lundi 11 février 2013

Nantes, capitale verte : (1) Pour commencer, une occasion manquée

Nantes est devenue Green Capital de l’Europe fin novembre 2012 ; elle passera le témoin à Copenhague fin novembre 2013. Déjà deux mois et demi d'écoulés pour cette année censément inoubliable, et l’on n’a pas vu grand chose jusqu’à présent. « Nantes, capitale verte de l'année 2013, sera le théâtre d'une foule d'événements, grands et petits, pour le grand public et les professionnels », promet pourtant le site web spécial créé par Nantes Métropole. « Demandez le programme ! »

Demandons-le donc : il est en ligne. Au recto, une présentation générale sous le titre « Une année capitale à partager – plus de 100 événéments ! » Au verso, le programme proprement dit, consacré pour plus de la moitié à un unique événement : Tambours à Nantes, le 16 février, dont on se demande quel rapport il peut avoir avec l’écologie. À moins qu’il ne vise à dénoncer le réchauffement climatique puisque Nantes Métropole promet un « vent de chaleur sous les Nefs » ! Au menu, soupe chaude et brasero en plein courant d’air, de quoi inaugurer le capitalat nantais par un gentil gaspillage d’énergie.

Le document annonce aussi un voyage de l’Aéroflorale à Bruxelles, Turin, Hambourg et Istanbul, sûrement par l’opération du saint-esprit pour ne pas brûler de kérozène, le festival HIP OPsession, qu’on ne savait pas si vert, « une programmation estivale spéciale » mais nébuleuse à ce jour, le 10e sommet mondial organisé par l’association Ecocity Builders et enfin La Folle Journée, « avec un rendez-vous inédit fixé à l’Orangerie du Jardin des plantes » que seuls les écolo-mélomanes très avertis auront repéré.

À propos de La Folle Journée 2013, Nantes-Tourisme affirme avec assurance que « les grands compositeurs français et espagnols sélectionnés ont tous écrit des oeuvres en rapport avec la nature et l’environnement notamment Debussy, Fauré et Poulenc ». Tous ? C’est s’avancer beaucoup. Mais c’est surtout souligner une belle occasion loupée : au lieu de Tambours à Nantes, dont l’objectif essentiel sera de faire un maximum de raffut, aurait-il pas été chic de commencer l’année Green Capital par une Folle Journée verte ?

On aurait pu conserver au programme le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, les Dyonisiaques de Schmitt, Le Papillon et la fleur de Fauré, Le Printemps de Hahn, l’Hymne au soleil de Boulanger, le Prélude à l’après-midi d’un faune, les Jardins sous la pluie et Le Petit berger de Debussy, les Nuits dans les jardins d’Espagne de De Falla, les Histoires naturelles, les Oiseaux tristes et les Jeux d’eau de Ravel, Les Sauvages de Rameau, L’Alouette calendrelle de Messiaen, Le Vent d’Alkan, Primavera de Koechlin, Les Vergers fleuris et Le Rossignol de Couperin, Un sueño en la floresta de Barrios, D’un matin de printemps de Boulanger, les Morceaux en forme de poire de Satie, et quelques autres. On aurait complété par la Pastorale de Beethoven, En forêt et Brocéliande au matin de Ladmirault (un compositeur nantais, soit dit en passant), La Truite et Le Chant du cygne de Schubert, Le Beau Danube bleu et La Chauve-souris de Johann Strauss fils, etc. La création mondiale de Plein ciel de Jean-Frédéric Neuburger aurait pris toute sa mesure.

L’occasion était belle, Nantes Métropole est passée à côté. Mais il lui reste neuf mois et demi pour se rattraper.

11 commentaires:

Gilbert de Montplaisir a dit…

Sven Merci: Nantes capitale verte des lettres d'une ville condamnée aux travaux forcés à perpétuité. PO à publié une lettre symbolique de Laurent résumant le ras - le - bol général. Un double a été publié aujourd'hui avec un superbe dessin de FRAP sur les écogestes! Voir vous avez la parole version papier.

Courrier des lecteurs : Nantes capitale verte... en 14 millions de pages! Habitant à Nantes depuis 39 ans, je me permets de vous écrire pour la raison suivante :je suis choqué que la green capital 2013 édite un guide de quelques 73 pages à 189 500 exemplaires soit environ 13 833 500 (oui vous lisez bien ! ) presque 14 millions de pages , cartonnées...Certes c'est du papier recyclé mais quid de l'encre. Sans parler qu'après l'avoir parcouru en tournant chaque page, je n'y ai trouvé aucune information utile ou qui m'intéresse en pratique. Je venais de recevoir le Nantes Passion qui est du même acabit, on se moque dedans de nous en nous parlant des écos gestes, sur 66 pages et 189 500 exemplaires. Sachant que nous sommes au numéro 231 de Nantes Passion, on arrive à 2,5 milliards de pages environ! Alors s'il vous plaît pour ne pas vous couper des Nantais, utilisez internet et mettez-y si cela vous fait plaisir ces informations. Adaptons nos actions à nos écrits et paroles...

Un Nantais en colère.

Laurent

PS : La même remarque pourrait être faite pour le magazine du département.

Bonne journée Sven!

Sven Jelure a dit…

Merci Gilbert. Oui, j'ai lu avec intérêt la lettre de Laurent dans Presse Océan. Ses calculs donnent à réfléchir : 2,5 milliards de pages, c'est impressionnant...

Anonyme a dit…

A toutes ces pages imprimées on peut ajouter les guirlandes de Noël de cette année avec le logo de la capital verte réalisé avec des LED (une feuille). Ces dizaines (centaines?) de guirlande ne seront certainement pas réutilisées plusieurs années? Capitale verte, vous avez dit capitale verte?

Sven Jelure a dit…

J'ose espérer que les leds sont recyclables en d'autres guirlandes ! ("Les brins d'une guirlande éternelle", pour reprendre le titre d'un bouquin de Hofstadter !)

Gilbert de Montplaisir a dit…

Merci Sven et anonyme,

J'adresse à certaines mairies et élus les caricatures écogestes de ma signature .Je ne voudrais pas imiter les tonnes de papiers gaspillés, mais je te ferais un post descriptif dans un prochain post. MERCI SVEN et anonyme. Il n'y a pas de petits combats. Gilbert.

Anonyme a dit…

On pourrait rappeler de temps en temps que le jury de la capitale verte européenne n'a jamais mis les pieds à Nantes. Il s'agit simplement de l'examen de dossiers.
Un peu comme si le jury de Cannes se contentait de lire des scénarios...

Anonyme a dit…

Il y a quelque chose de Prévert dans le concept de "green", quelque chose qui tient de l'inventaire du poète et qui contrevient parfois au principe de non-contradiction...

Le green urbain renvoie bien sûr à une série de labels (HPE, HQE, BBC...) qui certifient la prise en compte l'impact anthropique sur l'environnement, il renvoie au souci de la durabilité des nouvelles constructions, parfois même au-delà de la garantie décennale (en les construisant, par exemple, en modules facilement démontables - MFD), il renvoie aux collectes qui aboutissent, paraît-il, au recyclage des matériaux, à leur usage, toutes choses objectivables, quantifiables - mais également au biomimétisme, lorsque de très fumeux projets architecturaux (TFPA) prennent pour arguments la modélisation de la croissance des fourreaux des larves de trichoptère...
Le green urbain, c'est également une logique d'économie d'échelle (transports en commun plutôt que véhicules personnels, ville dense plutôt qu'habitât dispersé...), plus ou moins calquée sur celle qui préside à la restructuration mondiale des entreprises, une logique de zonage légèrement épicée de diversité - qui aboutit à un univers de plus en plus concentrationnaire...
Le green urbain, en contre-partie, est capable de séduire, en intégrant directement du vivant (une toiture végétalisée, trois arbres en pots au milieu du bitume, une ruche perchée sur une antenne-relais de téléphonie mobile produisant un excellent miel AB...) mais aussi en valorisant une bonne volonté diffuse (BVD), susceptible de s'actualiser en une multitude de gestes éco-quotidiens (lorsque, gourmand, je lèche mon assiette, par exemple, j'économise un peu d'eau et limite la diffusion de détergents polluants ; j'adopte donc un comportement citoyen).

En parcourant le programme interminable mis en ligne par la mairie, vous vous étonnez de l'extrême élasticité du green concept... mais si l'on a bon esprit, on peut se féliciter de la créativité de nos DPU (décideurs et planificateurs urbains).
Ainsi, suspendre des personnes à mobilité réduite (PMR) aux établissements recevant du public (ERP) que sont les 80 arbres de notre ville, permet effectivement de faire une pierre deux coups : de l'AV (accessibilité verte).
Livrer des quartiers entiers à la spéculation immobilière, raser des bâtisses centenaires (BC) pour les remplacer par des préfabriqués abjects (PA), construire un nouvel aéroport au coeur du bocage (NA de NDDL), c'est encore un clin d'oeil au poète : si la Terre est bleue comme une orange, Nantes peut bien être verte comme un parpaing !

Cordialement.

G. L.

Sven Jelure a dit…

Merci pour cette analyse aussi fine que ravageuse ; vous devriez peut-être entreprendre la rédaction d'un roman genre 2084 : le recyclage c'est la conservation, la densification urbaine c'est la préservation de la nature, etc.

Cela dit, malgré mon mauvais esprit, je ne suis pas anti-green. Je suis plutôt, disons... perplexe. Par exemple, le bâtiment BBC idéal aura de toutes petites fenêtres impossibles à ouvrir, mais cela part d'une bonne intention, de celles dont l'enfer est pavé : protéger la nature contre l'homme en enfermant celui-ci faute de pouvoir compter sur son autodiscipline.

Hélas, ce ne sont pas des normes qui diffuseront la BVD, comme vous dites. A la limite, elles sont dangereuses si leur multiplication et leur caractère tatillon incitent le citoyen de base à les violer pour affirmer sa liberté. Pour changer les comportements, il faut des exemples venus d'en haut. Imaginons JMA léchant son assiette à la table de Matignon devant les caméras de France 2...

Anonyme a dit…

L'image serait aussi désopilante qu'inattendue ! La scène pourrait même se dérouler à la fin d'un repas organisé chez une famille de "français ordinaires" - VGE s'était livré à ce genre d'exercice en son temps... Le casting serait difficile, l'ordinaire n'étant plus ce qu'il était... un vrai casse-tête même !
JMA, homme avisé, préférerait certainement confier au bouillonnant Ministre du Redressement Productif la conduite de l'opération. Télédiffusé, le coup de langue expert pourrait bien faire fondre plus d'une ménagère... On le nommerai : le green french kiss (GFK).

Cordialement.

G. L.

Sven Jelure a dit…

Délire pour délire, pourquoi pas le GKK (green caca) dans les toilettes sèches de l'Elysée ?

Anonyme a dit…

Les voix du syllogisme sont effectivement impénétrables : dans la mesure où le "vert" est "solidaire", tout ce qui est "solidaire" est "vert" ; dans la mesure où est "rap" est "solidaire", le "rap" est "vert" aussi... En fait, c'est le (dés)ordre des prémisses qui déroute...
Chercherait-on à nommer l'explosion de tags qui constellent le Lieu Unique et ses abords, depuis les très green soirées HIP-OPsession, on dirait, sacrifiant à la très poétique novlangue locale : "printanière diffusion de pollen solidaire". Ce "pollen solidaire" est-il également "durable" ? Sur la façade du Lieu Unique, assez peu : celle-ci a promptement été repeinte (charité bien ordonnée etc.). Alentour, on pouvait constater aujourd'hui encore qu'il l'est, "durable". Un badaud légèrement allergique au pollen solidaire (il en est malheureusement) pourrait difficilement identifier la fleur qui est à l'origine de son irritation...

Cordialement.

G. L.