mardi 28 juillet 2015

Hôtel de la Duchesse Anne : Ayrault 0 – pelleteuses 1

Et voilà ! Quarante-six mois seulement après la fameuse lettre adressée par Jean-Marc Ayrault aux propriétaires « pour leur demander de bouger » (sic), l’Hôtel de la Duchesse Anne aura bientôt bougé jusqu’à terre. Définitivement.

Au bout de deux ans, l’influence colossale de Jean-Marc Ayrault avait tout de même porté ses fruits : le Groupe Giboire avait accroché sur la façade un panneau qui disait : « Ici, le Groupe Giboire investit pour la préservation du patrimoine ». Il annonçait des « travaux de sécurisation des façades » !

On a vu ce qu’on a vu : finalement, c’est la ville de Nantes qui se charge de faire démolir ce que son promoteur favori avait promis de préserver et ce que sa propre direction du patrimoine et de l’archéologie était censée protéger.

lundi 20 juillet 2015

Bolopoly (27) : Big Bolo is watching you

Pourquoi n’y a-t-il pas de maison close parmi les commerçants qui acceptent la SoNantes ? Parce que les clients y paient en espèces alors que la SoNantes fonctionne avec une carte de paiement du Crédit municipal de Nantes. Il y a des achats dont on préfère ne pas informer son banquier…

Tant qu’on le peut, en tout cas. Car la cashless society, la société sans espèces, nous attend au coin de la rue. Déjà, le décret du 24 juin 2015 divise carrément par trois le montant que chacun de nous peut régler en espèces. Au lieu de 3.000 euros, ce sera 1.000 euros seulement à partir du 1er septembre. Le montant plafond baisse ainsi de 2.000 euros d’un coup : le réduire encore de 1.000 euros ne devrait pas être trop difficile...

Interdire les paiements en espèce, c’est rendre impossible la fraude fiscale, le travail au noir, la revente de marchandises volées ? Vous voulez rire ! Pour qui vit dans l’illégalité, il est facile de payer avec des monnaies étrangères ou des métaux précieux.

La disparition des pièces et des billets serait en revanche une bonne affaire pour l’État et les banquiers. Elle éviterait les paniques bancaires comme on vient d’en voir en Grèce. Elle rendrait possible, comme on l’a dit, l’application de taux d’intérêt négatifs. Et surtout, elle permettrait à l’État de contrôler toutes, absolument toutes les dépenses des citoyens : « la société sans cash est une étape de plus vers l'économie totalitaire », écrit Simone Wapler.

George Orwell n’y avait pas songé. Dans 1984, il décrit un régime qui surveille ses citoyens en écoutant tout ce qu’ils disent. C’est beaucoup de travail pour peu de résultat. Observer tout ce qu’ils dépensent serait plus facile et plus fiable. Or les banques n’ont pas de secret pour l’État. Elles sont déjà habituées à lui fournir des informations sur les avoirs et les revenus de leurs clients. Pourquoi pas aussi des informations sur leurs dépenses ? On y va, à petits pas. Ou même à grands pas. « Nous nous opposons à l’instauration d’une société sans espèces qui institue un droit de regard de l’État sur tous les achats et ventes que nous effectuons (heures et lieux compris), ce que les dispositions de la ‘loi renseignement’, actuellement examinée en Assemblée, permettront », déplore la pétition lancée par les Publications Agora.

Alors bien sûr, le Crédit municipal de Nantes ne se soucie probablement  pas de savoir combien je donne à la quête le dimanche, quels journaux j’achète ou si je bois trop de muscadet. Mais il est probable que son expérience locale de cashless society au petit pied sera observée attentivement à Bercy et au ministère de l’Intérieur. Ça pourrait servir un jour.

lundi 6 juillet 2015

Un grand huit désert, immobile et silencieux

Souvent, le soir, en voyant les garçons de café empiler les chaises de leur terrasse, je me suis demandé ce qui se passerait s’ils continuaient à l’infini. Les piles toucheraient-elles aux cieux ? Leur subtile inclinaison en ferait-elle des cercles, des ellipses, des paraboles, des tas informes écroulés sur le pavé ?

Je me réjouissais d’obtenir une réponse avec Stellar, l’installation de Baptiste Debombourg place du Bouffay. Déception ! Ces sièges solidement boulonnés sur des tubes cintrés n’évoquent en rien un essor céleste. Le deus ex machina est bien trop visible. Les vis et les écrous apportent immobilisme et rigidité là où il faudrait aisance et légèreté.

La comparaison avec un « grand huit » vient spontanément à l’esprit. Et elle n’est pas à l’avantage de Stellar. Le grand huit de fête foraine, s’il place lui aussi des sièges sur des rails, leur confère du son et du mouvement au fil d’un scénario haletant. Clic, clic, clic, font les nacelles gravissant avec une douloureuse lenteur la haute rampe initiale. Aaaaaaaaaaaaaaaaah ! font les huitonautes à la première dégringolade. Et ça vire, et ça vibre, et ça gronde, et ça crie jusqu’au retour au sol et au calme.

Stellar fait penser à un grand huit désert, immobile et silencieux. De dimensions modestes par surcroît. À l’inverse de la Résolution des forces enprésence installée au même endroit par Vincent Mauger l’an dernier, Stellar est une œuvre sympathique mais faible. Il paraît que l’auteur s’est fait aider par des ingénieurs. Eh ! bien, ça se voit.

samedi 4 juillet 2015

Le Voyage à Nantes 2015 : voyage autour de ma ville

La Nuit du VAN 2015 n’a pas lésiné sur les dépenses pour attirer… pour attirer qui, au fait ?

Le Voyage à Nantes a été créé, soulignait naguère Nantes Métropole, « afin d’assurer la mise en œuvre de la politique touristique de l’agglomération et notamment de travailler sur la création d’évènements d’envergure nationale et internationale ».

Les disques publicitaires multipliés
sur les vélos nantais confirment le
rétrécissement des ambitions du
Voyage à Nantes : ce n’est pas avec
eux qu’on attirera les touristes inter-
nationaux. Mais on s'achète ainsi
la sympathie des cyclistes nantais…
En fait d’envergure nationale et internationale, un événement organisé un vendredi soir avant le vrai début de la saison touristique ne pouvait être destiné qu’aux résidents des alentours. Les effets médiatiques de La Nuit du VAN sont d’ailleurs modestes en dehors de la région.

Faute de Berlinois, on compte sur les Herblinois, faute de Japonais, on espère les Clissonnais. Sans le crier sur les toits, les responsables du tourisme nantais ont, dans les faits, recentré la stratégie du Voyage à Nantes sur les Nantais et leurs voisins. Jean Blaise lui-même a adapté ses éléments de langage. Son discours demeure superlatif mais fait désormais dans le localisme au lieu de présenter Nantes comme le phare culturel de la planète.

Du point de vue du contribuable, ce changement de bord paraît raisonnable. Mais il acte l’échec de la politique touristique conduite à grands frais par Jean-Marc Ayrault et Jean Blaise depuis des années : les moyens employés jusqu'à présent pour attirer à Nantes le monde entier n'étaient pas les bons. Ce qui n'est pas une grande surprise.
Ne manquez pas le dernier numéro de L'Express : il contient, p. IX du supplément spécial Voyage à Nantes rédigé par Eric Lecluyse, un petit article sur La Méforme d'une ville. Pas un panégyrique, certes, mais quand même plus objectif que certains ne l'auraient sans doute souhaité.

jeudi 2 juillet 2015

La Villa Déchets est en train de revenir au point de départ

Ainsi ricanait-on jadis de la Villa Déchets :
Le sort de la Villa Déchets ressemble un peu à celui de la Grèce, définitivement sauvée au printemps 2010, puis au printemps 2011, puis à l’été 2011… En écho à « Encore un instant, Monsieur l’euro », elle nous joue « Encore un instant, Monsieur le Tabakero » -- La Méforme d’une ville, 28 juillet 2011
Quatre ans après, on pourrait écrire exactement la même chose : la villa zombie est toujours là, de plus en plus déglinguée, de plus en plus râleuse, de plus en plus menacée. Sa construction date de la fin 2010. C’était une «véritable maison », écrivait Jean-Marc Ayrault à l’époque. Un peu chère peut-être : pour 70 m², elle avait bénéficié de 280.000 euros de mécénat d’entreprise et de milliers d’heures de travail données par des bénévoles.

Il faudrait rajouter pas mal d’argent au pot pour lui assurer encore, comme à la Grèce, quelques mois ou quelques années de sursis. Entourée d’herbes folles, la baraque de La Bottière ne manque pas de charme, mais son cas semble désespéré. Et désespérant : la Villa Déchets prétendait montrer que le déchet est une ressource. Elle a montré l’inverse : cet héritage du greenwashing de l’époque Ayrault est plus difficile à éliminer que les salons Mauduit.