vendredi 31 octobre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (1) où sont les foules chinoises ?

La lutte entre les deux mécaniques géantes de La Machine, le cheval-dragon Long-Ma et l’araignée La Princesse, promettait à Pékin un spectacle hors du commun. Les représentations ont eu lieu sur l’esplanade du « Nid d’oiseau », le célèbre stade olympique de Pékin. Tout le monde connaît cet édifice prestigieux.

Avec trois journées de représentation précédées par des répétitions en public, il y avait de quoi attirer les foules. Plus d’un million de Pékinois, a dit François Delarozière. Un million de spectateurs ? Dans cette agglomération de vingt millions d’habitants, c’est comme si 30.000 personnes au total avaient vu le dernier défilé de géants de Royal de Luxe à Nantes ! Or Royal de Luxe, qui n’a jamais fait dans la modestie, en a revendiqué « au moins 500.000 ». Presque 17 fois plus relativement à la taille de la ville.

N’empêche, 1 million de spectateurs, même répartis sur trois journées et neuf représentations, ça fait une foule impressionnante. Or cette foule, aucune des très nombreuses photos et vidéos disponibles en ligne ne la montre. Elles s’attardent largement sur le spectacle, phénoménal il est vrai. Mais même dans les coins, même en arrière plan, on ne voit jamais de grand concours populaire. La tribune officielle elle-même n’a pas l’air bondée. Voici donc le premier mystère du cheval-dragon : où sont passés les centaines de milliers de Chinois disparus* ?
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* Olivia Geng, du Wall Street Journal, livre peut-être la clé de l'énigme : non seulement, les foules ont été tenues à distance par le service de sécurité, mais  « selon les organes officiels chinois, 100.000 personnes au total ont assisté au spectacle au cours du week-end ». Selon les mêmes organes, les spectateurs auraient été... des touristes. On est loin du million de Pékinois aperçu par François Delarozière. Pourtant, le calcul n'était pas trop compliqué puisque les spectateurs devaient réserver leur place.

mercredi 29 octobre 2014

Nantes et la Loire (5) : 25 ans de perdus pour le grand débat

La Loire en crue, 24 mai 2013
L’ouverture du débat « La Loire et nous » est un événement à marquer d’une pierre blanche. Quels que soient ses résultats, il signale au moins que Nantes a désormais à sa tête une responsable concernée par la question. « L’histoire de Nantes et son agglomération est intimement liée à celle de la Loire et de l’estuaire », souligne Johanna Rolland sur le site web de Nantes Métropole. « La Loire porte, j’en suis convaincue, une part de notre avenir. »

Ce blog avait à sa petite échelle lancé le débat il y a des années avec un post intitulé « La crue et la cuite » (ah ! ah ! ah !). « La Loire devrait être l’atout numéro un du Hangar à bananes », y notait-on. « C’est au contraire sa hantise depuis que quelques poivrots y ont piqué une tête. On a dressé des barrières, ménagé un no man’s land entre le promeneur et l’eau. » Entretemps les barrières ont gagné du terrain : on en a ourlé tout le quai de la Fosse.

Quand Jean-Marc Ayrault est arrivé à la mairie de Nantes en 1989, un grand dessein tout trouvé s'offrait à lui : réconcilier la ville et le fleuve grâce à l’aménagement de l’île de Nantes. Le projet Chemetoff prévoyait d’ailleurs la création d’un port de plaisance. Il est vite passé à la trappe. Pour l’ancien maire de Nantes, apparemment, la Loire n’était que source d'ennuis et prétexte à construire des ponts. Ayrault n’était pas ayraquatique. Avec ce « premier grand débat citoyen », comme dit la ville de Nantes, soulignant ainsi le caractère mineur des précédents, Johanna Rolland tue symboliquement le père-maire. La pierre blanche est une sorte de pierre tombale.

Les articles précédents de la série « Nantes et la Loire » :

lundi 27 octobre 2014

Everybody, ça n'est pas tellement de monde

Un lecteur anonyme, peut-être le même qu’après le premier article sur Everybody, n’aime pas ce qui a été dit ici des statistiques du clip. « Dans le cadre d'une promotion touristique ce n'est jamais un site web qui génère du trafic vers un contenu, mais le partage de ce contenu lui-même par des fans et des abonnés », affirme-t-il. Et d’assurer que « la dernière vidéo Vimeo du VAN a fait le tour du web nantais et du web voyage » !

À cette heure, d’après Vimeo, ladite vidéo a été vue exactement 21.415 fois, ce qui réduirait le web nantais et le web voyage à des dimensions lilliputiennes ! Vimeo affiche 2.239 lectures d’Everybody le 26 septembre. Ensuite, le trafic a très vite baissé, jusqu’à 253 lectures le 5 octobre. Une seconde parution sur Facebook* et des articles dans la presse locale ont relancé la machine au-delà des 1.000 vues par jour du 7 au 10 octobre, avant une rechute rapide. Sur la dernière semaine, Vimeo enregistre moins de 100 vues par jour en moyenne. Everybody n’a donc rien d’une vidéo « virale », qui décolle dans les quelques jours suivant sa mise en ligne au lieu de baisser tout de suite.

Le film a obtenu 19 « likes » sur Vimeo, soit moins de 1 pour 1.000 vues, proportion dérisoire qui laisse supposer soit que les mêmes personnes ont vu la vidéo plusieurs fois, soit qu’elle n’a pas plu.

 D’où viennent les visiteurs ? Selon Vimeo, la principale source serait Facebook avec 4.438 lectures – le premier cercle « des fans et des abonnés », donc. Mais Everybody n’y a recueilli à ce jour que 475 « j’aime », et l’on sait que le symbole « j’aime » est souvent utilisé sur Facebook comme une sorte d’accusé de réception plutôt qu’une marque d’approbation. En tout état de cause, 475 « j’aime » pour 4.438 lectures ne dénotent pas un grand enthousiasme.

À quel point les statistiques de Vimeo sont-elles fiables ? Les avis sont partagés, mais on note quand même quelques étrangetés. Ainsi, 3.220 lectures d’Everybody sont d’origine inconnue. Et presque 6.000 lectures proviendraient de 20minutes.fr ou m.20minutes.fr contre 84 seulement de presseocean.fr ! Vous avez dit bizarre ? (À propos, notre lecteur anonyme va devoir réviser ses conceptions. « Ce n'est jamais un site web qui génère du trafic vers un contenu », écrivait-il. Mais voilà que plus d’un quart du trafic proviendrait de 20minutes.fr…)

Quant à YouTube, leader du partage vidéo, huit fois plus fréquenté que Vimeo, Le Voyage à Nantes y possède sa propre chaîne mais n’y a pas chargé Everybody à ce jour. Ce qui lui évite peut-être d’afficher des scores aussi médiocres que ceux des films précédents.
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* Ici, il faut confesser une erreur : les deux précédents articles avaient sous-estimé l’impact de Facebook. La raison en est simple : Le Voyage à Nantes y a annoncé le lancement de la vidéo non pas une fois mais deux, le 26 septembre et le 6 octobre ! Peut-être cherchait-il à relancer des consultations décevantes. On n’avait retenu ici que les « j’aime » et les partages postérieurs au 6 octobre.

jeudi 23 octobre 2014

« Je ne crois aux statistiques que si je les ai truquées moi-même » -- Winston Churchill

Un lecteur anonyme commente ainsi le précédent article, consacré aux scores des vidéos du Voyage à Nantes sur les réseaux sociaux :
Pour être totalement honnête, il aurait fallu prendre en compte les chiffres de vimeo, plateforme vidéo vers laquelle renvoie le VAN.
Les chiffres sont bien différents :
. Everybody : 21 100 lectures en 3 semaines
. Le Voyage à Nantes : 104 000 lectures
. Estuaire : 42 600 lectures

Cette remarque est légitime. Elle soulève aussi un problème intéressant. YouTube, dont on avait retenu les statistiques ici, compte huit fois plus de visiteurs que Vimeo (environ 800 millions de visiteurs par mois contre 100 millions). Est-il plausible que les mêmes vidéos soient vues huit fois plus sur Vimeo que sur YouTube ?

Certes, comme le souligne notre lecteur anonyme, le site web du Voyage à Nantes renvoie vers Vimeo. Mais levoyageanantes.fr est un site relativement confidentiel : Alexa le classe au-delà du 84.000 rang en France. Il est impossible qu’il ait renvoyé vers Everybody 21.100 visiteurs uniques en trois semaines.

Se pourrait-il alors que ces visiteurs soient passés plutôt par la page du Voyage à Nantes sur Facebook ? Comme on l’a signalé hier, Everybody n’y a récolté en trois semaines que 91 « j’aime ». Les visiteurs arrivés sur Vimeo par cette voie ne peuvent donc pas être très nombreux – ou alors, ils ont détesté le clip.

La question de départ posée à propos du clip Everybody était, rappelons-le : « Fera-t-il le buzz sur les réseaux sociaux comme ses prédécesseurs ? » Pour y répondre, il était logique de se référer au leader des sites de partage vidéo, YouTube. Le Voyage à Nantes y a d’ailleurs sa propre chaîne. Et les statistiques de Vimeo, alors ? Eh ! bien, il y a là un mystère sur lequel chacun peut avoir sa petite idée.

Comme conclut notre lecteur anonyme :

"Les chiffres parlent d'eux-même", dit-on. Attention tout de même à qui les fait parler et d'où les fait-on parler... 

 On ne saurait mieux dire !

mercredi 22 octobre 2014

Le Voyage à Nantes manque un peu de buzz

Le Voyage à Nantes a présenté le 6 octobre un nouveau film de promotion réalisé comme les précédents par Gaëtan Chataigner, qui semble détenir un quasi-monopole sur ce type de production. Le clip, essentiellement un patchwork d’extraits de ses prédécesseurs, s’intitule Everybody : on sait causer l’anglais au Voyage à Nantes.

« Fera-t-il le buzz sur les réseaux sociaux comme ses prédécesseurs ? » se demandait Frédéric Brenon, de 20 Minutes. Bonne question. Sur Facebook, au 22 octobre, Everybody a recueilli 91 « j’aime », 39 partages et zéro commentaire*.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, 91 j’aime en seize jours, ce n’est pas si mal. La moitié des posts du Voyage à Nantes sur Facebook n’en obtiennent pas autant. Chez le roi des réseaux sociaux, le VAN paraît pâlichon.

Côté vidéos, Nantes Tourisme possède sa chaîne sur YouTube. Au 22 octobre, ses films affichent les scores suivants :
  • Estuaire Nantes Saint-Nazaire, 1 an, 3.792 vues
  • Estuaire, 1 an, 7.970 vues
  • Jackie et Julie, 2 ans, 2.464 vues
  • Le Voyage à Nantes – Teaser, 2 ans, 666 vues
  • Atelier Van Lieshout – L’Absence, 2 ans, 129 vues
  • Le Voyage à Nantes, film de Gaëtan Chataigner, 3 ans, 16.098 vues
  • Nantes Ville Verte, 5 ans, 15.703 vues
Pas terrible… En deux jours, toujours sur YouTube, le résumé du dernier match de football Nantes-Reims a été vu 10.931 fois. Un reportage sur la manifestation anti-aéroport du 22 février a été vu 317.658 fois en huit mois pile. Une vidéo de promotion du tourisme à Nantes mise en ligne voici juste trois ans, le 24 octobre 2011, a bien été vue 38.003 fois mais, offense suprême, on la doit à Tourisme-SNCF et non au Voyage à Nantes. Et sa fiche annonce d’emblée : « Ancienne capitale du Duché de Bretagne, Nantes dispose d'un patrimoine historique très riche ». Pile-poil ce que Le Voyage à Nantes déteste lire (combien de fois a-t-on entendu Jean Blaise affirmer que Nantes n’a pas grand chose à montrer en dehors des installations de ses protégés ?).
Alors, Everybody fera-t-il le buzz sur les réseaux sociaux comme ses prédécesseurs ? Franchement, vu le score peu glorieux desdits prédécesseurs, on espère qu’il fera mieux.
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* Erratum au 27 octobre : ces chiffres ne concernent que l'annonce de la vidéo faite par Le Voyage à Nantes sur Facebook le 6 octobre. Mais en réalité, cette annonce était la seconde ! Et la première avait été mieux accueillie. Voir le post du 27 octobre.

jeudi 16 octobre 2014

Tout voyage au bout de la nuit doit bien commencer par un premier pas


Les finances publiques sont mal en point, les collectivités locales sont invitées à faire des économies. C’est le moment que choisit la ville de Nantes pour commander à un conseil extérieur une « Mission d’animation d’un diagnostic partagé sur les nuits nantaises » qui pourrait coûter jusqu’à 40.000 euros.

Avec un manque de clarté approprié au sujet, elle explique qu’elle « souhaite mobiliser un prestataire pour permettre le croisement des regards sur les nuits nantaises afin de constituer une grille de lecture partagée et la mettre en débat avec les acteurs ». On imagine le futur animateur du diagnostic partagé à la manière d’un Jacquouille découvrant l’électricité dans Les Visiteurs : « Jour ! Heuuu ! Nuit ! Heuuu ! » L’une de ses missions sera « d’interroger des points de vue absents », ce qui risque d’être très éclairant. Il devra aussi établir une représentation graphique facilitant « une lecture dynamique des nuits à Nantes », comme si la rubrique faits divers de la PQR n'en donnait pas chaque jour une lecture déjà trop dynamique…

« La vie nocturne n’est pas une question nouvelle pour la Ville » admet cependant le cahier des charges. Pas nouvelle en effet puisqu’elle date du premier jour de la Genèse : « Dieu nomma la lumière jour et nomma les ténèbres nuit ». Mais il faut croire qu’en un quart de siècle, l’équipe de Jean-Marc Ayrault n’avait pas pris la juste mesure de l’obscurité nantaise. Le programme électoral de Johanna Rolland a prévu la création d’un Conseil de la nuit. Pas de conseil sans commissions. La commission « Nuits de Chine, nuits câlines, nuits d'amouuuuur » ne manquera pas de candidats, mais on en cherche aussi pour les commissions « Nuit sans lune », « Nuit des morts vivants », etc. Les démons de minuit vont devoir numéroter leurs abattis.

vendredi 10 octobre 2014

Lobbying pour NDDL (12) : le début de la fin

Quand Le Canard Enchaîné sort une information fracassante, c’est souvent que quelqu’un dans les hautes sphères la lui a communiquée. Que cherchait donc celui qui lui a remis la demande de permis de construire déposée par Vinci pour Notre-Dame-des-Landes ? Sûrement pas à relancer le projet ! L’article paru ce mercredi est un grand pas de plus vers son enterrement. En révélant que l’aéroport en projet serait plus petit que l’aéroport existant, il ne donne pas seulement des armes aux adversaires du projet : il ridiculise ses partisans qui affirmaient que Nantes Atlantique était trop petit.

La réponse de Vinci publiée ce matin dans Presse Océan n’arrange rien. Le bâtisseur allègue une nouvelle génération d’aéroport avec « deux modèles d’infrastructure totalement différents ». Mais comme les avions et les passagers auront toujours besoin de pistes, de parkings, de halls, de comptoirs, de passerelles, etc., si l’on en met moins à NDDL, c’est qu’il y a de la marge à Nantes Atlantique. Incontournable !

« C’est un projet évolutif », assure Vinci, qui insiste : « on sait déjà que la fréquentation ne sera pas la même entre aujourd’hui et sa mise en service ». Qu’est-ce à dire ? Qu’on a prévu d'annoncer, à un moment quelconque entre aujourd’hui et la mise en service, que l’aéroport prévu est déjà trop petit et doit être agrandi ? Cela rappelle ce que l’association Contribuables associés écrivait il y a deux ans : « le projet ne prévoit, bizarrement, aucun dépassement de budget… Or, dans ce genre de gros projets d’infrastructure, le prix initial est quasiment toujours sous-estimé, et les dépassements de budget (à la charge des contribuables bien sûr) atteignent facilement 30 à 35 % ». Un tel dépassement est en filigrane dans ce que dit Vinci.

On se rappelle l’ultime argument des partisans de l’aéroport : s’il ne se faisait pas, il faudrait dédommager Vinci. Sans nul doute, il y aura un bras de fer sur ce sujet. La révélation du Canard Enchaîné fragilise clairement la position de Vinci. De là à imaginer qu’elle n’est peut-être pas innocente…

Retrouvez les épisodes précédents de « Lobbying pour NDDL » :