mercredi 27 février 2013

Lobbying pour NDDL (5) : il n’y a que les… élus qui ne changent jamais d’avis

« On soupçonne d’ailleurs qu’il fait partie de ces gens qui ne changent jamais d’avis », persiflait-on ici-même au mois de décembre à propos de Jacques Auxiette et du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Depuis hier, c'est officiel.

Comme le relate Éric Cabanas dans Presse Océan d’aujourd’hui, les élus des collectivités membres du syndicat mixte aéroportuaire étaient reçus hier par la « commission du dialogue » censée organiser un échange de vue entre partisans et adversaires du projet. « Nous n’avons jamais changé d’avis », ont-ils fait valoir, soulignant que certaines associations – Les Amis de la Terre, France Nature Environnemment et la Fédération nationale des usagers des transports – qui étaient favorables au projet en 2007 ne l’étaient plus à présent, elles.

Et le fait que des avis positifs soient devenus négatifs serait un argument en faveur de la construction d'un aéroport ? Pour le soutenir, il faut vraiment être un… un… eh ! bien, un qui ne change jamais d’avis.

mardi 19 février 2013

Lobbying pour NDDL (4) : un blog mal inspiré

Toujours préoccupé de son lobbying en faveur de la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le Syndicat mixte aéroportuaire présidé par Jacques Auxiette vient de créer un site web.  Il y publie le « premier épisode d’une série de billets consacrés aux aéroports inter-régionaux ou métropolitains en Europe et dans le monde au service du rayonnement de leur territoire », consacré à l’aéroport de Maastricht-Aix-la-Chapelle. Ce coup d’essai n’est pas un coup de maître.

« Au carrefour de la Hollande méridionale, des Ardennes belges et de la Ruhr allemande, l’aéroport de Maastricht est l’exemple même de l’inter-régionalité réussie », y lit-on. Un aéroport situé au point de rencontre de trois frontières nationales : une fois la Bretagne indépendante, il en manquerait encore une à NDDL !

Ce n'est pas la seule différence radicale entre Maastricht et un éventuel NDDL : entouré d’une zone densément peuplée et économiquement très active, le premier est directement desservi par une autoroute majeure. Question configuration, il ressemble plutôt à… Nantes Atlantique. Sa piste unique (la seconde a été supprimée voici quelques années) est orientée Nord-est/Sud-ouest. Au décollage, les avions survolent l’agglomération de Maastricht, dont le centre se trouve à moins de 10 km de l'aéroport.

Les collaborateurs de Jacques Auxiette invoquent une « explosion du trafic au fil des années : 155 000 passagers en 2007, 363 000 en 2011 ». Ils ignoraient sans doute que le trafic a reculé en 2012. Il est revenu à 345.000 passagers soit moins qu’en… 2005 ! Nantes Atlantique en voit passer dix fois plus : quelles leçons tirer d’un si mince exemple ? Côté fret, dit-on, la place de cette activité « ne cesse de croître ». En réalité, elle est passée de 92.500 tonnes en 2011 à 75.000 tonnes en 2012, soit près de 20 % de baisse.

Il est vrai que l’installation massive de Ryanair à Maastricht fin 2012 pourrait entraîner un doublement du trafic dès 2013. Mais le mérite en reviendrait à Ryanair et non à Maastricht ! Serait-il d’ailleurs bien raisonnable de dépendre à 50 % d’une compagnie aussi rapide à supprimer des liaisons qu’à les créer ? Pourtant, cet aéroport aurait une politique de développement prudente : « pas question … de se risquer à concurrencer le train sur des distances courtes », assure le blog. « Il n’est toujours pas possible de faire un Paris-Maastricht en avion. » Là, l’information n’est pas fausse. Pas encore, du moins : la nouvelle compagnie Maastricht Airlines a annoncé son intention de desservir bientôt Paris.

Si les lobbyistes de NDDL réussissent à glisser tant d’erreurs, d’omissions ou d’approximations dans un article de 400 mots (moins que le présent billet) à propos d’un aéroport existant, quelle confiance accorder à leurs larges tartines sur les avantages d’un aéroport hypothétique ?

lundi 11 février 2013

Nantes, capitale verte : (1) Pour commencer, une occasion manquée

Nantes est devenue Green Capital de l’Europe fin novembre 2012 ; elle passera le témoin à Copenhague fin novembre 2013. Déjà deux mois et demi d'écoulés pour cette année censément inoubliable, et l’on n’a pas vu grand chose jusqu’à présent. « Nantes, capitale verte de l'année 2013, sera le théâtre d'une foule d'événements, grands et petits, pour le grand public et les professionnels », promet pourtant le site web spécial créé par Nantes Métropole. « Demandez le programme ! »

Demandons-le donc : il est en ligne. Au recto, une présentation générale sous le titre « Une année capitale à partager – plus de 100 événéments ! » Au verso, le programme proprement dit, consacré pour plus de la moitié à un unique événement : Tambours à Nantes, le 16 février, dont on se demande quel rapport il peut avoir avec l’écologie. À moins qu’il ne vise à dénoncer le réchauffement climatique puisque Nantes Métropole promet un « vent de chaleur sous les Nefs » ! Au menu, soupe chaude et brasero en plein courant d’air, de quoi inaugurer le capitalat nantais par un gentil gaspillage d’énergie.

Le document annonce aussi un voyage de l’Aéroflorale à Bruxelles, Turin, Hambourg et Istanbul, sûrement par l’opération du saint-esprit pour ne pas brûler de kérozène, le festival HIP OPsession, qu’on ne savait pas si vert, « une programmation estivale spéciale » mais nébuleuse à ce jour, le 10e sommet mondial organisé par l’association Ecocity Builders et enfin La Folle Journée, « avec un rendez-vous inédit fixé à l’Orangerie du Jardin des plantes » que seuls les écolo-mélomanes très avertis auront repéré.

À propos de La Folle Journée 2013, Nantes-Tourisme affirme avec assurance que « les grands compositeurs français et espagnols sélectionnés ont tous écrit des oeuvres en rapport avec la nature et l’environnement notamment Debussy, Fauré et Poulenc ». Tous ? C’est s’avancer beaucoup. Mais c’est surtout souligner une belle occasion loupée : au lieu de Tambours à Nantes, dont l’objectif essentiel sera de faire un maximum de raffut, aurait-il pas été chic de commencer l’année Green Capital par une Folle Journée verte ?

On aurait pu conserver au programme le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, les Dyonisiaques de Schmitt, Le Papillon et la fleur de Fauré, Le Printemps de Hahn, l’Hymne au soleil de Boulanger, le Prélude à l’après-midi d’un faune, les Jardins sous la pluie et Le Petit berger de Debussy, les Nuits dans les jardins d’Espagne de De Falla, les Histoires naturelles, les Oiseaux tristes et les Jeux d’eau de Ravel, Les Sauvages de Rameau, L’Alouette calendrelle de Messiaen, Le Vent d’Alkan, Primavera de Koechlin, Les Vergers fleuris et Le Rossignol de Couperin, Un sueño en la floresta de Barrios, D’un matin de printemps de Boulanger, les Morceaux en forme de poire de Satie, et quelques autres. On aurait complété par la Pastorale de Beethoven, En forêt et Brocéliande au matin de Ladmirault (un compositeur nantais, soit dit en passant), La Truite et Le Chant du cygne de Schubert, Le Beau Danube bleu et La Chauve-souris de Johann Strauss fils, etc. La création mondiale de Plein ciel de Jean-Frédéric Neuburger aurait pris toute sa mesure.

L’occasion était belle, Nantes Métropole est passée à côté. Mais il lui reste neuf mois et demi pour se rattraper.

lundi 4 février 2013

Le Grand mieux que l’Unique ?

La Chambre régionale des comptes vient de publier son rapport d’observations définitives sur la gestion du Grand T. Globalement, il est plutôt positif. La Chambre pointe bien quelques peccadilles, comme des achats sans mise en concurrence ou la constitution de 120.000 euros de provisions « critiquables » relatives à des dépenses de communication. Mais elle salue une politique de programmation qui « permet de faire des économies d’échelle liées aux coûts de montage et démontage voire d’achat du spectacle ».

Ces conclusions tranchent radicalement avec celles relatives au Lieu Unique publiées voici dix-huit mois, autrement plus sévères pour la gestion de Jean Blaise. Faudra-t-il alors remettre sur le tapis la question du label « scène nationale » ? Jusqu’à présent, le Grand T n’a pu l’obtenir parce que le Lieu Unique l’avait. Au vu des observations de la Chambre régionale des comptes, il y aurait peut-être lieu de déshabiller l’Unique pour habiller le Grand.

dimanche 3 février 2013

Anne, ma sœur Anne, vois-tu enfin quelque chose venir ?

Les choses commenceraient-elles enfin à bouger pour l’Hôtel de la Duchesse Anne ? Réduit à l’état de ruine depuis l’incendie de 2004, il semblait condamner à s’effondrer avant longtemps. Derrière sa façade Art Déco, toutes les structures étaient ravagées, plus encore par les intempéries que par le feu.

Mais on dirait que le printemps se prépare. Face au château des ducs de Bretagne, les fenêtres béantes ont été occultées par des panneaux métalliques. Une nacelle élévatrice a été mise en place pour intervenir sur l’extérieur de la façade.

On avait peut-être été mauvaise langue en raillant ici l’indolence de Jean-Marc Ayrault, dont le principal acte officiel en tant que maire de Nantes avait été, en septembre 2011, plus de sept ans après l’incendie, d’écrire une lettre aux propriétaires de l’immeuble « pour leur demander de bouger ». Cela ne fait jamais que seize mois. Il suffisait de patienter un peu.

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 P.S. Hélas ! le commentaire ci-dessus était prématuré. La nacelle est vite repartie. Peut-être les propriétaires se sont-ils contentés de bouger le petit doigt en réponse à la sévère admonestation municipale ?

samedi 2 février 2013

La Folle Journée : comment faire descendre la rue dans la musique

L’énorme succès du « Sacre russe », l’an dernier, avait placé la barre très haut pour La Folle Journée. L’édition 2013 s’annonce en net retrait. Le thème de cette année, « L’Heure exquise », ratisse peut-être trop large, sur un concept trop flou : on y range des compositeurs français et espagnols de 1850 à nos jours. Déjà, une journée qui dure cinq jours a de quoi troubler. Mais une heure qui dure 163 ans…

L’ambiance paraît un peu molle. Mercredi, l’ONPL a joué devant un grand auditorium à moitié vide. Ou à moitié plein, si l’on est optimiste. L’orchestre a fait le job sans enthousiasme, malgré les efforts de John Axelrod.

Mais surtout, la roche Tarpéienne est près des Magic Mirrors. L’organisation de La Folle Journée avait pourtant annoncé avec fierté la présence de ces deux chapiteaux mobiles. Les Magic Mirrors sont à la mode. Partis de Belgique, où ils ont remis au goût du jour une formule vieille de plus d’un siècle, ils se répandent dans toute l’Europe, portés par leur belle esthétique rétro et par un marketing habile qui en a fait des événements à part entière.

Hélas, si les Magic Mirrors sont beaux, leur insonorisation laisse à désirer. Le fait est connu. Le site Culture Jazz les a ainsi décrits comme « très perméables aux bruits de la rue ». Même la pluie sur les tentes peut créer un bruit de fond. Cela ne pose pas de problème quand le chapiteau est installé dans un vaste espace pour un bal ou un spectacle de hip-hop. Mais écouter Debussy joué par Anne Queffélec au bord d’une autoroute…

« On a fait une tentative… hélas infructueuse », conclut Michèle Guillossou, directrice générale de La Folle Journée, à en croire Presse Océan, qui révèle le coût de la plaisanterie : 80.000 euros. On croit rêver : ainsi, l’organisation de La Folle Journée aurait signé un contrat comme ça, pour voir, sans s’entourer de garanties sur l’insonorisation des équipements ? En voilà, pour le coup, de la folie.
Relégué à l'arrière de la Cité des congrès en compagnie des bacs à ordures, le chapiteau Magic Mirrors est exposé au bruit de la circulation empruntant le pont de Tbilissi et le pont Aristide-Briant.

vendredi 1 février 2013

Bolopoly (8) : par ici la monnaie !

Un concours municipal a été lancé au début de l’automne pour trouver un nom à la future monnaie locale nantaise ; on avait proposé dans ce blog de la nommer « bolopoly » en hommage à son promoteur, Pascal Bolo, adjoint au maire.

Le concours s’est achevé le 15 décembre. Le résultat devait être annoncé en début d’année. On était impatient de connaître le nom de cette monnaie, petite sœur du WIR suisse, lui même né dans les années 1930 « en s’inspirant des théories du libéralisme économique » et de celles de Silvio Gesell, pour qui « seul le triomphe de la concurrence économique peut ouvrir à l’humanité la voie d’un développement profitable de l’eugénisme ».

Hélas, si le site web officiel du projet donne encore rendez-vous « début 2013 pour découvrir LE nom gagnant », au 1er février, on attend toujours. Faut-il que le choix soit difficile parmi les 770 suggestions reçues ! Pour patienter, il est toujours possible de relire la série « Bolopoly » publiée sur ce blog en novembre 2012 :