vendredi 27 février 2015

Bolopoly (18) : SoNantes, monnaie angélique ou transsexuelle ?

Les SoNantes, c’est comme les anges. D’abord on peut en débattre sans en avoir jamais vu. Et puis leur dématérialisation renouvelle la fameuse question de la théologie médiévale : « combien d’anges peuvent-ils tenir ensemble sur la pointe d’une épingle ? » Enfin, leur sexe n’est pas très certain.

Dans la monnaie locale nantaise, La Méforme d’une ville a toujours vu un mâle, pour une bonne raison : l'annonce en avait été faite au masculin. Mais depuis quelque temps, notre futur(e) SoNantes est devenu(e) femelle. Aujourd’hui, le site sonantes.fr la mentionne systématiquement sans article ou au féminin. Il n’en a pas toujours été ainsi. Le moteur de recherche de Google garde la trace d’une mention au masculin qui a été modifiée depuis lors :
Cette mutation coupe court aux jeux de mots indésirables sur le Sot Nantes (on a qualifié ici la monnaie locale de « monnaie-croupion »  ; on a loupé le sot-l’y-laisse). Il est vrai que quand on s’appelle Bolo, on a dû entendre plus souvent qu’à son tour des calembours idiots du genre Bolopoly !

lundi 23 février 2015

Bolopoly (17) : pourquoi le SoNantes pourrait marcher quand même

MM. Pascal Bolo et Jacques Stern présentent leur monnaie locale ce soir. Ne vous précipitez pas sur votre agenda : la conférence n’a pas lieu à Nantes mais dans les salons de l’hôtel Renaissance à Bruxelles... On s’en voudrait de leur couper leurs effets et de gâcher l'anniversaire du premier, 53 ans aujourd'hui. D’autant plus que l’investissement en temps et en argent, financé in fine par les contribuables, n’est pas négligeable*. Alors, essayons de positiver : malgré tout, le SoNantes pourrait marcher quand même.
On a tous joué à la marchande et au Monopoly®. On adore échanger des ersatz de monnaie. On a aimé, en 2012, cette vidéo où la monnaie locale prenait la forme d’un Petit Beurre (qui n’était apparemment pas de chez LU : déjà de la fausse monnaie ?). Bristol ne cache pas que les billets somptueux de sa monnaie locale, le Bristol Pound, visent à séduire les touristes ; certains les conservent en souvenir au lieu de les dépenser, c’est tout bénef’. Le seul problème, c’est que le SoNantes sera une monnaie virtuelle, dématérialisée : ni pièces, ni billets. Il faut trouver autre chose.
Facile : puisque le SoNantes est dématérialisé, on pourra le trimballer dans un porte-monnaie électronique. On a tous vu un peu partout le logo Monéo, on dirait bien que ça marche, ça ! En fait, non, ça boite. Lancé en fanfare en 1999, Monéo a commencé à décliner dès 2004. Pendant quelque temps, la carte d’étudiant de l’Université de Nantes a été une carte Monéo. Elle a été abandonnée en 2013. Quid de l’ancienne carte ? « Si elle est encore valide, vous pourrez toujours utiliser le porte-monnaie Monéo chez les commerçants qui l'utilisent encore », répond l’Université de Nantes. Quel enthousiasme ! Il faut trouver autre chose.
La carte Pass’Sup Monéo de l’Université de Nantes a quand même fonctionné quelque temps, comme dans d’autres universités. Tout simplement, les étudiants n’avaient pas le choix. Sans elle, pas de repas au resto U. De même, si vous voulez bénéficier du tarif de sationnement résident à Nantes, vous devez utiliser la carte Monéo remise par Nantes Gestion Équipements. La leçon est claire : pour que le SoNantes marche, il suffit que des gens soient obligés de l’utiliser. Et Nantes Métropole est une métropole suffisamment puissante pour tordre un peu le bras à certains de ses partenaires et administrés. CQFD.
_____________________
* Prix approximatifs au 22 février, par personne :
- Nantes-Bruxelles A/R en avion (HOP!) : environ 750 euros
- Nantes-Bruxelles A/R en train, 1e classe : environ 520 euros
- 1 nuit à l’hôtel Renaissance : à partir de 200 euros
La conférence sera suivie d’un buffet ; le Renaissance propose des formules buffet à partir de 52 euros par personne.

samedi 21 février 2015

Nantes Métropole a besoin qu’on lui dise quoi contredire

Le billet du 17 février sur le thème « Nantes Métropole a besoin qu’on lui dise quoi dire » n’est pas passé inaperçu. En 48 heures, ce site a reçu un millier de visites. Au point que la communauté urbaine a cru devoir publier une mise au point via un article paru hier dans Presse Océan sous les initiales J.-D.F.

Recourir à un conseil en communication stratégique ne serait pas contestable pour trois raisons :
  1. « Parce que la prestation ne concerne pas la présidence mais l’entité métropolitaine. » Ah ! oui, et ça change quoi ? La présidence serait-elle un Olympe intouchable, loin du menu peuple métropolitain ? Le prestataire recherché devra « conseiller les responsables de Nantes Métropole » : on est surpris d’apprendre que Johanna Rolland n’en fait pas partie…
  2. « Parce que cette recherche de prestation n’est pas nouvelle dans l’univers des grandes agglomérations français. » Autrement dit, pourquoi se gêner puisque d’autres l’ont déjà fait ? Et il est vrai que Jean-Marc Ayrault avait déjà sa consultante attitrée. Les têtes changent, les habitudes restent.
  3. « Enfin, et surtout, parce que la métropole […] a besoin d’organiser et de faire connaître les fonctions qui lui incombent désormais. » On vient de dire qu’une telle prestation n’est pas une nouveauté, et l’on dit maintenant qu’elle répond à un besoin nouveau… Hélas, « l’entourage de Johanna Rolland » qui a soufflé cet argument à Presse Océan n’a pas bien lu l’appel d’offres de Nantes Métropole (preuve peut-être que la présidence est vraiment coupée de « l’entité métropolitaine »). La mission du prestataire n’a rien à voir avec les nouvelles fonctions de la métropole : elle est de « conseiller les responsables de Nantes Métropole dans leurs choix de communication sur des sujets d’actualité ou des questions de fond ».
Mais après tout, si Nantes Métropole ne sait pas quoi contredire, ça prouve à quel point elle a besoin d’un conseil en communication.

vendredi 20 février 2015

Bolopoly (16) : pourquoi le SoNantes ne marchera pas

À quoi servira le SoNantes ? Pas à supplanter l’euro : « il ne s’agit en aucun cas de le remplacer », a cru devoir préciser Pascal Bolo au conseil municipal du 19 décembre ! Pourtant, ses ambitions sont grandes. Du moins les décrit-on avec de grands mots : « échanges solidaires », « consommation éthique », « développement local »...

La réalité est plus prosaïque. « On pourra, avec la monnaie locale, acheter un ticket de bus », a précisé Pascal Bolo, « on pourra se garer dans les parkings de NGE, on pourra payer certaines prestations du Voyage à Nantes ». Et si l’on n’a pas de SoNantes ? Eh ! bien, on paiera en euros… Alors, pourquoi ne pas commencer par là ? Au lieu de se compliquer la vie à payer son ticket de bus avec une carte de paiement en SoNantes, on sera tenté d’utiliser plutôt la monnaie qu’on a en poche.

Le SoNantes se veut utile mais il se veut aussi monnaie croupion, qui sert à vendre et acheter mais ne s’épargne pas. « Toute sa valeur réside dans l’échange », a souligné Pascal Bolo. « Elle ne peut pas se thésauriser, elle ne rapporte aucun intérêt. C’est une monnaie qui est faite pour être dépensée. » Là, l’adjoint aux finances de la municipalité nantaise en dit trop ou pas assez. En effet, une monnaie qui n’est pas dépensée dans l’instant se trouve forcément « thésaurisée » pendant un certain temps. Comment empêcher que ce temps se prolonge, si ce n'est par quelque moyen coercitif ?

La question se pose d’autant plus que Pascal Bolo insiste : « D’habitude, quand on veut acheter quelque chose, on vérifie que l’on a assez de sous dans son portefeuille avant de l’acheter. Là, avec la monnaie locale, avant d’en accepter en règlement d’un service, d’un salaire ou de quoi que ce soit, on vérifie que l’on aura bien la capacité de le dépenser. » Si j’ai le moindre doute sur ma capacité à dépenser des SoNantes, pourquoi accepterais-je d’en recevoir à la place de ces « sous » familiers, utilisables à ma guise ?

Étrangement, le grand argentier nantais semble considérer ce couple contrainte+incertitude comme un avantage. Pour l’utilisateur lambda, ça ressemble plutôt à un vice rédhibitoire.

jeudi 19 février 2015

L’Hôtel de la Duchesse Anne finira bien par dégringoler un jour

Que se passe-t-il derrière les palissades de chantier de l’Hôtel de la Duchesse Anne ? Réponse : rien du tout. La ruine est au point mort entre la gare et le château. Un bel ornement pour une ville qui se veut touristique !

Rappel des épisodes précédents. L’hôtel, vieille institution nantaise, brûle en juin 2004. Propriétaires et assureurs se disputent sur les indemnisations et le sort des restes. Las de réclamer ses factures impayées, le fournisseur de l’énorme palissade qui protégeait ce qui pouvait encore l’être retire son matériel. Le temps et les intempéries font leur œuvre. Plus de sept ans après l’incendie, en septembre 2011, Jean-Marc Ayrault se décide à lever un sourcil : il écrit aux propriétaires « pour leur demander de bouger », puis se rendort. Aujourd’hui, plus de dix ans après l’incendie, sœur Anne ne voit toujours rien venir.

Ou plutôt, pour être exact, plus rien. À l’été 2013, le Groupe Giboire avait accroché sur la façade une pancarte annonçant des travaux. Et l’avait retirée une fois les élections municipales passées. Il existe bien une SCI Nantes Duchesse Anne constituée dès 2007 et reprise par le Groupe Giboire en mai 2013 ; présidée par Michel Giboire, elle existe toujours sur le papier mais n’a pas d’activité. Le groupe rennais, qui gère plusieurs projets immobiliers à Nantes, ne dit pas un mot de celui-là. Sur le site n’est affiché ni permis de construire, ni permis de détruire, rien d’autre que des graffitis.

Sans doute attend-on que la Duchesse s’effondre afin de pouvoir faire place nette ? Mais elle résiste, la bougresse ! Pendant ce temps-là, la rue de Richebourg reste fermée par les palissades. Lesquelles ne protègent que modérément les passagers du Busway, au cas où la façade se déciderait à s’abattre soudain.

mardi 17 février 2015

Nantes Métropole a besoin qu’on lui dise quoi dire

Nantes Métropole a publié vendredi dernier au Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP) une annonce portant sur une « Prestation de conseil et d’accompagnement en communication stratégique ». La mission du prestataire telle que décrite par le cahier des clauses techniques particulières consiste à « conseiller les responsables de Nantes Métropole dans leurs choix de communication sur des sujets d’actualité ou des questions de fond ». On découvre ainsi que nos responsables ne savent pas très bien quoi dire sur les sujets d’actualité… À moins que, horrible soupçon, il ne s’agisse de faire payer par les contribuables leurs conseils en marketing politique ?

Une mission de ce genre s’adapte nécessairement aux circonstances. Le CCTP indique donc que « les conseils demandés au titulaire pourront être de toute nature dans le domaine de la communication stratégique ». La forme des prestations attendues n’est pas plus précise : « échanges téléphoniques sur des sujets urgents, organisation et animation de réunions, production de rapports ou de notes, recherches documentaires, supervisions d'études... » Les points de suspension laissent la question largement ouverte.

Cette imprécision n’a pas empêché nos sages édiles de fixer comme principal critère de jugement des offres (40 points sur 100, contre 25 points pour le prix) la « pertinence des modalités d’organisation et d’exécution proposées pour la prestation et, notamment, les engagements du candidat en termes de disponibilité, les modes de réponse qu’il propose aux commandes qui lui seront adressées, son approche quant au besoin de la direction de la Communication et son analyse des enjeux que recouvrent l’objet du marché »..

Autrement dit, les candidats sont censés apporter des réponses précises et actuelles à des demandes floues et futures. C’est ce qu’on appelle du pipeau.

lundi 16 février 2015

Nantes et la Loire (8) : Salons Loire

Troisième contribution au Grand débat

La Tribune Loire donnerait à Nantes un lieu de rencontre informel où la Loire occuperait la place d’honneur. Il nous faudrait aussi un lieu plus formel, solennel, où des cérémonies publiques et privées, du genre mariages ou bals des déb’, se dérouleraient au contact du fleuve. Quelque chose comme ce qu’étaient jadis, Loire en moins, les Salons Mauduit. (À propos, encore un bel exemple de procrastination à l’ère Ayrault : dix ans de réflexion sur un bâtiment désaffecté pour décider essentiellement… une reconstruction à l’identique.)

Et ce lieu, potentiellement, existe déjà ! Une fois l'amalgame régional désagrégé et la Loire-Atlantique revenue à la Bretagne, ce qui ne saurait tarder, le palais régional de Durand Ménard Thibault trouvera là une vocation digne de lui.

Cet édifice de prestige réunit déjà presque tout le nécessaire : une architecture majestueuse, une noble coupole, de vastes salons, de beaux jardins, une grande terrasse sur la Loire, l’indispensable parking, un embarcadère pour les liaisons et les promenades sur le fleuve, une desserte par chronobus et même une zone d'atterrissage pour hélicoptères ! Que demande le peuple ? Tous ces beaux équipements aujourd'hui sous-employés seraient ainsi mis à peu de frais au service des Nantais et de l'image de la ville.

jeudi 12 février 2015

Nantes et la Loire (7) : Tribune Loire

Deuxième contribution au Grand débat

La Loire à Nantes, on sait qu’elle est là mais on ne la voit pas tellement, ou alors derrière des barrières. Voici bien longtemps, la municipalité Ayrault avait fait grand cas de l’aménagement d’une promenade le long de la voie sur berge. Le piéton qui s’y aventure aujourd’hui depuis le pont Général-Audibert se heurte vite à un panneau d’interdiction doublé d’un épais fourré. Et nulle part ou presque on ne peut toucher la Loire du doigt. Dans les ports, autrefois, des cales assuraient la transition entre l’eau et la terme ferme ; elles rendaient l’onde familière. Il ne nous reste aujourd’hui que les deux grandes cales des Chantiers au pied de la grue Titan jaune, excentrées et pas très gratifiantes.
 Il nous faudrait un endroit à la gloire de la Loire, un lieu de rencontres et de réjouissances au contact du fleuve. On l’imagine comme un amphithéâtre descendant vers une petite rade, où les Nantais viendraient se promener, se rencontrer, manifester, pique-niquer aux beaux jours, assister parfois à des spectacles flottants. À marée montante, on évacuerait les gradins inférieurs. Au jusant, on les réinvestirait.

Cette Tribune Loire devrait être toute proche du centre-ville. On pourrait lui sacrifier une partie du parking de la Petite-Hollande, face à la médiathèque. Ou, mieux encore, l’aménager sur l’île de Nantes. Un emplacement s’impose alors : celui du palais de justice. La place est occupée ? Oui, et alors ? Faisons place nette !

Moche et massif, le palais de justice verrouille visuellement la perspective entre l’île de Nantes et le centre-ville. Pour accéder au quartier de la création, il faut d'abord contourner ce symbole de lourdeur et de rigidité. Sa destruction libérerait la vue et les esprits ‑ et sanctionnerait solennellement, comme une peine capitale, les erreurs de conception et les malfaçons à cause desquelles il menace ruine en permanence. La Tribune Loire donnerait au quartier de la création le forum dont il va avoir besoin pour exister collectivement ; elle deviendrait vite le centre vital où architectes, graphistes, vidéastes, communicants et autres artistes fertiliseraient mutuellement leurs idées. Considérée comme une emmerdeuse tout au long de l’ère Ayrault, la Loire redeviendrait enfin une inspiratrice !

mercredi 11 février 2015

Machines de l’île : encore des calculs au doigt mouillé

« Les étrangers de plus en plus nombreux aux Machines de l’île », titrait 20 minutes avant-hier. Les Machines ont compté 51.400 visiteurs étrangers en 2014. (Comme d’habitude, elles entretiennent la confusion entre « visiteurs » et « billets vendus », mais passons…) Il aurait été tout aussi vrai d’écrire : « Les étrangers de moins en moins nombreux aux Machines de l’île ». En effet, les 51.400 étrangers revendiqués ne représentent que 8,7 % de la fréquentation des Machines, contre 9 % l’an dernier.

Tout simplement, comme la fréquentation étrangère a moins augmenté que la fréquentation globale, la proportion d’étrangers a baissé mécaniquement. Au passage, on notera que le nombre d’étrangers n’a pas progressé de 11 % comme indiqué mais de 9,6 % seulement. En effet, 46.892 billets avaient été vendus à des étrangers en 2013.

Toujours au chapitre des calculs bizarres, les 591.117 billets vendus en 2014 se répartissent ainsi, selon Frédéric Brenon, qui relate les propos de Pierre Orefice :
  • Carrousel : 265.000,
  • Galerie : 234.600
  • Grand éléphant : 91.000.
La bizarrerie n’est pas dans les 517 visiteurs manquants, simple problème d’arrondi, mais dans la différence avec les chiffres indiqués le 24 janvier par Presse Océan, d’après le même Pierre Orefice :
  • Carrousel : 270.000,
  • Galerie : 225.000
  • Grand éléphant : près de 90.000.
Ces écarts sont des bricoles, d’accord. Mais si Les Machines veulent entraîner Nantes Métropole dans une dépense de 35 millions d’euros avec l’Arbre aux hérons, elles feraient mieux de présenter des chiffres qui ne soient pas calculés au doigt mouillé.

mercredi 4 février 2015

Bolopoly (15) : le WIR n’est pas celui qu’on croit

Sur la page d'accueil du site www.sonantes.fr
Les promoteurs du SoNantes mettent systématiquement en avant l’exemple du WIR suisse, créé en 1934 pour faire face à la crise économique. Nombre d’autres monnaies locales ont été lancées à l’époque. Seul le WIR a survécu jusqu’à nos jours. On préfère naturellement oublier celles qui ont échoué.

Mais le WIR tel qu’il inspire la future monnaie complémentaire nantaise n’existe plus depuis 1948. Contrairement à SoNao, gestionnaire du SoNantes, Banque WIR est aujourd’hui une banque comme les autres qui propose des placements et des crédits, et gère presque trois fois plus de fonds en franc suisse qu’en WIR.

Si l’on prend modèle sur le WIR, encore faudrait-il bien le connaître. Pascal Bolo, adjoint au maire chargé des finances, a assuré devant le conseil municipal du 19 décembre 2014 que « la monnaie locale complémentaire WIR est utilisée par un tiers des artisans et des PME suisses, et génère un chiffre d’affaires équivalent à 5 milliards de francs suisses ». Cette phrase réunit à elle seule trois inexactitudes :
  • Bien entendu, ce n’est pas le WIR qui « génère » le chiffre d’affaires, c’est l’activité des entreprises.
  • En 2013, écrit la Banque WIR elle-même, « les participants ont généré un volume d’affaires WIR de 1,43 milliard de CHW », soit autant de francs suisses (1 CHW = 1 CHF), donc 3,5 fois moins que ne le prétend le grand argentier de la ville de Nantes.
  • La Banque WIR revendique 45.000 PME participantes. En 2012, la Suisse comptait 556.302 PME. Ce ne sont pas un tiers des PME* qui utilisent le WIR mais 8 % seulement : quatre fois moins qu’annoncé.
De telles inexactitudes n’augurent pas bien de la qualité des analyses effectuées. On n’est donc pas trop surpris par cette affirmation, toujours de Pascal Bolo, toujours devant le conseil municipal du 19 décembre 2014 : « Il est démontré que ce type de monnaie, notamment le WIR en Suisse, circule quatre à six fois plus vite que l’euro ».

Certes, la vitesse de circulation de la monnaie est une considération importante. Mais que cherche-t-on à comparer ? Déjà, il faudrait savoir si M. Bolo songe à la vélocité de l’euro en France ou dans la zone euro – en espèrant qu’il ne songe pas à la Suisse, où l’euro est une devise étrangère ! Comme la vitesse de circulation de la monnaie varie selon les lieux et les moments, il serait plus pertinent de comparer le WIR au franc suisse. Et cette comparaison a été faite : selon Josep Lluis de la Rosa et James Stodder, la vitesse de circulation du WIR est de 2,6 et celle du franc suisse de 2,9 (en 2010). Avantage au CHF, donc.

Et l’euro, alors ? Sa vitesse de circulation en France était de 2,4 en 2012. Dire que le WIR « circule quatre à six fois plus vite que l’euro » est donc complètement faux.
__________
* Le site spécial SoNantes a moins gonflé ses chiffres que M. Bolo : il n’évoque que « un quart des PME suisses ». C’est faux aussi, mais moins largement.

mardi 3 février 2015

Bolopoly (14) : quand le Saint-Esprit entre dans un business plan

Sonao : ce nom d’allure vaguement portugaise est celui d’une société immatriculée au RCS de Nantes le 30 janvier. Elle a pour unique vocation de gérer la monnaie complémentaire nantaise SoNantes. Elle ne compte qu’un seul actionnaire : le Crédit municipal de Nantes. Si elle n’a qu’un actionnaire, pourquoi l’avoir créée, alors ? Parce que l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) l’a demandé. Avant de dire au bout de deux ans, début décembre dernier, que non, finalement, ça n’était pas la peine. Pas grave, on l’a créée quand même. Voilà une affaire qui part sous les meilleurs auspices…

Mais qui ne part pas vite pour autant : le principe d’une monnaie locale avait été inscrit dans l’Agenda 21 de Nantes Métropole en 2006 ! Ses promoteurs ‑ essentiellement Pascal Bolo, adjoint au maire, Jacques Stern, directeur du Crédit municipal, et Massimo Amato, historien italien ‑ ont convoqué beaucoup de monde autour de son berceau : représentants du monde économique, syndicats, associations, structures de formation, Ville de Nantes, Nantes Métropole, Crédit municipal, Chambre des métiers et de l’artisanat, Chambre de commerce et d’industrie et Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire. Ils ont sillonné l’Europe pour recueillir des avis auprès de promoteurs d’autres monnaies locales et obtenu le soutien d’Interreg IV, un programme de l’Union européenne. C’est-à-dire qu’avant le premier paiement, le SoNantes a déjà coûté bonbon. Combien ? Et qui a payé ?

(À vrai dire, cette dernière question est rhétorique : que le payeur soit le Crédit municipal ou la ville de Nantes, qui en est propriétaire, c’est toujours au bout du compte le contribuable nantais qui finance.)

Or ce n’est encore qu’un début. « Qui va financer tout cela ? » s’est interrogé Pascal Bolo lors du conseil municipal du 19 décembre dernier. « C’est le Crédit municipal, qui est lui aussi doté de fonds propres tout à fait confortables et qui va pouvoir investir 2 millions d’euros dans le lancement de cette opération. (…) Le plan d’affaire qui a été monté prévoit un équilibre en trois ans sur la base de 10 % des entreprises nantaises adhérant au système, (j’espère) beaucoup de citoyens, et la récupération de l’investissement de départ est prévue en cinq ans. »

Ce qui signifie, a priori, que l’exploitation de Sonao sera équilibrée au bout de trois ans et dégagera 2 millions d’euros de bénéfices en année 4 et 5. La société a déjà recruté un cadre dirigeant de haut niveau, elle est en train d’embaucher une équipe de commerciaux, elle va devoir fabriquer et distribuer des cartes de paiement et les terminaux correspondants. Le côté « dépenses » de son compte d’exploitation est donc fourni. Mais qu’y a-t-il du côté « recettes » ? Le système est censé ne rien coûter à personne. Bien obligé, d’ailleurs : s’il fallait le payer, les utilisateurs pressentis préféreraient se contenter de l’euro, comme tout le monde. Il n’est pas question non plus de compter sur une rémunération de trésorerie puisque le SoNantes ne pourra pas être stocké. Alors quoi ? Un miracle ?

« Sonao » est le titre d’un morceau du chanteur martiniquais Saint Prix. Notre Sonao à nous va devoir compter sur le Saint-Esprit.