vendredi 28 septembre 2012

Saint Glinglin, priez pour nous !

On écrivait ici-même, il y a quelques jours, que la réouverture du musée des Beaux-arts de Nantes était « irrévocablement fixée à la Saint-Glinglin ». Jean-Marc Ayrault a dit hier soir sur France 2 que, bien qu'il n'ait pas encore fait grand-chose en tant que Premier ministre, le rendez-vous avec ses décisions, « ça ne sera pas à la Saint-Glinglin ».

Interrogé par David Pujadas, il a montré que, à défaut de décisions, ses quatre mois et demi à Matignon lui ont du moins permis de mesurer l’état de la France à la veille de l’élection présidentielle du printemps dernier. Certains s’étonnent de le voir ainsi conduire le gouvernement au bord de l’abîme les yeux fixés sur le rétroviseur. Ils ne devraient pas. Il en a toujours été ainsi à Nantes. Dans son dernier discours local, mi-juillet, l’ancien maire disait qu’en construisant le Carrousel des mondes marins « Nantes a refusé la fatalité et a relevé le défi du redressement » par rapport à sa situation de… 1987 !

Pour le redressement de la France, rendez-vous donc en 2037. Saint Glinglin, priez pour nous.

mercredi 26 septembre 2012

Bombardement mal ciblé

Curieux lapsus de Presse Océan lundi dernier – double lapsus, même. « Le jeudi 23 septembre 1943, premier bombardement à Nantes », lisait-on sous la plume de Jean-Louis Lucas à propos de ce jour « où les Allemands bombardèrent pour la première fois la ville ». On sait qu’en réalité le premier bombardement massif sur Nantes a eu lieu le 16 septembre et qu’il était dû aux Alliés, non aux Allemands. Presse Océan a publié un rectificatif le lendemain.

Dans les années 1950, je n’aurais jamais manqué un hommage aux Cinquante otages. La place du Pont-Morand était noire de monde, il y avait des drapeaux, des fleurs, des sonneries aux morts, des minutes de silence, des claquements de talons, c’était poignant. Une énigme taraudait pourtant mon jeune cerveau.

Un mois plus tôt, chaque année, mon père avait évoqué le bombardement de Nantes les 16 et 23 septembre. Par des avions américains, avait-il dit. Pourtant, un acte aussi barbare ne pouvait être que le fait de nazis. Mon père se trompait sûrement. Mais alors, si l’on célébrait avec tant de solennité l’exécution de cinquante otages le 22 octobre, pourquoi n’avait-on pas commémoré avec plus de lustre encore, un mois auparavant, un drame qui avait fait trente ou quarante fois plus de morts, sans parler des blessés et des destructions ?

Jean-Louis Lucas n’est pas seul à pérenniser cette erreur. L’an dernier déjà, dans un « spécial Nantes » des Inrockuptibles, J.D. Beauvallet écrivait que La Fabrique, « comme un beau cauchemar métallique », était construite « sur les restes d’un blockaus, qui servit à protéger les employés des chantiers navals voisins des bombardements nazis ». La dissonance cognitive n’a pas fini de produire ses effets. Mais peut-être le film de François Gauducheau aura-t-il redressé le tir ?

jeudi 20 septembre 2012

Du cafouillage considéré comme un des beaux-arts

Ainsi, après les grotesques péripéties du Mémorial et de Dobrée, le Musée des Beaux-Arts est en panne à son tour ! Ce projet inopportun était hoquetant dès le départ : pour abriter les réserves du musée pendant les travaux, la municipalité nantaise avait commencé par acheter en 2009 un bâtiment qui s’était avéré inutilisable.

Voici moins d’un an, Jean-Marc Ayrault célébrait dans son blog « la promesse d’un grand musée d’art à Nantes ouvert à tous les publics en 2013 ». Une « promesse » politicienne qui était déjà intenable à l’époque : du fait de l’échec des appels d’offres lancés au printemps 2011, les travaux ne pouvaient être achevés avant le printemps 2014, au mieux.
Photo prise le 15 mars 2012 : depuis
six mois, le chantier du nouveau
bâtiment n'a pas bougé d'un pouce.

À présent, l’ouverture « à tous les publics » est irrévocablement fixée à la Saint-Glinglin. La faute, paraît-il, à une nappe phréatique connue depuis longtemps et qui n’avait empêché ni la construction du couvent de la Visitation au 17ème siècle, ni celle du lycée Clemenceau en 1891, ni d’ailleurs celle du musée des Beaux-arts actuel en 1900. Les architectes d’aujourd’hui sont sûrement beaucoup moins malins. Ce n’est pas faute d’y avoir mis les moyens puisque le marché de maîtrise d’œuvre attribué au groupement constitué par l’agence londonienne Stanton Williams s’élève à 7 millions d’euros hors taxes !

mardi 18 septembre 2012

On finance les Machines comme contribuable et comme parent d’élèves

« Nous allons atteindre les 500 000 billets vendus » en 2012, assurait l’autre jour Pierre Orefice à Philippe Gambert, d’Ouest France. Donner quatre mois à l’avance un chiffre de fréquentation pour l’année, serait-ce une de ces bizarreries mathématiques dont le patron des Machines de l’île est coutumier ? Pas forcément, car il révèle aussi que « en semaine, 85 % des publics sont constitués de groupes. Notamment scolaires qui viennent pour des raisons pédagogiques dans le cadre de leur école. » On imagine que les réservations de groupes assurent une certaine visibilité.

Cette importance des groupes scolaires dans leur fréquentation illustre une fois de plus l’échec des Machines au regard de leur vocation initiale : être la locomotive touristique de l’agglomération nantaise. Les contribuables locaux ont financé la construction des Machines et mis à leur disposition un site privilégié ? À eux de payer aussi une partie de leur fonctionnement comme parents d’élèves ! C’est la double peine – et même la triple peine, puisqu'ils combleront aussi le déficit d’exploitation des Machines par des subventions de Nantes Métropole.

samedi 8 septembre 2012

L’été des Machines de l’île : un bon bilan à confirmer

Les Machines de l’île viennent de détailler dans un communiqué leurs chiffres de fréquentation de juillet-août. Elle a doublé par rapport à l’an dernier. L’ouverture du Carrousel des mondes marins est donc un succès : à ce train-la, la fréquentation des Machines atteindrait 600.000 visiteurs par an, pour un objectif affiché de 500.000.

Quelques bémols s’imposent cependant. D’abord, plus de 57 % des visiteurs supplémentaires sont des habitants de Loire-Atlantique, qui représentent plus de la moitié des entrées du Carrousel. Ce n’est pas surprenant compte tenu de la promotion assurée à ce dernier par Nantes Métropole et l’ensemble de la presse locale. Corrélativement, on peut se demander si la longueur des files d’attente pour accéder au Carrousel n’a pas dissuadé les touristes, peu désireux de perdre leur précieux temps de vacances à faire la queue (tout n’est pas perdu : beaucoup se seront rabattus sur la Galerie).

Les Machines veulent se rassurer en conjecturant que les étrangers « ignoraient l’existence du Carrousel, ou le découvraient en fin de visite de la Galerie ». Le Carrousel disposerait ainsi d’une « réserve de visiteurs pour l’avenir ». Cependant, il est douteux que les étrangers reviennent en novembre pour visiter le Carrousel s’ils n’ont pu y accéder en août. Et tout aussi douteux que les Nantais reviennent en novembre pour visiter le Carrousel s’ils ont pu y accéder en août. Le monde est mal fait…


En orange, la fréquentation des Machines en 2011. En violet, la fréquentation 2012. Graphique établi par Les Machines de l'île.
 Enfin, on constate que la fréquentation des Machines dans la première quinzaine de juillet, a été un peu inférieure à celle de l’an dernier. Même s’il est possible que certains se soient « retenus » pour attendre l’ouverture du Carrousel le 15 juillet, on doit bien en conclure que l’effet du Voyage à Nantes sur la fréquentation des Machines a été quasi nul.

mercredi 5 septembre 2012

Les fonds marins manquent de clarté

Les touristes qui visitent Nantes cette semaine n’auront droit ni au Carrousel des mondes marins ni à l’Éléphant. La fermeture du Carrousel était prévue de longue date. Pas celle de l’Éléphant, qui démontre une nouvelle fois son peu de fiabilité. Il devrait cependant reprendre sa lente marche vendredi après-midi.

Mais pour la réouverture, c’est plutôt le Carrousel qui inquiète. À partir de samedi, il alternera selon les jours accès en « mode forain avec possibilité d’un embarquement sans médiation » et accès en « mode découverte avec médiation, sans embarquement ». La complexité de la proposition n’augure rien de bon. Déjà, ces derniers jours, les queues aux portes du Carrousel n’étaient plus dues à l’affluence des visiteurs mais au temps passé à palabrer aux caisses pour comprendre à quoi une entrée donne droit.

Le mode d’emploi affiché sur les grilles de l’attraction complique plus qu’il n’explique. Les variantes étranges se multiplient. Par exemple, en mode forain, l’exploration avec embarquement est gratuite pour les moins de 1 an, tandis que l’exploration sans embarquement est gratuite pour les moins de 4 ans. On croirait lire le Code général des impôts.

En prime, la traduction anglaise comporte une coquille bien visible dans l’un de ses titres, où « fairground » (forain) est devenu « fairgound ». N’y a-t-il donc eu personne pour relire ce texte avant de donner le bon à tirer ?

samedi 1 septembre 2012

Y a pas le feu au slip

Mardi dernier, on distribuait au public les fanions et drapeaux du Voyage à Nantes. Ils ont fait un tabac. Ça n’est pas étonnant. D'abord, c'était gratuit. Et puis, dans le vaste fatras de la promo estivale, ces pavillons étaient un élément sympa et primesautier. On avait l’impression que leurs auteurs ne s’étaient pas pris complètement au sérieux.

Le plus demandé, ce n’est pas une surprise, a été le fameux « slip en feu ». Il avait fait jaser. Bof, bof… S’il n’évoquait pas une haute élévation morale, il ne relevait pas non plus de la basse pornographie mais plutôt de la blague de comptoir.

Pour concevoir leurs « tissus urbains », MM. Olivier Texier et Quentin Faucompré, alias Fanion-nion et Drapopo, ou vice-versa, assurent avoir « collecté la parole des Nantais » puis représenté leurs « mythologies personnelles et collectives ». Quoi ? Dans nos subconscients, ils n’auraient donc trouvé rien de plus sulfureux qu’un sous-vêtement embrasé ? On n’ose imaginer le résultat si, au lieu de Fanion-nion et Drapopo, Le Voyage à Nantes avait fait appel à Sigmund Freu-freud.