés* par un communiqué du Voyage à Nantes. Communiqué aussitôt repris par la presse. « Le tourisme estival progresse dans la métropole », titrait Ouest France, qui commentait : « Nantes deviendrait-elle une ville touristique ? Certains chiffres sont révélateurs, surtout l'été. Le nombre de nuitées marchandes, 521 489 les deux mois d'été, reste sur une pente ascendante. »

Devais-je me couvrir la tête de cendres ? Retirer mon article ? M’excuser publiquement ? Pas avant d’avoir examiné la question d’un peu plus près ! Et là, pas besoin de chercher longtemps. Voici la première page du dernier numéro d’Insee Flash Pays de la Loire :


En somme, tout stagne, sauf les hôtels. Mais Le Voyage à Nantes ne parle que des hôtels, et tant pis si la fréquentation baisse dans les autres types d’hébergement, en particulier les campings (moins 3,8 % en Loire-Atlantique). Sa présentation tient du jeu de bonneteau : Où est la fréquentation touristique ? Ah ! elle était sous le gobelet « hôtels » ! Encore gagné !

Et puis, même pour les hôtels, les chiffres avancés par Le Voyage à Nantes méritent qu'on les regarde d’un peu plus près. Les 521.489 nuitées hôtelières revendiquées représentent bien une augmentation de 4,9 % par rapport à l’été 2015. Mais en quoi cette augmentation signalerait-elle un succès particulier des animations estivales nantaises ? En Mayenne, la progression est de 10,2 %, et Le Voyage à Nantes n’y est pour rien. Pour la Loire-Atlantique dans son ensemble, elle est de 4,6 %. Avec ses 4,9 %, Nantes ne se distingue guère ; l’écart de 0,3  % représente moins de 1.500 nuitées.

Moins de touristes à Nantes, très probablement

Et puis, il n'y a pas que des touristes dans les hôtels nantais. La clientèle d’affaires a fortement progressé dans la région (+ 17,5 % de nuitées) et « représente la moitié des nuitées hôtelières de la région », précise l’Insee. Il est probable que cette augmentation a surtout porté sur les grandes villes. « De nombreux touristes et séminaristes se sont reportés sur Nantes en raison du contexte terroriste à Paris ou sur la Côte d’Azur » confirme Jean-François Dauchel, président du Club hôtelier de Nantes, interrogé par Frédéric Brenon dans 20 Minutes. La conséquence est claire : si la clientèle d’affaires a progressé bien davantage que la fréquentation générale… c’est que la fréquentation touristique a sensiblement baissé. En titrant « Le tourisme estival progresse dans la métropole », Ouest France est à côté de la plaque.

Et puis, comment se fait-il que la taxe de séjour ne progresse, à en croire Le Voyage à Nantes, que de 6,6 % en juillet et 2,6 % en août ? Comme Nantes Métropole l’a très fortement alourdie en 2016, son montant devrait augmenter bien plus que la fréquentation. Peut-être trouve-t-on un début d’explication dans ce que disait Jean-François Dauchel à 20 Minutes : « Des effectifs policiers importants, sollicités pour les manifestations contre la loi Travail, ont également rempli les hôtels de la métropole. Et puis, il faut savoir que l’État loge de plus en plus de demandeurs d’asile en attente d’hébergement. Dans certains établissements, ils occupent les trois quarts des chambres. » Un demandeur d’asile qui séjourne dans un hôtel pendant trois mois équivaut à lui seul à trente touristes qui y passent trois nuits ! Or les hébergements d’urgence sont exonérés de taxe de séjour : ceci explique peut-être cela…

Et puis, il n’y a pas que Le Voyage à Nantes pour attirer des touristes à Nantes. Le bilan 2016 de La Loire à Vélo n’est pas encore connu, mais il semble que son succès perdure. Et si les chiffres nantais de juillet sont meilleurs que ceux d’août, cela pourrait tenir un peu à la Maker Faire organisée aux Machines de l’île – pour laquelle les contribuables métropolitains ont versé 150.000 euros de subvention.

Conclusion : une fois de plus, Le Voyage à Nantes a sollicité les chiffres abusivement. Ils ne révèlent pas un succès touristique particulier en 2016, mais au mieux une stagnation et probablement une régression.
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* Ou presque. Jean Blaise avait évoqué une progression de la taxe hôtelière de 6,8 % en juillet et de 2,8 % en août ; il fallait lire 6,6 % et 2,6 %, corrige le V.A.N.

mardi 22 novembre 2016

Lèse-Blaise : (8) Jean Blaise toujours présent à Nantes – Presse Océan n‘y échappe pas

On ne devrait jamais quitter Nantes. À peine a-t-on a le dos tourné que des complots s’ourdissent, que des manants chuchotent, que des plumitifs se rebiffent. Témoin la mésaventure dont Jean Blaise a été victime le 5 novembre : Presse Océan lui a décerné un « carton rouge » en dix-sept lignes sur une seule colonne. Il y était accusé de « faire quelques infidélités à la cité des ducs de Bretagne » car il travaille pour Le Havre dont il veut faire « la star de l’année 2017 » à l’occasion de son 500e anniversaire.

Il fallait laver l’affront. Dès le mardi suivant paraissait dans Presse Océan une sorte de droit de réponse en dix-neuf lignes. Le grand homme avait « tenu à préciser son propos » en ces termes : « Je n’ai jamais dit que Le Havre serait la star de l’année 2017 en France mais la star de l’événement que je prépare pour 2017 ». Pour qui s’intéresserait à ce débat quasi homérique, il suffit de se reporter à l’article de Paris Normandie cité par Presse Océan le 5 novembre. « L’objectif est que Le Havre soit la star de l’année 2017 », y déclarait Jean Blaise – un point c’est tout.

Cet acte de contrition n’était pas suffisant : le 21 novembre, en guise de pénitence et d’hommage, Presse Océan a dû déposer une double page aux pieds de Jean Blaise. Ce dernier y déploie à sa guise deux de ses talents principaux, l’autosatisfaction et la langue de bois. Et cela dès la première question : « Quel bilan tirez-vous du Voyage à Nantes l’été dernier ? ». Réponse : « J’avais très peur. Nous avions des travaux partout dans la ville. Malgré cela, le tourisme a progressé. La taxe de séjour a encore augmenté : 6,8 % en juillet, 2,8 % en août. »

Le présent blog a plusieurs fois dénoncé les bilans bidonnés du Voyage à Nantes. On ne va pas louper cette nouvelle occasion. Car Jean Blaise omet de rappeler qu’en 2016 Nantes Métropole a fortement augmenté le montant de la taxe de séjour ‑ de 104,5 % pour les hôtels quatre étoiles, de 53 % pour les trois étoiles, etc. Pire : depuis le 1er août, Airbnb prélève une taxe de séjour pour le compte de la ville. Cette taxe de séjour qui a « encore augmenté » dénote donc une fréquentation en baisse.

Emmanuel Vautier, auteur de l’interview, ne l’ignorait sûrement pas. Il a préféré éviter le détail qui fâche. Mais il s’est quand même offert une petite insolence. Comme Jean Blaise évoque la rémunération de son travail au Havre, une note de bas de page complète : « Montant non-communiqué ».

Retrouvez la série « Lèse-Blaise » :

lundi 14 novembre 2016

Nantes et la Loire (15) : propos blasphématoires sur Julien Gracq

Ce qui suit est un blasphème mûrement médité. Philippe Le Guillou et autres gracquophiles bretons, ne vous en offusquez pas : rien de personnel là-dedans. Le titre de ce blog rend hommage à Julien Gracq, bien sûr, et s'il en prend aussi le contrepied, c'est pour défendre la ville, non pour dénigrer l'auteur.

Du temps où il était maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault distribuait volontiers La Forme d’une ville* à ses visiteurs. Longtemps je m’en suis étonné, tant le style aristocratique de l’écrivain tranchait avec la raideur petite-bourgeoise de l’édile. Mais à bien y réfléchir, ce choix n’était pas si étonnant.

Julien Gracq n’a pas compris grand chose à Nantes. Juste retour des choses, Jean-Marc Ayrault n’a probablement pas compris grand chose à Julien Gracq. Du moins ne l’a-t-il pas lu avec assez d’attention**. Une seule fois il l’a cité dans son blog, en 2009, reprenant le discours de ses vingt ans de mandat, qu’il n’avait pas nécessairement écrit lui-même. Il ne semble pas conscient que La Forme d’une ville n’est pas une description de Nantes mais la « représentation » que s’en fait un adolescent, pensionnaire du lycée Clemenceau.

Gracq le dit dès la première page. Et il y revient ainsi à la dernière : « Ville qu’à travers ces images emblématiques aucun repère n’ancre en moi dans le passé à une date fixe, parce qu’elle n’a donné lieu à aucun lien, à aucun attachement privé, à rien d’autre qu’à une poussée annexionniste du moi presque abstraite, à l’énorme boulimie acquisitive et prospective qui règne sur une vie entre onze et dix-huit ans. » Arrivé à Nantes à 18 ans, Jean-Marc Ayrault n’y a même pas vécu cette « boulimie acquisitive ».

La Loire de Nantes n’est pas celle de Saint-Florent

Comme partout dans l’œuvre de Gracq, les métaphores aquatiques abondent dans La Forme d’une ville. Mais elles évoquent plus souvent le ruisseau ou l’étang, voire la flaque, que le fleuve ou l’océan, sauf rares exceptions (la chapelle du lycée est « perchée comme le château arrière d’un trois-ponts*** à l’ancre »…). Elles culminent avec cette vision (p. 42) : « L’image de Nantes qui lève spontanément dans mon esprit (…) est celle d’un nœud mal serré de radiales divergentes, au long desquelles le fluide urbain fuit et se dilue dans la campagne. » Le liquide gracquien est rural.

Même dans Au château d’Argol, paradoxalement, l’océan (que Gracq appelle plutôt « la mer » ou « le golfe ») semble un décor plaqué. La fameuse scène du bain, dans laquelle Heide, Herminien et Albert nagent vers le large jusqu’à l’épuisement, est aquatique bien sûr, mais guère océanique. Le roman décrit des « étendues liquides et éternellement vides », une « mer plate », de « longs reflets mouillés », un « dos liquide ». « Il semblait à Albert que l’eau véritablement coulât sous eux », écrit même Gracq – une sensation qui appartient au baigneur de la Loire plutôt qu'à celui de l’Atlantique.

La Loire est peu présente dans La Forme d’une ville et ne l’est qu’en termes négatifs (« les eaux glaireuses du bras de Pirmil », « un fleuve inanimé »…). Gracq s’étend plus volontiers sur la Chézine, le Cens, l’Erdre. S’il décrit une promenade à Pont-Rousseau, il fait « halte le long de la Sèvre ». S’il pousse jusqu’à Saint-Sébastien, il voit « s’allonger déjà au bord de la rive sud les boires sommeillantes, les îles à fourrés de saules, qui m’étaient familières à St-Florent ».

Imperméables à l’onde de marée

Saint-Florent : tout est là ! Ce que voit de Nantes le jeune Louis Poirier exilé et pensionnaire est avant tout ce qui lui rappelle « la campagne de (sa) petite enfance »****. À la Loire, il préfère l’Evre, mince rivière qu’il chantera dans Les Eaux étroites – dont le titre dit bien qu’on n’y respire pas l’air du large. La Forme d’une ville est un texte d’angevin, écrit à l’eau douce. Le p’tit gars de Maulévrier qu’est Jean-Marc Ayrault a pu s’y retrouver aisément.

Saint-Florent-le-Vieil se dresse au bord de la Loire, bien entendu. Mais cette Loire n’est pas la nôtre. Le bourg paisible se trouve hors de portée de l’onde de marée, l'inversion du courant provoquée par le flux de l'océan. « Cette onde de marée, remontant la Loire toutes les douze heures, aurait-elle une influence sur notre inconscient, sur notre psychisme…? » demandait un jour Nantes c’est du gâteau. Cela ne fait aucun doute ! Nantes est une ville d’estuaire, l’Atlantique y est chez lui et cela change tout – au point qu’il faudrait rebaptiser le fleuve en aval de Varades.

En tant que maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault a entrepris une seule action d’envergure à l’égard de la Loire. Elle mériterait une psychanalyse : il l’a enfermée derrière des garde-fous au Hangar à bananes et tout au long du quai de la Fosse. Cet Angevin a trop lu Julien Gracq et pas assez Jules Verne.
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* Julien Gracq, La Forme d’une ville, Paris, Librairie José Corti, 1985. 
** Un indice : il a longtemps laissé subsister sur le site web de la mairie de Nantes une présentation générale de la ville qui évoquait « la flèche de la cathédrale témoin des temps anciens ». Julien Gracq, plus observateur, avait décrit « la cathédrale sans flèches ni tours, engluée dans les maisons comme une baleine échouée ».
*** Le dernier trois-ponts français, vaisseau de haut bord à trois rangées de canons, est apparemment le Valmy, déconstruit en 1891, dix-neuf ans avant la naissance de Julien Gracq. On ignore pareillement où et quand ce dernier a observé la « baleine échouée » de la note précédente.
**** C’est peut-être pour cela qu'il n’a « visité la cathédrale, pour y voir le tombeau de François II, qu’à vingt-cinq ans, et le château de Nantes (…) jamais. »

mercredi 9 novembre 2016

Lobbying pour NDDL (39) : L’anti-trumpisme primaire au service du projet d’aéroport

L'Institut d'études avancées dirigé par M. Supiot est
agréablement logé par les contribuables dans le nouveau
quartier Marcel-Saupin
M. Alain Supiot est professeur au Collège de France et président de l’Institut d’études avancées, un machin destiné à recevoir à Nantes des intellectuels « bien pensants » et financé par les contribuables (sa construction a déjà coûté 16 millions d’euros). Il a accueilli en résidence, par exemple, le professeur Massimo Amato, père spirituel de la SoNantes, qui elle-même est en train de nous coûter très cher – mais c’est une autre histoire.

M. Supiot, qu’on a connu beaucoup plus à gauche, a publié sur le site du Figaro une tribune sur « le grand délitement de la démocratie ». Et franchement, c’est n’importe quoi. Voici ce qu’on y lit :

« Pressé de dire s'il reconnaîtrait l'éventuelle victoire de sa concurrente Hillary Clinton, M. Donald Trump a répondu “J’accepterai sans réserve les résultats de cette élection présidentielle — si je gagne”. (…) Les Européens auraient tort de moquer cette déclaration d'apparence bouffonne, car elle témoigne d'un délitement de la démocratie dont nul pays n'est exempt. »

Hélas, la bouffonnerie est du côté du digne professeur. En effet, trois hypothèses se présentent :
a) il ne comprend pas l’anglais ;
b) il n’a pas écouté la déclaration du candidat et a seulement lu dans le New York Times une phrase coupée de son contexte ;
c) il bidonne délibérément en se disant que ses lecteurs n’iront pas vérifier ses propos.

Car voici exactement ce qu’a déclaré Donald Trump le 20 octobre :
« I will totally accept the results of this great and historic presidential election ‑ if I win. Of course, I would accept a clear election result but I would also reserve my right to contest or file a legal challenge in the case of a questionable result. Right ? And always I will follow and abide by all the rules and traditions of all of the many candidates who have come before me, always. »

Ce qui signifie à peu près :
« J’accepterai sans réserve les résultats de cette magnifique et historique élection présidentielle – si je gagne. Bien entendu, j’accepterais le résultat s’il est clair, mais je réserve aussi mon droit de le contester ou de l’attaquer en justice s’il est douteux. D’accord ? Et toujours je suivrai et je me conformerai aux règles et traditions des nombreux candidats qui se sont présentés avant moi, toujours. »

Donald Trump est un homme de spectacle, animateur d’émissions de télévision. La première phrase de ce passage est une accroche pour mettre le public en appétit. Elle ne signifie ABSOLUMENT PAS que Donald Trump prévoyait de contester le résultat en toute hypothèse s’il ne gagnait pas. Au contraire, il dit expressément qu’il acceptera un résultat clair… et qu’il contestera un résultat douteux, ce qui est la moindre des choses, non ? Toutes les démocraties, y compris en France et aux États-Unis, prévoient des recours contre les irrégularités électorales. Le candidat démocrate Al Gore y a eu recours en 2000. M. Trump a simplement refusé de se lier les mains par avance comme on l’y invitait. Rien de plus normal.

Volontaire ou involontaire, ce bidonnage est pour M. Supiot le prétexte d’un rapprochement acrobatique avec les débats autour de Notre-Dame-des-Landes. Je passe sur les détails : inutile de décortiquer une comparaison dont l’un des termes est si clairement faussé.

Cependant, une remarque s’impose.

M. Supiot écrit : « le Président de la République a, au terme d'années d'atermoiements, solennellement annoncé en février 2016 que la question serait tranchée par un référendum local. A sa surprise probablement, à celle sûrement d'une classe médiatique ayant unanimement soutenu les adversaires du projet, ce dernier fut approuvé par 55% des électeurs du département concerné. » Apparemment, il lui a échappé que le scrutin du 26 juin n’était pas le « référendum local » annoncé par le président de la République. C'était une « consultation locale », type de scrutin nouveau concocté en vitesse par Manuel Valls.

Comme son nom l’indique, cette consultation était consultative et non décisionnelle ainsi que l’aurait été un référendum. Pour un juriste, la différence est capitale. M. Supiot est juriste. Ce professeur au Collège de France parle doctement d'un sujet dont il avoue ignorer un pan essentiel !

samedi 5 novembre 2016

Lobbying pour NDDL (38) : la manif’ de trop est celle des partisans

Convoquer une manifestation en faveur du projet de Notre-Dame-des-Landes  moins d’un mois après celle de ses adversaires, c’était ambitieux, mais il ne fallait pas se louper.

Le résultat est clair : si les opposants ont réuni entre 15 000 et 40 000 personnes en pleine campagne le 8 octobre, les partisans en ont rassemblé 200 à tout casser (cent fois moins !) en plein centre-ville, devant la préfecture, ce 5 novembre. Ceux-là même qui réclament le début des travaux viennent de démontrer brillamment que l’envie d’aéroport pèse fort peu en regard du refus de l’aéroport.

Et à vrai dire, c’était couru. Quelle mouche avait donc piqué Alain Mustière et autres hérauts du projet de Vinci Airports ? Étaient-ils éblouis par le projet au point de croire que des dizaines de milliers de gens étaient prêts à le défendre dans la rue ? On a eu tout à l'heure une illustration cocasse de la faible mobilisation des partisans : quand un petit contingent d'une quinzaine d’opposants au projet a été signalé, un tiers des « manifestants » se sont aussitôt volatilisés.

Ou bien fallait-il liquider d’urgence le matériel de propagande qu’une décision de la cour d’appel administrative pourrait rendre obsolète pour de bon lundi prochain ? Les organisateurs n’avaient pas lésiné sur les cartons de déménagement déposés devant la préfecture et censés contenir les 270.000 bulletins de vote « oui » du 26 juin. Mais chacun a pu voir que ces cartons trimballés à bout de bras n’étaient pleins que de vide. Cette manifestation sentait le baroud d’honneur.


P.S. du 6 novembre : Qui donc exagère ?

« 300 personnes se sont rassemblées devant la préfecture », assure aujourd’hui la Une de Presse Océan. « Près de 300 manifestants », corrige (à peine) Virginie Meillerais en pages intérieures. Trois cents, ça n’est déjà pas beaucoup ! Mais c’est quand même plus que la réalité. Afin que les choses soient claires, voici une vue générale de la manifestation, prise à 10 h 10 (la manifestation débutait à 10 h 00). La photo ci-dessus a été prise à 10 h 22. Mais ils sont où, les 300 ? On voit que le nombre réel de manifestants est plutôt de l'ordre de 150 (en indiquant 200 à la louche, j'étais généreux !). Et moins encore si l'on en déduit les journalistes, les policiers en civil et les simples badauds. 


jeudi 3 novembre 2016

Bolopoly (34) : où en est l’exponentielle SoNantes à mi-année ?

D’accord, j’avais une vision particulièrement pessimiste de la SoNantes et de son avenir en me penchant sur la monnaie complémentaire nantaise, le 22 avril dernier : les adhésions d’entreprises étaient très en retard sur les prévisions, les perspectives d’équilibrage des comptes étaient hypothétiques, le montant moyen des transactions ne dépassait pas 24 euros et chacune d’elles coûtait à peu près dix fois ce montant !

La SoNantes fêtait quelques jours plus tard son premier anniversaire. Ses responsables affichaient alors un optimisme inoxydable : ça irait bien mieux dans les mois suivants. « Les monnaies locales affichent généralement une croissance exponentielle la deuxième année », assuraient-ils sur le site de Nantes Métropole. « Nous y sommes, il ne faut pas rater cet envol ».

Six mois se sont écoulés depuis lors. À mi-année, où en est-on de cette « croissance exponentielle » ? Fin avril, la SoNantaise, association animatrice de la SoNantes, revendiquait 160 entreprises adhérentes. On en est aujourd’hui à 178. Soit dix-huit nouveaux adhérents en vingt-six semaines. Pour mémoire, Larousse définit ainsi l’adjectif « exponentiel » : « Qui a une croissance rapide et continue ».

La fin octobre 2016 ne marque pas seulement le milieu de cette année de croissance exponentielle. C’est aussi le milieu du délai au terme duquel la SoNantes doit atteindre l’équilibre financier. La promesse est de Pascal Bolo, adjoint au maire de Nantes, vice-président de Nantes Métropole et président du conseil de surveillance de SoNao, la société de gestion de la SoNantes. Il l’a formulée lors du conseil municipal du 19 décembre 2014 : « Le plan d’affaire qui a été monté prévoit un équilibre en trois ans sur la base de 10 % des entreprises nantaises adhérant au système ». Ce qui signifie à peu près 3.000 entreprises. Courage, il ne reste que 2.822 adhérents à trouver en un an et demi.

C’est possible ! Il suffit de multiplier par 52 le rythme des adhésions. En voilà de l’exponentiel !

mercredi 26 octobre 2016

La droite au couteau entre les dents

Bruno Retailleau à la barre de fer, François Pinte au nunchaku, Julien Bainvel à la batte de base-ball, Laurence Garnier à la kalach’… Les voici donc à droite, à présent, les « sauvageons », comme dit le ministre de l’Intérieur ? C’est en tout cas ce qu’on imagine devant ce titre alarmiste de Ouest France dénonçant l’insécurité à Nantes. « La droite attaque ». Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour vendre du papier journal ! Ou pour gagner des voix ?



samedi 22 octobre 2016

Lèse-Blaise : (7) Xavier Crouan encense Jean Blaise ? Attendez voir !

Le nouveau directeur de l’information et de la relation au citoyen de Nantes Métropole, Xavier Crouan, entend « passer du dire au faire », assurait Presse Océan mardi dernier. Il ne se fait donc aucune illusion sur le travail de ses prédécesseurs !

Mais il se fait quand même des illusions sur ses collègues. Il loue « l’efficacité » de Jean Blaise : celui-ci aurait su « se mettre en phase avec une société qui veut vivre sur l’espace public et profiter de l’événement ». Or pour se mettre en phase avec une telle société, il suffit d’obtenir le budget, puis de régaler gratuitement. Au vu de l’étiquette « événement », le public comprend qu’il va pouvoir « profiter », pas la peine de le lui dire deux fois. La « relation au citoyen » est plus facile quand on le régale à l’œil.

Cependant, en fait d’efficacité, le « panem et circenses » de Jean Blaise est très en retrait sur celui des empereurs romains. La ligne verte a quand même moins de gueule qu’un combat de gladiateurs au Colisée. Là où il montre une grande efficacité, en revanche – et le professionnel qu’est Xavier Crouan ne tardera pas à s’en apercevoir ‑ c’est dans l’auto-promotion. Passer du faire au dire. De dossier de presse en communiqué, à force de proclamer ses propres mérites et de ressasser l’unique vrai succès de sa carrière, celui des premières Allumées dans les années 1990, il a fini par se composer une réputation que Tibère ou Domitien pourraient envier.

Xavier Crouan devrait cependant se méfier. La prochaine grande opération dont Jean Blaise devrait se mêler en tant que général en chef du tourisme nantais, est la réouverture du musée des beaux-arts, ou si l’on préfère l’ouverture du musée d’arts. Or les musées, il n’y croit plus. « L’art en intérieur va disparaître un jour de toute façon », déclarait-il à Médiapart voici quelques mois,

Peut-être faut-il y voir un reste d’amertume après le relatif échec de l’exposition inaugurale du MuCem de Marseille, Présentée vivante, dont il était l’un des commissaires, en 2013*. Mais s’il ne croit plus aux musées, comment pourrait-il bien gérer l’ouverture de celui de Nantes ? Vu l’importance capitale de l’événement, Johanna Rolland devrait sans doute veiller à ce que son exploitation touristique soit assurée par quelqu’un de plus convaincu.
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* En compagnie de Joy Sorman. Comme le monde est petit ! C’est aussi Joy Sorman qui a interviewé Jean Blaise pour Médiapart. Avec la férocité investigatrice qu’on imagine.


N.B. Merci à E.L. pour le lien vers la vidéo de Médiapart. Merci à A.L.P. pour ses conseils orthographiques.

lundi 17 octobre 2016

Lobbying pour NDDL (36) : des journées décisives

Gros camions de gendarmerie flambant neufs dans les rues de Nantes ce soir : livraison de routine, gesticulation ou prémices d’un assaut imminent sur Notre-Dame-des-Landes ?


Ce qui est certain, c’est que les jours prochains seront décisifs. La consultation du 26 juin est loin. Tout le monde voit bien que, au-delà de la quantité des avis sur le projet d’aéroport, la qualité des engagements n’est pas du tout la même dans les deux camps. Là où les opposants ont réuni peut-être trente mille personnes le 8 octobre, les partisans n’en ont pas rassemblé trente une semaine plus tard. Grenouille (ou triton crêté) qui veut se faire plus grosse que le bœuf, ils n’ont pu qu’empiler des cartons pleins de vide pour se donner de l’importance. En évitant prudemment de s’aventurer au-delà du bourg.

Et puis, depuis les doutes exprimés par François Hollande dans Un président ne devrait pas dire ça… et la franche opposition manifestée par Ségolène Hollande hier dans Le Journal du dimanche, le projet court un risque imminent de désaffection. À quoi bon ? Est-ce qu’un nouvel aéroport est vraiment utile ? N’y a-t-il pas mieux à faire de l’argent des contribuables ? Ces questions sont désormais dans l’air. On s’aperçoit (ou l’on s’avoue) que l’aéroport n’a jamais été une nécessité économique mais davantage un moyen pour quelques-uns de montrer qui a la plus grosse.

Les partisans les plus fervents de l’aéroport – on songe à Manuel Valls, à Bruno Retailleau, à Jean-Marc Ayrault… – se sont aventurés dans la situation du coyote de Tex Avery. Ils tricotaient des gambettes sans s’apercevoir que leurs soutiens étaient en train de s’effilocher. La déclaration de Ségolène Royal le leur révèle tout à coup. Ils savent que la chute va être dure. Surtout sans un aéroport pour atterrir.

Que faire dans cette situation ? La tactique la plus logique serait de tenter d’atteindre au plus vite un point de non-retour. Une fois la bataille engagée, on arguerait de la nécessité de « rétablir l’autorité de l’État » pour aller jusqu’au bout…