vendredi 28 décembre 2012

Royal de Luxe pourrait boire le Coca jusqu’à la lie

En portant sur le terrain judiciaire son conflit avec Coca-Cola, Royal de Luxe fait-il un pas de géant ou un pas de clerc ? Vu sa sèche réaction, le limonadier international ne semble pas disposé à faire amende honorable… ou à consentir une juteuse transaction.


« Catimini s'amuse. Pour ses 20 ans
Royal de Luxe imagine un carrousel
magique... »
(site web
www.catimini.com)
 Et Royal de Luxe va se heurter à ses propres contradictions. La compagnie est convaincue que le Père Noël/Santa Claus de Coca-Cola est inspiré de ses géants, mais comme tout créateur, elle a elle-même puisé une partie de son inspiration chez d’autres artistes, de Peter Schumann à Diego Rivera. Elle dit avoir « toujours refusé d’être au service d’une marque » mais oublie sa participation à la promotion de la gamme de cuisines Bulthaup chez IDM en 2011 ou de la marque de vêtements Catimini en 1992.

Et surtout, faisant appel à la loi, Royal de Luxe devrait veiller à être juridiquement irréprochable. Comme toute association percevant plus de 153.000 euros de dons ou de subventions par an, la compagnie est tenue de publier ses comptes annuels au Journal officiel. À ce jour, elle s’est toujours soustraite à cette obligation légale. Elle devrait désormais s’y soumettre, révélant ainsi, par exemple, le chiffre d’affaires de ses spectacles ou le montant de sa masse salariale.

Oui, enfin, peut-être… on peut toujours rêver... C’est à ça que sert Royal de Luxe, d’ailleurs.

mercredi 26 décembre 2012

Royal de Luxe est contre le Père Noël, tout contre

Royal de Luxe va porter plainte contre Coca-Cola pour usurpation d’image, annonce Presse Océan. Car la ressemblance entre le Santa Claus de la multinationale et les géants nantais ne serait pas une coïncidence. « Coca-Cola nous avait contacté en mai dernier pour réaliser une publicité de Noël », assure en effet la compagnie.

Cette dernière a sans doute retrouvé la mémoire. Voici quinze jours, après avoir interrogé Gwenaëlle Raux, productrice-déléguée de Royal de Luxe, Presse Océan écrivait en effet : « Jamais la compagnie (…) n'a été contactée par la firme multinationale. »

On se demande si le fantôme de Diego Rivera compte porter plainte contre Royal de Luxe pour avoir imité ses murs peints. Et il pourrait faire des émules : de leur propre aveu, les Machines de l’île seraient inspirées par Léonard de Vinci et Jules Verne...

Royal de Luxe va tout de même devoir expliquer son réveil tardif. Car la marionnette géante de Coca-Cola est loin d'être unique. Le site www.royaldeluxe-fan.com en recense une douzaine d'autres, images à l’appui.  Parmi elles figure Violette, premier géant articulé du Nord. Son créateur, Gérard Tricart « assume la ressemblance de sa géante avec les constructions de Royal de Luxe, collectif nantais avec lequel il a travaillé », à en croire La Voix du Nord. Il y a aussi la poupée géante du confiseur australien Allen’s, qui se promène dans les rues de Brisbane et « ressemble à une marionnette géante similaire créée en 2006 par la compagnie de théâtre française Royal de Luxe »*, notait le journal professionnel de la publicité Adweek en 2009.

Ils ont quelque chose de spécial contre le Père Noël, chez Royal de Luxe ? Ou peut-être aimeraient-ils juste qu’il dépose un petit cadeau (ou un gros, géant oblige) dans leur sabot ?
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* « The doll, at least in its stature, resembles a similar giant puppet created in 2006 by French theater company Royal de Luxe. »

samedi 22 décembre 2012

Lobbying pour NDDL (2) : vers un rebondissement juridique ?

Jacques Auxiette, indique Jérôme Jolivet dans Presse Océan ce matin, « déclare sans suite l’appel d’offres qu’il avait lancé la semaine dernière pour mener du lobbying » en faveur du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Raison invoquée : trois mille personnes auraient demandé un dossier de consultation « espérant ensuite obtenir la nullité de notre procédure ». Cette raison aux allures légèrement paranoïaques paraît plutôt spécieuse : la régularité de la procédure ne dépend pas du nombre de dossiers demandés. Et puis, il y a peut-être beaucoup d’aspirants lobbyistes, après tout…

Mais peut-on sur un coup de tête renoncer à un appel d’offres en cours ? Le Code des marchés publics prévoit en son article 59 que « à tout moment, la procédure peut être déclarée sans suite pour des motifs d'intérêt général ». Reste à savoir quels sont ces « motifs d’intérêt général ». Or, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, vient justement de les préciser, voici moins de deux mois, en réponse à la question d’une parlementaire.
Les motifs susceptibles d’être invoqués sont variés :
  •  « Raison budgétaire lorsque, à titre d'exemple, le coût estimé des travaux dépasse le budget pouvant être alloué par la collectivité ». On nous a toujours dit que le prix à payer était raisonnable.
  • « Insuffisance de concurrence ». Vu le nombre de demandes, on va plutôt vers une concurrence surabondante.
  • « Incertitudes ayant affecté la consultation des entreprises » ou « procédure entachée d’irrégularités ». M. Auxiette mettrait alors en cause ses propres services.
  • « Erreurs dans les exigences techniques des prestations ». Idem.
  • « Disparition du besoin de la personne publique ». Ce qui supposerait l’abandon du projet d’aéroport ! Intéressant…
 Le choix est vaste, mais aucun des motifs acceptables ne semble convenir en l'espèce. Or une chose est certaine : la décision de ne pas donner suite à un appel d’offre « doit être motivée. La motivation ne doit pas se limiter à une simple phrase générique invoquant l'intérêt général, mais doit également préciser les circonstances qui ont amené le pouvoir adjudicateur à prendre une telle décision. » Gribouille se jetait à l’eau pour éviter la pluie. Il serait cocasse que, pour éviter un risque de nullité très hypothétique, Jacques Auxiette ait pris une décision entachée de nullité !

Lobbying pour NDDL (1) : suite mais pas fin

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu roi
Jacques Auxiette annonce le retrait du fameux appel d’offres pour des « prestations d’action de lobbying » au profit du Syndicat mixte aéroportuaire – autrement dit pour confier à des professionnels, aux frais des contribuables, la propagande du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Ce retrait a des allures de retraite. Le président de la région a l’air plutôt piteux. Serait-ce un début de lâchage de l’aéroport ? François Hollande vient de nommer Nicolas Hulot, adversaire déclaré du projet, « envoyé spécial du président pour la protection de la planète ». Dans le monde impitoyable de la politique, cela ressemble à un préavis de décès. Jean-Marc Ayrault doit commencer à se trouver très seul…

Mais il est plus probable que Jacques Auxiette n’a pas changé d’avis à propos de NDDL. On soupçonne d’ailleurs qu’il fait partie de ces gens qui ne changent jamais d’avis. En tout cas, il n’a sûrement pas renoncé à faire de la propagande.

D’ailleurs, fâcheuse coïncidence, le Bulletin officiel des avis de marchés publics (BOAMP) publie justement aujourd’hui un avis de marché portant sur la « diffusion de divers documents ou objets destinés à la communication de la Région des Pays de la Loire ». Au programme : diffusion de dépliants, d'affiches, de journaux et magazines, de sets de table, et autres en commerce de proximité et autres lieux, montage de PLV de comptoir, collage d'affiches sur les panneaux d'affichages libres, diffusion de flyers et magazines, etc.

On peut donc parier que la propagande sortie par la porte reviendra bientôt par la fenêtre. Jacques Auxiette veillera seulement à remplacer « lobbying » par « communication ».

mardi 18 décembre 2012

La culture à Nantes : (2) du gramscisme aux paillettes

Jean-Marc Ayrault n’a jamais prétendu être un homme très cultivé. Titulaire d’un simple Capes d’allemand, il n'a pas laissé à ses condisciples le souvenir d’un étudiant spécialement brillant. Ses responsabilités politiques cumulées l’ont vite empêché de parfaire ses humanités. Il dit lire San Antonio, ce qui est sans doute vrai, sans quoi il invoquerait plutôt La Chartreuse de Parme ou Le Discours de la méthode, si ce n’est le fameux « Zadig et Voltaire » ! Ou au minimum Jules Verne, pour faire couleur locale. Son blog n’a rien d’un chef d’œuvre littéraire. Il préfère les excursions en camping-car au grand trek des musées internationaux. Quand il pense à Depardieu, il fait rimer « minable » avec « contribuable » plutôt qu’« admirable » avec Les Misérables.

Bien entendu, être peu cultivé n’empêche pas d’aimer la culture, de même que palper 14.910 euros par mois comme Premier ministre n’empêche pas d’être socialiste. Mais tout de même, Jean-Marc Ayrault était peu qualifié personnellement pour guider une ville vers les hautes sphères intellectuelles et artistiques.

À en croire le storytelling municipal, il aurait néanmoins fait de la culture une priorité dès son arrivée à la mairie de Nantes. En réalité, la conception municipale de la culture a évolué. Au début, elle répondait à un objectif d’instrumentalisation politique. Elle poursuivait les escarmouches déjà engagées entre droite et gauche avec la création du CRDC par la municipalité Chenard et celle d’Espace 44, futur Grand T, par le conseil général de Cossé-Brissac. Elle était confiée à l’un des élus intellectuellement les plus « capés » de la municipalité, Yannick Guin, enseignant d’extrême-gauche qui se voulait émule de Gramsci.

Il a fallu des années pour que JMA comprenne l’avantage médiatique de la culture, thème plus porteur que l’état de la circulation à Nantes, l’alourdissement des impôts locaux ou la situation financière du CHU. La politique d’installation de commissaires politico-culturels a alors fait place à une démarche plus axée sur les paillettes. Guin a finalement été mis sur la touche et remplacé au conseil municipal par un artiste célèbre, Jean-Louis Jossic, mais surtout les clés du coffre ont été confiées à Jean Blaise.

Jean Blaise proclame que la culture à Nantes est l’œuvre des vingt dernières années. Mais il est là depuis trente ans. Cela souligne bien que la « culture » des débuts n’est pas celle d’aujourd’hui.

Retrouvez l’épisode précédent de
La culture à Nantes :
(1) On n’a pas attendu Jean-Marc Ayrault

vendredi 14 décembre 2012

NDDL, après les matraques, le lobbying

On a rarement fait plus cynique en matière de communication politique : le syndicat mixte aéroportuaire, c’est-à-dire l’organisme officiel en faveur de la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, publie aujourd'hui au Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP) un avis de marché portant sur des « prestations d’actions de lobbying ».

Il comporte deux lots : « élaboration d'une stratégie de lobbying et mise en oeuvre dans les médias sociaux » et « élaboration et mise en oeuvre d'une stratégie presse ». En clair, notre establishment politique a tant de mal à défendre son projet qu’il veut confier sa propagande à des professionnels aux frais des contribuables.

Ce n’est pas vraiment une nouveauté. La nouveauté est qu’on l’affiche de manière aussi pataude, ce qui est d’ailleurs bien dans la ligne des récentes sorties de Jacques Auxiette ! Parmi les quelques milliers d’avis de marché de France et de Navarre en cours à ce jour, pas un seul autre, pas un, n’utilise le gros mot de « lobbying » !

mercredi 12 décembre 2012

Le Père Noël est une meurtrissure

« Attendons-nous à voir le géant à Lhassa avec une chuba tibétaine, le géant à Helsinki avec la houppelande du Père Noël, le géant à Fukushima en kimono… », prophétisait ce blog il y a dix-huit mois. Le Père Noël, désormais, c’est fait… mais par Coca-Cola. Yo-ho-ho !

Royal de Luxe se dit « meurtri » par la nouvelle vidéo du géant du soda. Allons, allons, un peu de nerf !

Il y a trois-quarts de siècle que Coca-Cola, dans le monde entier, utilise le Père Noël, ou plus exactement Santa Claus, dans sa publicité à la période des fêtes (selon une légende urbaine, le personnage aurait même été créé par l’entreprise). La saga comprend un bon nombre de géants. Il fallait bien qu’un jour ce soit une marionnette. Et inévitablement, une marionnette géante ressemble aux géants de Royal de Luxe. Comme on l’a noté ici, la technique limite strictement le jeu scénique des « acteurs ». L’essentiel du scénario est dans le costume !

« On retrouve l’écriture scénographique de Jean-Luc Courcoult », déclare à Presse Océan la productrice-déléguée de la troupe. « Comme le réveil, la façon dont il se lève, les yeux… Même le visage semble sculpté en bois. » Depuis toujours, le réveil fait partie intégrale du code narratif et publicitaire de Santa Claus, dont la visite prélude au matin de Noël. Il n’y a pas un grand nombre de variantes possibles à la façon de lever une marionnette et Santa Claus a toujours été représenté avec des yeux ! Il y a bien longtemps aussi qu’on met des yeux aux poupées et Royal de Luxe n’a pas innové avec ses géants. On dirait même que Coca-Cola a perfectionné la technique : les yeux de son Santa Claus sont particulièrement expressifs, avec le côté malicieux et bienveillant qui convient au personnage, dont le visage parcheminé obéit lui aussi à un code fixé depuis longtemps (en fait, c'est un autoportrait de son créateur). Chez Coca-Cola, en outre, le géant n'est pas manipulé par des serviteurs en livrée mais par la population enthousiaste. Une sorte de Père Noël 2.0.

« On croise même le regard d’un chien noir, lointain cousin de Xolo », notent Stéphane Pajot, Mickaël Haton et Cédric Blondeel dans Presse Océan. Un chien ! Cerise sur le gâteau de la contrefaçon ! Mais ce dogue débonnaire n’a pas grand chose de commun avec le chien chauve mexicain, et a-t-on jamais vu une vidéo américaine pour le grand public sans un chien quelque part ? (En fait, oui : des fois, il y a un chat.)

Que Royal de Luxe ait pu contribuer à inspirer les publicitaires de The Coca-Cola Company, c'est bien possible. Ce serait même plutôt flatteur. Les bonnes idées ne sont à personne et ne sont d’ailleurs pas brevetables. Après tout, Royal de Luxe a bien emprunté l’idée de sa fresque murale au peintre mexicain Diego Rivera. Le seul moyen pour ne pas être imité est d’innover sans cesse. Royal de Luxe l’a peut-être trop oublié depuis quelques années.

dimanche 9 décembre 2012

Un fantôme hôtelier à Nantes

L'Hôtel de la Duchesse Anne est mort en 2004 (voir le post d'hier), mais son fantôme hante encore la ville. En mai 2010, un voyageur au moins a passé une "soirée étape sans aucun reproche" dans ce "grand hôtel vivant" (sic). Il s'en félicite sur Tripadvisor (dont il est même un "auteur chevronné" !) et trois personnes ont trouvé cet avis utile :

samedi 8 décembre 2012

Hauts-fourneaux et petites cuisines

La presse nationale n’en finit pas de s’étonner de la manière dont Jean-Marc Ayrault a traité l’affaire de Florange. Le texte de l’accord publié par Le Canard enchaîné mercredi dernier montre que le gouvernement a fait retraite sur pratiquement toute la ligne.

Le résultat contraste avec l’attitude de fermeté affichée par le Premier ministre. Mais à la lumière de vingt ans d’expérience municipale nantaise, personne ne devrait en être surpris. Jean-Marc Ayrault est plus cassant qu’énergique. Il sait imposer ses vues quand c’est lui qui commande. Mais s’il faut négocier, les choses se gâtent.

Témoin l’affaire de l’Hôtel de la Duchesse Anne. C’était autrefois une institution nantaise en vue. Il a brûlé en juin 2004 à la suite d’un feu de cuisine. Sa façade, rare exemple d’architecture Art Déco, œuvre de l'architecte nantais Ferdinand Ménard, se dresse encore face au château des Ducs de Bretagne. Plus pour longtemps sans doute : les intempéries finiront bien par avoir raison des ruines.

Les protagonistes du dossier ne parviennent pas à s’entendre. On aurait pu attendre du maire de la ville qu’il les réunisse autour d’une table pour les mettre d’accord. Qu’il manie la carotte et le bâton, le charme et la persuasion. Qu’il fasse acte de leadership, quoi. La question n’était pas grand chose à côté de Florange et l’interlocuteur n’était pas Mittal.

Qu’a fait Jean-Marc Ayrault pour sauver ce qui pouvait l’être ? Plus de sept ans après l’incendie, en septembre 2011, il a écrit une lettre (sic) aux propriétaires « pour leur demander de bouger ». Quinze mois plus tard, les ruines sont toujours dans le même état...

jeudi 6 décembre 2012

Grrrand succès du Voyage à Nantes (8) : VANitas VANitatum

« Quand nous avons fait le bilan [de la politique culturelle nantaise], nous avons constaté que tout ce que nous avons investi depuis vingt ans pouvait aussi intéresser des visiteurs extérieurs, qu’ils soient français, européens ou autres étrangers », expliquait naguère Jean Blaise au webmagazine européen LabKultur. D’où la création du Voyage à Nantes, destiné à montrer le résultat de ces deux décennies d’investissement.

Si l’on fait le compte, en effet, ça doit faire un paquet. (Puisqu’il y avait tant à montrer, on se demande pourquoi Le Voyage à Nantes a finalement dû faire réaliser toutes sortes d’installations nouvelles. Mais passons…) Jean Blaise était apparemment persuadé que le monde urbain n'avait d'yeux que pour Nantes. « Je pense que toutes les autres grandes villes nous observent très attentivement », disait-il à LabKultur, ajoutant que la nomination de Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre avait aussi braqué les projecteurs sur la ville, cadre de sa seule expérience pratique du pouvoir.

Le résultat objectif se lit dans les statistiques de Google Trends. Pour un pic de recherches sur « Le Voyage à Nantes » à 100 au mois de juin, l’intérêt est tombé à 6 en novembre et à 0 pour le moment en décembre. Mais le plus consternant concerne l’origine géographique des recherches, que voici :
Le Voyage à Nantes était censé attirer des touristes du monde entier pour la gloire de la ville et la prospérité de ses commerces. Hélas, hormis Paris, un tout petit peu, les marques d'intérêt des autres grandes villes n'atteignent même pas l'épaisseur du trait.

dimanche 2 décembre 2012

Alors, on n’abolit plus ?

C’est aujourd’hui la Journée mondiale pour l’abolition de l’esclavage, patronnée par les Nations Unies. Le monde devrait avoir les yeux tournés vers le Mémorial de l’abolition de l’esclavage. Mais non, rien du tout. Épuisé sans doute par sa manifestation estivale, Le Voyage à Nantes, pourtant responsable du Mémorial et du tourisme à Nantes, n'a pas été capable de saisir l’occasion. Même le site web du Mémorial n’en dit rien. (En revanche, il annonce encore les Rencontres internationales du Mémorial, les 22, 23 et 24 mars… 2012.)

Aboli bibelot d'inanité budgétivore
La création du Mémorial, on l’a suffisamment dit ici, était une mauvaise idée. Sa réalisation a été problématique. Ses délais ont largement dérapé. Son budget a explosé. Le choix des textes affichés a été fait en dépit du bon sens. Le résultat est très médiocre. Et même son respect des libertés publiques laisse à désirer. Il aurait mieux valu ne pas le faire, mais enfin, puisqu’on l’a fait, autant essayer de l'utiliser.

Caen a fait de son Mémorial une référence incontournable sur la Seconde guerre mondiale et même plus généralement sur la guerre et la paix. Ses expositions tournent dans le monde entier. Il attire autour de 400.000 visiteurs payants par an, malgré un tarif d’entrée élevé (tarif normal : 18,30 euros, mais 5 euros seulement pour les Caennais). Il est le centre d’abondantes activités touristiques, scientifiques et culturelles. Le Mémorial de Caen est un moteur, celui de Nantes est un boulet.

Et qu’on ne dise pas que l’esclavage n’est pas un thème aussi porteur que la guerre : notre Mémorial le dit lui-même, en ce moment précis, 27 millions de personnes sont esclaves de par le monde. Il faut croire que l’équipe de Jean Blaise a la tête ailleurs.