mardi 3 février 2015

Bolopoly (14) : quand le Saint-Esprit entre dans un business plan

Sonao : ce nom d’allure vaguement portugaise est celui d’une société immatriculée au RCS de Nantes le 30 janvier. Elle a pour unique vocation de gérer la monnaie complémentaire nantaise SoNantes. Elle ne compte qu’un seul actionnaire : le Crédit municipal de Nantes. Si elle n’a qu’un actionnaire, pourquoi l’avoir créée, alors ? Parce que l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) l’a demandé. Avant de dire au bout de deux ans, début décembre dernier, que non, finalement, ça n’était pas la peine. Pas grave, on l’a créée quand même. Voilà une affaire qui part sous les meilleurs auspices…

Mais qui ne part pas vite pour autant : le principe d’une monnaie locale avait été inscrit dans l’Agenda 21 de Nantes Métropole en 2006 ! Ses promoteurs ‑ essentiellement Pascal Bolo, adjoint au maire, Jacques Stern, directeur du Crédit municipal, et Massimo Amato, historien italien ‑ ont convoqué beaucoup de monde autour de son berceau : représentants du monde économique, syndicats, associations, structures de formation, Ville de Nantes, Nantes Métropole, Crédit municipal, Chambre des métiers et de l’artisanat, Chambre de commerce et d’industrie et Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire. Ils ont sillonné l’Europe pour recueillir des avis auprès de promoteurs d’autres monnaies locales et obtenu le soutien d’Interreg IV, un programme de l’Union européenne. C’est-à-dire qu’avant le premier paiement, le SoNantes a déjà coûté bonbon. Combien ? Et qui a payé ?

(À vrai dire, cette dernière question est rhétorique : que le payeur soit le Crédit municipal ou la ville de Nantes, qui en est propriétaire, c’est toujours au bout du compte le contribuable nantais qui finance.)

Or ce n’est encore qu’un début. « Qui va financer tout cela ? » s’est interrogé Pascal Bolo lors du conseil municipal du 19 décembre dernier. « C’est le Crédit municipal, qui est lui aussi doté de fonds propres tout à fait confortables et qui va pouvoir investir 2 millions d’euros dans le lancement de cette opération. (…) Le plan d’affaire qui a été monté prévoit un équilibre en trois ans sur la base de 10 % des entreprises nantaises adhérant au système, (j’espère) beaucoup de citoyens, et la récupération de l’investissement de départ est prévue en cinq ans. »

Ce qui signifie, a priori, que l’exploitation de Sonao sera équilibrée au bout de trois ans et dégagera 2 millions d’euros de bénéfices en année 4 et 5. La société a déjà recruté un cadre dirigeant de haut niveau, elle est en train d’embaucher une équipe de commerciaux, elle va devoir fabriquer et distribuer des cartes de paiement et les terminaux correspondants. Le côté « dépenses » de son compte d’exploitation est donc fourni. Mais qu’y a-t-il du côté « recettes » ? Le système est censé ne rien coûter à personne. Bien obligé, d’ailleurs : s’il fallait le payer, les utilisateurs pressentis préféreraient se contenter de l’euro, comme tout le monde. Il n’est pas question non plus de compter sur une rémunération de trésorerie puisque le SoNantes ne pourra pas être stocké. Alors quoi ? Un miracle ?

« Sonao » est le titre d’un morceau du chanteur martiniquais Saint Prix. Notre Sonao à nous va devoir compter sur le Saint-Esprit.

1 commentaire:

Jobarde Rollande a dit…

voilà qui va s'ajouter aux financements déficitaires. Comment cette opération pourrait-elle s'auto-financer alors que son périmètre a été réduit aux entreprises. Il semble probable que les entreprises en affaire avec la métropole et la ville vont être fortement priées de s'inscrire. Les collectivités pourront-elles l'inscrire dans les préférences des appels d'offre?