mercredi 26 novembre 2014

Les mystères de Toulouse après ceux de Pékin pour François Delarozière

Les phénomènes étranges se multiplient autour de François Delarozière. Après les mystères pékinois de la programmation du cheval-dragon, de sa construction, de son financement et de son public, voici le feuilleton toulousain qui redémarre.
En 2011, Toulouse Métropole avait décidé de construire à Montaudran, sur le site historique de l’Aérospatiale, une énorme halle destinée à héberger les machines de François Delarozière. Ce dernier était alors annoncé partant pour Toulouse. Puis il avait démenti. Enfin, peut-être… Puis il était resté à Nantes : aux dernières élections municipales, Toulouse avait changé de bord et le nouveau maire, Jean-Luc Moudenc, avait annoncé l’abandon du projet.
Et voilà qu’hier, d’un seul coup, Jean-Luc Moudenc, flanqué de François Delarozière, a annoncé un revirement à 180 degrés : la halle est construite, pour 14 millions d’euros (contre 11 annoncés à l’origine), il faut bien qu’elle serve à quelque chose, on va y mettre les machines. « Fin de polémique », écrit Pascal Pallas dans La Voix du Midi.
Fin de polémique ou au contraire début des interrogations ? Il y a quelque chose d’étrange dans le revirement de M. Moudenc. Il ne découvre pas aujourd’hui que la halle est achevée, sa construction était déjà bien avancée quand il a annoncé l’abandon du projet. Et les imprécisions qu’il dénonçait naguère (absence de mise en concurrence de La Machine, propriété des œuvres, droits d’auteur…) ne semblent pas avoir été levées. Si les Toulousains sont le moindrement curieux, il leur faudra davantage d’explications.
Le clou des machines de Montaudran sera en principe le Minotaure construit par La Machine pour Toulouse. Il devait initialement déambuler dans la ville à l’automne 2013. On ne l’avait pas vu. Par souci de neutralité à l’approche de l’élection municipale, assurait l’ancienne municipalité. Parce que l’engin n’était pas prêt, chuchotaient les mauvaises langues. Mais qu’est-il donc devenu, ce coûteux Minotaure ? Encore un mystère ! La Dépêche a posé la question à François Delarozière hier à Toulouse. La réponse du créateur n’a fait qu’épaissir les ténèbres : « Il existe et dort dans son labyrinthe. Il n'est pas celui qu'on croit... Quand va-t-il se réveiller? Comment? On va garder la surprise. »
Voilà une réponse labyrinthique qui n’écarte pas les soupçons. Car les mauvaises langues, toujours elles, s’imaginent qu’il pourrait y avoir quelque rapport entre le Minotaure et le cheval-dragon montré voici peu à Pékin. On s’était émerveillé du bref délai écoulé entre la commande de ce dernier et sa livraison. L’hypothèse du clonage éclairerait le mystère. Sans aucun doute, les Toulousains auront envie de savoir s’il y a un lien de parenté entre la machine qu’ils ont payée 2,5 millions d’euros et celle qui a été vendue 2,8 millions d’euros à un promoteur immobilier chinois.

vendredi 21 novembre 2014

Les Échos s’embrouillent dans les comptes des Machines de l’île

Les Échos, c’est « le quotidien de l’économie », c’est écrit dessus. Mais ça ne l’empêche pas de s’emmêler parfois dans les chiffres. « L'univers onirique des machines de l'île attire chaque année plus de 500.000 visiteurs payants » assurait le journal avant-hier, avec une double attribution à Emmanuel Guimard et à Stanislas du Guerny. Hélas non ! D’abord, ça n’est pas « chaque année » puisque, à ce jour, Les Machines de l’île n’ont revendiqué avoir dépassé le seuil des 500.000 qu’en 2013 – exactement 521.032.

Et surtout, il ne s’agit pas de 500.000 visiteurs mais de 500.000 billets vendus. Comme chacune des trois attractions a sa propre billetterie et qu’au moins une partie des clients en visitent plus d’une, 521.032 billets vendus signifient entre 521.032 et 173.677 visiteurs. Médiane : 260.516 visiteurs. Or 260.000 visiteurs, ce serait à peu près autant que Planète sauvage ou l’Océarium du Croisic : rien de bien impressionnant pour un site de centre ville qui bénéficie d’un soutien massif, en argent et en nature, de la part de Nantes Métropole.

Les Échos terminent leur article par cette précision qui tue : « sur cet été, la fréquentation a plus que doublé ». On se demande bien où le quotidien de l’économie a pu aller chercher cela. Un coup d’œil au site officiel de la ville de Nantes, par exemple, lui aurait appris que « Les Machines de l’île ont quant à elles connu une progression de 24% d’entrées payantes par rapport à l’été 2013 ». Joli score sans doute, mais tout de même loin du plus de 100 % annoncé par Les Échos.

On a vu plus d’une fois Les Machines de l’île gonfler leurs chiffres. Serait-ce contagieux ?

mercredi 12 novembre 2014

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (5) comment Jean Blaise a choisi l’AURAN

C’est la petite histoire qui se colporte à Nantes ces jours-ci. Début 2014, Jean Blaise a fini par comprendre que les bilans du Voyage à Nantes bricolés par le Voyage à Nantes ne convainquent que le Voyage à Nantes. Il veut les faire établir par un tiers plus crédible. Oui, mais qui ? Pour faire son choix, il décide de soumettre à un petit test différents partenaires possibles.

Un bilan, c’est d’abord des chiffres, se dit Jean Blaise. Il va trouver Yann Rollin, directeur du département de mathématiques à la faculté des sciences de Nantes. Il lui demande :

‑ Combien font 1 et 1 ?

Yann Rollin est en train de couvrir un tableau noir d’équations. Sans tourner la tête, il répond :

‑ Un et un, ça fait 1 prime, bien sûr.

Mauvaise pioche. Jean Blaise se dit qu’un bilan, c’est aussi une masse de données informatiques. Il se rend chez Vincent Ricordel, directeur du département informatique de Polytech Nantes. Il lui demande :

‑ Combien font 1 et 1 ?

Vincent Ricordel, docteur en traitement du signal, est un as du calcul binaire. Il lève à peine les yeux de son écran et répond :

‑ Un et un, ça fait 3, bien sûr.

Ça pourrait le faire, songe Jean Blaise, mais on devrait trouver encore mieux ; au fond, le bilan du Voyage à Nantes, c’est une alouette de chiffres et un cheval de communication. Il va voir Olivier Pohardy, responsable de la spécialisation communication des entreprises et institutions à SciencesCom. Il lui demande :

‑ Combien font 1 et 1 ?

Olivier Pohardy, ancien dircom d’une grande entreprise, est habitué à présenter ses messages sous le meilleur angle. Sans hésiter, il répond :

‑ Un et un, ça fait 11, bien sûr.

Pas mal du tout, se dit Jean Blaise. Juste pour être sûr, et parce qu’un bilan du VAN c’est aussi de la politique, il va voir Jacques Floch, président de l’Agence d’urbanisme de l’agglomération nantaise (AURAN) et lui demande :

‑ Combien font 1 et 1 ?

Jacques Floch, il connaît la musique. Il a été maire de Rezé pendant plus de vingt ans, député pendant près de quinze ans et même secrétaire d’État pendant huit mois. Il sait que les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Il se penche vers son visiteur et lui murmure à l'oreille :

‑ Entre nous, mon petit Blaise, tu aimerais que ça fasse combien ?

Retrouvez les épisodes précédents :

samedi 8 novembre 2014

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (4) pourquoi le bilan 2013 a été exfiltré

L’opération estivale 2014 du Voyage à Nantes est un grand succès, a proclamé l’AURAN. « Estimation de la fréquentation en 2014 : 540 000 visiteurs, + 7% par rapport à 2013 », c’est écrit en toutes lettres dans son communiqué de presse. Pas mal du tout, même si une progression égale ou supérieure a été constatée en de nombreux points de Bretagne cet été, avec ou sans opération estivale.

Toute la presse locale a répercuté ces chiffres satisfaisants. Mais qui est allé relire le Bilan de l’événement estival 2013 publié l'an dernier par Le Voyage à Nantes lui-même ? Personne, dirait-on. Et pour cause ! Les sites web du Voyage à Nantes et de Nantes Tourisme ont été soigneusement expurgés : on n’y trouve plus trace de ce document. C’est plus prudent. Une année en 13, ça porte malheur.

Et surtout, ce bilan est devenu gênant. Il semble donc avoir subi le même sort que les opposants dans les encyclopédies soviétiques : il n'a jamais existé. Rappelons pourtant ce qui y était indiqué : « RÉSULTATS : À l’été 2013, 650 000 visiteurs extérieurs d’agrément ».


Mais comment afficher 7 % de visiteurs en plus cette année s'il y en a eu 110.000 en moins, 540.000 contre 650.000 ?

C'est simple. Redisons-le : les chiffres de 2013 étaient tout simplement bidonnés, comme ceux de 2012 d’ailleurs. Si l’on « rétropole » les 540.000 visiteurs de 2014 en tenant compte d’une hausse de 7 % d’une année sur l’autre, le nombre réel de visiteurs en 2013 n’a pas dépassé 505.000. Le résultat proclamé par Jean Blaise l’an dernier était gonflé de 29 % !

Et qu'on ne vienne pas invoquer l'accident de calcul : pour établir le bilan de son événement estival 2013, Le Voyage à Nantes s'est fait aider par une société nantaise bien connue, qui se présente comme spécialiste des sondages et des études de marché.

Et ce n’est pas tout. Le montant des dépenses des touristes était, lui aussi, archi-faux :

 
Dépense journalière   annoncée en 2013
Dépense journalière
annoncée en 2014
touristes en hébergement marchand 
55
66
touristes en hébergement non marchand
35
20
excursionnistes 
42
27

Les dépenses étaient donc sous-estimées pour les touristes séjournant dans un hébergement payant mais largement surestimées pour tous les autres, bien plus nombreux. Résultat des courses, les retombées économiques directes annoncées l’an dernier atteignaient 52,3 millions d’euros. En 2014, cette année bien meilleure pourtant, elles ont chuté à… 43 millions d’euros.

Quatre visiteurs sur dix, on l'a vu, ne sont probablement pas des touristes, et sur les six restants beaucoup ne sont pas venus à cause de la promotion estivale du Voyage à Nantes mais à cause du château des ducs de Bretagne, de la cathédrale, des Machines de l'île, du musée Jules Verne, de La Loire à vélo, etc. Il est donc probable que la part réelle du Voyage à Nantes dans les retombées économiques du tourisme en juillet-août 2013 ne dépasse pas une quinzaine de millions à tout casser alors qu'il a coûté 8 millions d'euros : un rendement exécrable.

Et ce n’est encore pas tout : ces chiffres bidonnés ont été officialisés dans le Rapport annuel de Nantes Métropole, un document à valeur légale qu’il va falloir rectifier. Petite bizarrerie au passage : la version de ce rapport mise en ligne date du 11 juin 2014. À cette date, il est probable que l’AURAN avait déjà découvert les acrobaties du bilan 2013.


Et maintenant que ces acrobaties sont avérées, comment Nantes pourrait-elle continuer à confier sa politique touristique à la SPL Le Voyage à Nantes ? La délégation de service public vient justement à échéance à la fin de cette année. Le conseil de Nantes Métropole a adopté le 27 juin dernier le principe de son renouvellement en faveur du Voyage à Nantes, mais il l'a fait sur la foi d'un rapport reprenant des chiffres dont on sait à présent qu'ils étaient faux.

Ce qui soulève un lièvre supplémentaire. Nantes Métropole veut dispenser Le Voyage à Nantes de la mise en concurrence prévue par la loi. Pour légitimer cette exception, en vertu de l'article L1411-12 alinéa b du code général des collectivités locales, elle prétend qu'elle « exerce sur cette SPL un contrôle comparable à celui qu'elle exerce sur ses propres services ». Eh ! bien, ça n'est pas franchement rassurant quant aux services de Nantes Métropole.

Une DSP suppose une grande confiance en son partenaire, or le partenaire, ici, n'a pas seulement raconté des carabistouilles : il n'a pas montré une grande efficacité économique. Pas de quoi justifier en tout cas qu'on lui confie 17 ou 18 millions d'euros d'argent public par an.

(À suivre…)

vendredi 7 novembre 2014

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (3) le bilan 2013 était faux

En chargeant l’AURAN d’établir le bilan de son opération estivale 2014, Le Voyage à Nantes ne prenait pas trop de risques : l’Agence, qui vit presque uniquement de subventions publiques, ne voudrait assurément pas faire trop de peine à la municipalité nantaise. Mais quand même, assez sévèrement accrochée par la Chambre régionale des comptes le mois dernier, l’AURAN ne pouvait pas non plus brader son professionnalisme.
Il était pourtant souhaitable de publier des chiffres potables, c’est-à-dire encore meilleurs que l’an dernier. En effet, la délégation de service public par laquelle Nantes a confié sa politique touristique au Voyage à Nantes vient à expiration au 31 décembre 2014. Son renouvellement aurait fait désordre en cas de flop.

Que faire, alors ? Puisque la voie de l'hyperbidonnage était fermée, il ne restait qu'à faire semblant d’ignorer les résultats de l’an dernier. L’AURAN les a balayés sous le tapis d'une simple note en bas de son communiqué sur le bilan 2014 : « Les chiffres de fréquentation et d’estimation des retombées économiques retropolés pour 2013 diffèrent des chiffres annoncés en 2013 car la durée moyenne de séjour, variable essentielle au calcul de la fréquentation, a été affinée dans l’enquête 2014 et reprise dans le calcul de la fréquentation. »

Que voilà une manière alambiquée de dire une chose simple : les chiffres proclamés par Jean Blaise en 2013 étaient faux ! Telle est la principale leçon du bilan 2014. Au passage, ils ont bonne mine, les observateur44, michel et autres anonymes qui, l’an dernier, s’indignaient des doutes exprimés par ce blog sur les chiffres affichés par le Voyage à Nantes et sur la méthode utilisée pour les établir. Les voilà désavoués de la manière la plus claire. On attend des excuses...

(À suivre…)

jeudi 6 novembre 2014

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (2) des visiteurs pas bien curieux

L’AURAN a donc établi un bilan de la fréquentation touristique à Nantes cet été, sous couvert d’un « Observatoire » imaginé pour la circonstance. Faire appel à l’AURAN, est-ce un progrès par rapport aux années précédentes ? Le bilan établi en 2012 par Le Voyage à Nantes avec G&A Links indiquait : « L’AURAN a participé, comme en 2011, aux comités technique et de pilotage de l’étude G&A Links, apportant son expertise des statistiques métropolitaines. » Et le bilan 2013 avait repris la méthodologie de 2012. La vraie différence 2014 n’est donc pas l’arrivée de l’AURAN mais l’éviction de G&A Links !

La méthode employée aurait néanmoins changé. Celle de 2014 a été « développée pour la DGE (ex-DGCIS) et Atout France », indique un communiqué de presse de l’AURAN, mais elle n’a jamais été appliquée : Nantes sert de cobaye. Ses résultats appellent donc un peu de circonspection.

L’outil de mesure essentiel est apparemment une enquête effectuée auprès de 791 passants entre le 24 juillet et le 25 août. Ces gens n’ont pas été cuisinés de très près puisque 35 « journées enquêteurs » ont été consacrées à ce travail, indique Nantes Métropole, soit moins de 20 minutes par personne en moyenne, y compris le temps nécessaire pour se mettre en place, arrêter des passants, etc.

Rien ne dit que ces passants aient été représentatifs des touristes venus visiter Nantes. Ils ont été hélés en huit points de la ville (place Royale, place du Pilori, nefs des Machines de l’île, gare, bureaux de Nantes Tourisme...). Or on découvre que « 61% des visiteurs ont visité un site du Voyage à Nantes (sur Nantes) ». Quoi ? Six visiteurs sur dix seulement seraient allés voir le château des ducs de Bretagne, le jardin des plantes ou l’un des autres sites du parcours ? Sont-ils si peu curieux, nos touristes ? On en conclura plutôt que quatre visiteurs sur dix ne sont pas des touristes : ils sont à Nantes pour voir des amis, pour faire des courses, etc. et n'ont pas grand chose à faire dans le bilan du Voyage à Nantes.

(À suivre…)

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (1) pour une intervention de l’ONU

Le Voyage à Nantes avait déjà publié un bilan de la saison 2014 en septembre. Apparemment, ça n’avait pas suffi, ou ça n’avait pas été assez convaincant : il a récidivé en octobre avec un « Bilan de la fréquentation touristique d’agrément de l’agglomération nantaise – saison estivale 2014 » réalisé par l’OTAN.

 L’OTAN ? Ça en jette ! Hélas, il s’agit seulement de l’Observatoire du Tourisme de l'Agglomération Nantaise, qui n'a d'autre existence que virtuelle. Chacun de nous peut créer des Observatoires à sa guise et l’Agence d’urbanisme de l’agglomération nantaise (AURAN), à l’origine de cet OTAN-là, ne s’en prive pas. Elle s’avère même aussi prodigue en observatoires qu’elle l’a été avec les rémunérations versées à son ancien directeur, ainsi que l’a raconté la Chambre régionale des comptes voici peu.

Au fil des années, elle a invoqué l’Observatoire Nantais de l’Immobilier Tertiaire, l’Observatoire du logement locatif privé,  l’Observatoire des Industries Culturelles et Créatives de Nantes/Saint Nazaire, l’Observatoire de l’habitat, l’Observatoire du foncier et de l'habitat autour du site du projet d'aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes, l'Observatoire des formes urbaines, l’Observatoire des transports et déplacements, l’Observatoire de la sécurité routière, l’Observatoire du marché foncier rural et agricole, l’Observatoire de l’environnement, l’Observatoire du Plan de Déplacements Urbains, l’Observatoire des modes de vie, des changements socioéconomiques, l’Observatoire des espaces, l’Observatoire photographique des paysages, l'Observatoire Commercial de l'Agglomération Nantaise, et l'on en oublie probablement, faute d'un Observatoire des Observatoires.

Halte aux comités Théodule, vive la simplification administrative : créons une fois pour toutes un Observatoire nantais unifié (ONU), omniprésent et omniscient, omniAuran en un mot, dont l’acronyme n’en jettera pas moins que l’OTAN.

mercredi 5 novembre 2014

Nantes rogne le monument aux 50 otages

Pour la commémoration de l’exécution des 50 otages, Nantes avait discrètement supprimé l’un des arbres du mémorial qui leur est consacré, au Pont-Morand.

Pour le 11 novembre, Nantes est en train de reculer le muret limitatif du mémorial le long du quai de Versailles. Il faut dire que cet endroit est l’un des points les plus litigieux des chaussées nantaises. Sur un espace d’un mètre entre le muret et la ligne n°2 du tramway étaient censés coexister des foules de piétons dans les deux sens et de nombreux cyclistes dans le sens sud-nord, sans parler de tous les cyclistes qui passent par là en sens interdit dans le sens nord-sud. Malcommode et éventuellement dangereux.

Mais voilà : le monument aux 50 otages ne se limite pas aux sculptures de l'artiste Seiz Breur Jean Mazuet qui en forment le centre. C’est (c’était…) un ensemble complet développé de chaque côté de ces sculptures et conçu par l’architecte Marcel Fradin. Alors quoi ? Peut-on à volonté débiter en tranches ce lieu sacré ? Manifestement, oui, on peut. Déjà, on l’avait un peu rogné pour faire passer le tramway. On ne fait qu’en grignoter un peu plus, quitte à détruire la symétrie de l’ensemble.

On sait que les 50 otages étaient en fait 48. Il suffira de dire qu’on a repris la part des deux otages qui n’existaient pas…

mardi 4 novembre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (etc.) la surprise du cinquantenaire

Comme les Trois mousquetaires, les trois mystères du cheval-dragon en comptent un de plus. Mais on préfère éviter de tracer un chiffre que la numérologie chinoise juge maléfique. Certains ascenseurs pékinois passent directement du 3ème au 5ème étage.

Le spectacle de l’araignée et du cheval-dragon était, paraît-il, destiné à célébrer le cinquantenaire du rétablissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France. Or ledit rétablissement a eu lieu le 27 janvier 1964. Le spectacle de La Machine avait donc huit mois et demi de retard.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Cependant, ce cinquantenaire avait été préparé de longue date, en France comme en Chine. Un comité d’organisation des festivités avait été constitué dans chaque pays, des mécènes trouvés et un programme de plusieurs centaines d’événements mis au point. Parmi les principales manifestations prévues en France à partir de la fin 2013 figuraient en particulier la soirée « Nuit de Chine » du Grand Palais à Paris le 27 janvier et une visite d’État du président chinois Xi Jinping.

 De l’autre côté du globe, l’ambassade de France en Chine recensait « huit événements phares » :
  1. Exposition de la Fondation Charles de Gaulle/Concert de la Garde Républicaine (27 et 28 janvier 2014)
  2. Semaine de la science et de la technologie (du 21 au 28 février)
  3. Les 10 chefs d’œuvres du XIXe et XXe siècles (à partir du 11 avril),
  4. Le cinéma français à l’honneur en Chine, à l’occasion des festivals internationaux de cinéma de Hong-Kong (mars), Pékin (15 avril) et Shanghai (juin)
  5. La France invitée d’honneur du sommet « Annual China Green Companies » (20 au 22 avril)
  6. Mois franco-chinois de la « Science et de la Culture » (du 25 avril au 25 mai)
  7. Exposition « France Technologie (à partir de mai)
  8. Temps fort sur la recherche médicale (à l’automne)
De cheval-dragon, point ! Le recensement des manifestations établi par le comité officiel France-Chine 50 ne le mentionne toujours pas au 18 juin 2014 alors qu’il annonce par exemple une tournée du Ballet national de Marseille en Chine du 7 au 26 octobre ou une exposition de sculptures monumentales françaises à Shanghai du 18 octobre au 10 novembre…

En réalité, le spectacle de François Delarozière ne s’insère dans le programme des manifestations qu’en toute dernière minute, apparemment sans grand enthousiasme du côté des Chinois (à cheval-dragon donné, pourtant, on ne regarde pas les dents). L’agence de presse officielle Chine nouvelle l’annonce ainsi : « Du 17 au 19 octobre, le public chinois est invité à découvrir sur le site olympique de Pékin un spectacle inédit intitulé ‘Long Ma, l'esprit du cheval dragon’, a déclaré vendredi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal. »

D’où le dernier (à ce jour) mystère du cheval-dragon : pourquoi cette arrivée en catimini dans le programme, à la demande de qui, au profit de qui et dans quelles conditions ?

lundi 3 novembre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (3) qui est ce mécène si discret ?

Le budget officiel du spectacle de La Machine à Pékin s’élève à 5 millions d’euros. Ça ne paraît pas si cher, au fond. Outre sa construction pour 2,8 millions d’euros, il a fallu transporter Long-Ma en Chine par vol spécial en avion-cargo, 600.000 euros à lui tout seul, tandis que l’araignée géante voyageait de son côté (aller-retour, ce voyage-là). Il a aussi a fallu faire venir 80 personnes de France, les loger pendant des semaines à Pékin, les rémunérer…

Si l’on voit bien où sont allés ces 5 millions, on voit moins d’où ils viennent. Ce n’est pas le genre de somme qu’on trouve sous les sabots d’un cheval-dragon. Alors, bien sûr, la question est incontournable : qui paie ? Pas les spectateurs, pour qui le spectacle était gratuit, même s’ils devaient réserver leur place (ce qui aurait facilité leur fichage, s’il en avait pris la fantaisie au gouvernement chinois). Selon le ministère des Affaires étrangères, le projet a été « soutenu par l’Institut français et réalisé sous l’égide de la municipalité de Pékin et de l’ambassade de France en Chine ». À en croire France-Chine 50, comité officiel du 50ème anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises, « le cheval-dragon est un cadeau de la France à la Chine » à l’occasion de ce cinquantenaire.

Le contribuable français aurait donc payé la facture de La Machine ? Non point, jure Nantes Métropole : « Long Ma est en effet un cadeau de la France à la Chine, financé par un mécène ». Ou plusieurs mécènes, selon d’autres sources. L’envoyé spécial de La Croix à Pékin est plus précis : le cheval-dragon est une commande « passée par l’ambassade de France pour être programmée dans le cadre des manifestations de l’année de la Chine, célébrant le cinquantième anniversaire des relations diplomatiques entre la France et l’Empire de Milieu. Plusieurs partenaires s’y sont associés, dont l’Institut français, la ville de Pékin, et un mécène chinois, le Groupe culturel Gehua ». Pas du tout, indique Ouest-France, le cadeau de la France à la Chine est bien payé par un mécène chinois, mais il s’agit du promoteur Adam Yu qui « couvrira 95% des frais de l'opération » (ce qui laisse quand même 250.000 euros à trouver).

A-t-on jamais vu le mécène d’un spectacle très médiatique rester ainsi dans l’ombre ? D’autant plus qu’Adam Yu, s’il s’agit bien de lui, n’est pas un poids plume : il a fait fortune dans l’immobilier en Chine. Il y possède en particulier le centre de finance international Winland. Un inconnu en France ? Peut-être pas. Le président de la République a reçu voici quelques jours le Comité des mécènes qui financent les manifestation du cinquantenaire des relations franco-chinoises. Oh ! l’Élysée ne s’est pas étendu là-dessus et ne mentionne même pas le nom du promoteur, mais l’une des entreprises participantes a mis en ligne une photo de la cérémonie. À la droite de François Hollande se tient Xi Jinping, président de la République populaire de Chine. Et à sa gauche le promoteur Adam Yu, ainsi placé au plus haut niveau dans l’ordre protocolaire, sans que rien n’indique quel rôle officiel lui vaut cet honneur.

Voici donc le troisième mystère du cheval-dragon : Qui a réellement payé le spectacle et pourquoi ?

samedi 1 novembre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (2) d’où viennent les économies ?

Le dragon Long-Ma pèse aussi lourd (45 t) et est aussi haut (12 m) que le grand éléphant des Machines de l’île. Mais sa technologie est beaucoup plus complexe. Il va plus vite et surtout il accomplit des mouvements beaucoup plus élaborés. Là où l’éléphant ne peut guère que remuer la trompe et les jambes, Long-Ma sait courber l’encolure et se cabrer sur ses pattes arrières. Là où l’éléphant ne crache que de l’eau, il crache aussi du feu. Il contient une double motorisation, davantage de mécanismes et d’électronique.

Le grand éléphant devait à l’origine coûter 2 millions d’euros sur un budget global de 4,8 millions pour l’ensemble éléphant + galerie. Le budget a été porté à 6 millions d’euros en mars 2007, soit un joli dérapage de 25 % ; le coût final de l’éléphant serait ainsi de 2,5 millions d’euros. Entre mars 2007 et septembre 2014, l’indice des prix est passé de 115,4 à 127,80. Sur cette base, le coût théorique de l’éléphant serait passé de 2,5 millions à 2,77 millions. Selon Emmanuel Guimard, du journal Les Échos, la construction du cheval-dragon a coûté pratiquement autant à 1 % près : 2,8 millions d’euros.

Voici donc le deuxième mystère du cheval-dragon : Sur quels postes La Machine a-t-elle fait des économies pour parvenir à construire au même prix que l’éléphant une machine bien plus complexe ? Mystère n° 2 bis : Si des économies ont été possibles pour le cheval-dragon, pourquoi ne les a-t-on pas faites aussi pour l’éléphant, financé par les contribuables nantais ? Mystère n° 2 ter : comment se fait-il que le projet d’arbre aux hérons soit évalué 35 millions d’euros, soit douze fois et demie plus cher ?