mercredi 28 mars 2012

Comment purger l'éléphant

En cette année de Voyage à Nantes, le Grand éléphant de l'île de Nantes va devoir faire des étincelles. Afin de se préparer aux grandes affluences, il sera en révision du 5 au 10 juin.

À condition de tenir jusque-là, car les premières chaleurs ne lui réussissent pas très bien. En panne, il n'a pu regagner son bercail tout à l'heure.

Au fait, par où extrait-on les passagers si la machine ne peut se traîner jusqu'au débarcadère ? Eh ! bien... comment dire... ça n'est pas très glorieux, mais ça vaut mieux que d'y passer la nuit.

mardi 27 mars 2012

Le Voyage à Nantes va polluer ailleurs

Pour illustrer son dynamisme et sa modernité, le Voyage à Nantes a exhumé un Combi Volkswagen, légendaire destrier des virées post-soixante-huitardes vers Katmandou. Cela ne déplaît sûrement pas à Jean-Marc Ayrault qui a longtemps pratiqué l’engin pour de plus sages destinations.

Mais n’a-t-il pas signalé à son grand-maître du tourisme que ce véhicule consomme quelque 12 litres aux 100 km ? Et en usage mixte, encore : en ville et sur autoroute, il peut allègrement biberonner des 14 ou 15 litres. Or comme l’engin est voué à aller porter les couleurs du VAN à Marseille, Bordeaux, Toulouse, Paris, Lyon, Strasbourg, Lille, Angers et Rennes, on suppose qu’il verra plus d’autoroutes que de nationales, et pas mal de centres villes aussi.

Bref, un excellent ambassadeur de la future Capitale verte de l’Europe 2013.

lundi 26 mars 2012

Nantes moins attirante ?

L’Agence pour l’emploi des cadres (APEC) a présenté voici quelques jours les résultats d’une enquête effectuée auprès de 1.250 diplômés et jeunes cadres. Nantes arrive en cinquième position, derrière Lyon, Bordeaux, Toulouse et Paris. Parmi les jeunes diplômés, 73 % se sentent attirés par Lyon, 31 % seulement par Nantes ; l’écart est moins grand chez les jeunes cadres (66 % et 37 %).

Le verre est à moitié plein : cinquième ville la plus attirante de France est un joli score. Mais il s’est à moitié vidé en peu de temps : voici quelques années, Nantes caracolait dans tous les classements en tête des villes les plus attirantes.

vendredi 23 mars 2012

Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage a oublié Jules Verne

Avant même l’ouverture du Mémorial de l’abolition de l’esclavage, l’essentiel de son contenu, les citations reproduites sur des lames de verre, est disponible en ligne. À côté de textes juridiques et philosophiques, on y trouve des extraits d’œuvres de Bob Marley, Toni Morrison ou Léopold Sedar Senghor.

Mais rien de Jules Verne, qui a plusieurs fois condamné l’esclavage dans ses œuvres. Nous sommes pourtant à Nantes, à mi-chemin entre sa maison natale de l’île Feydeau et son musée de la butte Sainte-Anne. On se serait donc attendu à lire dans le Mémorial des extraits de son ouvrage le plus anti-esclavagiste, Un capitaine de quinze ans. Ceux-ci, par exemple :
  •  « La traite ! Personne n’ignore la signification de ce mot, qui n’aurait jamais dû trouver place dans le langage humain. Ce trafic abominable, longtemps pratiqué au profit des nations européennes qui possédaient des colonies d’outre-mer, a été interdit depuis bien des années déjà. Cependant, il s’opère toujours sur une vaste échelle, et principalement dans l’Afrique centrale. En plein XIXe siècle, la signature de quelques États qui se disent chrétiens, manque encore à l’acte d’abolition de l’esclavage. »
  • « L’islamisme est favorable à la traite. Il a fallu que l’esclave noir vînt remplacer, dans les provinces musulmanes, l’esclave blanc d’autrefois. Aussi, des traitants de toute origine font-ils en grand cet exécrable trafic. Ils apportent ainsi un supplément de population à ces races qui s’éteignent et disparaîtront un jour, puisqu’elles ne se régénèrent pas par le travail. »
Cet oubli n'est-il pas invraisemblable ? Car bien sûr, il ne peut s'agir que d'un oubli et non d'une éviction délibérée !
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Photo : extrait de la couverture de l'édition Lidis (1961) illustrée par Jacques Poirier.

mercredi 21 mars 2012

Le Chevalier Paul, précurseur de l’abolition de l’esclavage

Pour une fois, disons du bien d’une initiative municipale. La ville de Nantes est désormais la marraine de la frégate Chevalier Paul. L’armée de terre s'en va peut-être, mais nous garderons un pied dans la marine.

Le Jacques Cassard ou le Jules Verne, précédents bâtiments marrainés par Nantes, portaient des noms plus en rapport avec la ville. Pourtant, le Chevalier Paul n’est pas un mauvais choix à l’heure où le Mémorial de l’abolition de l’esclavage va ouvrir ses portes. Le Chevalier Paul (1597-1667) s’est illustré en libérant les esclaves français des pachas turcs d'Alger, Tunis ou Tripoli, alors colonies de l'empire ottoman.

Évidemment, ce rappel risque de ne pas enthousiasmer la Turquie, dont le consulat honoraire, voici peu encore, bénéficiait d'une vue directe sur le site du Mémorial. Qu’elle ne se plaigne pas : en cet endroit où la république de Robespierre a noyé par milliers ses captifs vendéens, elle aurait pu voir s’élever un Mémorial à l’abolition des génocides.

mardi 20 mars 2012

Nantes Métropole fait le ménage vite mais pas bien

Nantes Métropole a de bonnes lectures. On évoquait ici-même, vendredi en fin d’après-midi, une page de son site web annonçant que le Mémorial de l’abolition de l’esclavage serait financé par le mécénat à hauteur d’un demi-million d’euros.

Dès lundi matin, cette page a été supprimée*. On espère que le financement ne l’a pas été du même coup.

Cela dit, le travail n’a pas été fait à fond. La ventilation du financement entre FEDER, ville de Nantes, conseil général, conseil régional et mécènes, ces derniers inscrits pour 500.000 euros, reste visible à cette heure sur une autre page web de Nantes Métropole !


De son côté, l’avis de marché publié en mars 2009 annonçait les « financements envisagés » suivants : Nantes Métropole 31%, Ville de Nantes 14%, Région 14%, Département 14%, FEDER 18% + Mécénat non connu. L’addition des pourcentages indiqués donne 91 %. On en déduit donc que ce mécénat « non connu » était censé fournir 9 % d’une facture totale alors évaluée à 6,9 millions d’euros, soit 621.000 euros. Où sont les sous ?
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* Rectificatif au 23 mars : la page web est réapparue depuis lors. Peut-être s'agissait-il seulement d'une indisponibilité provisoire. Un cofinancement par le mécénat à hauteur de 500.000 euros y est toujours indiqué. Et aussi une livraison du mémorial « à l'été 2011 » !

lundi 19 mars 2012

Dobrée part du mauvais pied (3) : Ces budgets-là nous dépassent, feignons de les organiser

En tout état de cause, Dobrée est mal parti. Gelé en raison d'un recours des riverains contre le permis de construire, le projet est déjà en plein dérapage budgétaire. Alors qu’il était évalué à 35 millions d’euros en décembre 2008, les services de Philippe Grosvalet l’ont déjà officiellement relevé à 47 millions d’euros en « valeur actualisée fin 2014 » (sic), soit 34 % d’augmentation avant le premier coup de pioche !

Le récent dossier de presse du département en donne des explications passablement alambiquées. La facture initiale aurait été « volontairement affichée à un montant plus bas que les premières estimations dans le but d’éviter lors du concours d’architecture une dérive importante des coûts, fréquente sur des opérations de cette ampleur » (re-sic). Faut-il comprendre qu'on a organisé un gros dépassement pour éviter un dépassement plus gros encore ?

Investi dans ses fonctions le 15 mars, Patrick Porte n’est pour rien dans ce raisonnement de marchand de tapis. Mais à la place du nouveau conservateur, on se méfierait : vu son pedigree, si les choses tournaient mal dans l'avenir, il ferait un excellent fusible.

dimanche 18 mars 2012

Dobrée part du mauvais pied (2) : La glorieuse incertitude du sport

On n’a aucune envie d’être désagréable à l’égard de qui que ce soit, mais on souhaite le mieux pour le musée Dobrée. Or il faut bien dire que l’expérience de son nouveau conservateur à la tête du Musée national du sport, de 2001 à 2008, n’est pas convaincante.

Elle a été relatée par la Cour des comptes en des termes particulièrement sévères. « De nombreuses difficultés et des surcoûts notables ont affecté le chantier d’aménagement », a signalé la Cour. « […] Le chantier a ainsi connu des retards en cascade, les délais supplémentaires subis par le marché principal se répercutant sur les délais et les coûts de réalisation des autres marchés. L’enveloppe financière initiale estimée à 3,5 M€ a été largement dépassée, le chantier ayant coûté finalement près de 4,4 M€, soit un coût de près de 3 800 €/m². Autrement dit, la présentation de chaque objet exposé a coûté plus de 12 000 euros. »

On n’insistera pas davantage sur les anomalies dans la gestion ou la faiblesse de la fréquentation pointées par la Cour des comptes : son rapport est disponible sur internet. À la mi-2008, Patrick Porte a été remplacé à la tête du musée et a réintégré le ministère de la Culture pour s'y consacrer à des missions d’étude. Cela lui aura sûrement permis de réfléchir à la manière de faire mieux et moins cher avec Dobrée.

samedi 17 mars 2012

Dobrée part du mauvais pied (1) : Le conservateur miracle ?

L’ex-capitale de la conserve a des problèmes de conservateurs. Après le musée des Beaux-Arts et le non-renouvellement de Corinne Diserens, après le château des Ducs prématurément privé de Marie-Hélène Joly, le musée Dobrée a eu quelque peine à remplacer Jacques Santrot, limogé en 2010.

Il avait cru trouver la perle rare en Louis Mézin, directeur des musées de Nice et ancien patron du musée de la Compagnie des Indes à Lorient. L’heureux élu avait pris la tangente au dernier moment l’an dernier, sans vouloir expliquer ses raisons. Il a fallu plus d’un an pour lui trouver un remplaçant en la personne de Patrick Porte, qui a pris ses fonctions jeudi dernier.

Le département de Loire-Atlantique, propriétaire du musée, a établi un dossier de presse pour fêter la bonne nouvelle. « Dans le parcours professionnel de Patrick Porte se distingue la direction générale du musée national du Sport à Paris (établissement public national) entre 2001 et 2008 », y lit-on.

Le Musée national du sport a été en chantier pendant une bonne partie de cette période. Cela tombe bien : Dobrée va être en travaux au moins jusqu’en 2015. Mais l’expérience du musée national du Sport est elle si positive ? On y reviendra demain. En attendant, bonne fête quand même, Patrick !

vendredi 16 mars 2012

Cher Mémorial : (2) combien va-t-on récupérer ?

Le budget du Mémorial a réservé de mauvaises surprises, on l'a vu hier. Les bonnes seront dans les recettes que Nantes Métropole ne devrait pas tarder à annoncer.

Les entreprises chargées de réaliser les fameuses lames de verre défectueuses doivent cracher au bassinet. « Des pénalités de retard vont être appliquées » assurait Hervé Guégan, chef de projet du Mémorial, cité par Yasmine Tigoé dans Ouest-France le 10 novembre dernier. Nantes Métropole aura sûrement à cœur d’en publier le montant.

On attend aussi le résultat de la mission de « conseil en mécénat » confiée par Nantes Métropole en 2008 à Anne Plunian Le Scornec moyennant la modeste somme de 20.066,89 euros. Ancienne dircom régionale de France Télécom, la prestataire est répandue dans les milieux les plus sélects du mécénat (Fondation de France, Admical). Il faudrait que le projet soit vraiment mauvais pour qu’elle n’ait pas récolté de jolies sommes au profit du Mémorial.

Celui-ci devait être financé par le mécénat à hauteur de 500.000 euros. L'information figure encore sur une page web de Nantes Métropole*. Où en est-on réellement ? Nantes Métropole n’en a rien dit à ce jour. C’est sûrement pour mieux faire la surprise aux Nantais le 25 mars, date de l'inauguration (tout finit par arriver).
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Il est vrai que la même page annonce l'achèvement du Mémorial à l'été 2011...

jeudi 15 mars 2012

Cher Mémorial : (1) un prix multiplié par 522

Le budget du Mémorial de l’abolition de l’esclavage s’élève officiellement à 7.958.800 euros TTC. La dépense prévue au départ par le conseil municipal de Nantes en 1998 était de 100.000 francs. Elle n’aura jamais été multipliée que par 522. En octobre dernier encore, le budget était de 6,9 millions d’euros*. Nantes Métropole a dû lui ajouter d'un coup plus de 15 % supplémentaires.


D’après Ouest-France, le supplément serait dû au prix du terrain réclamé par l’État et à l’actualisation des prix par rapport à ceux d’il y a trois ans. Mais a-t-il vraiment fallu attendre le quasi-achèvement du bâtiment pour découvrir que le terrain avait un prix ? Quant aux marchés de travaux, ils avaient été signés moins de deux ans plus tôt, le 14 décembre 2009, à des prix fermes en principe.

Le fonds européen de développement régional (FEDER) a craché 1.321.695 euros au bassinet au titre de la rubrique « Tourisme, culture », soit un quart de la dépense totale prévue fixée à… 5.436.403 euros, et non 7.958.800. Ainsi entre la présentation du dossier au FEDER et la fin des travaux, les dépenses auront dérapé de 45 %.


Cependant, des recettes sont encore à venir. On en parlera demain.
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* « L'enveloppe financière prévisionnelle de l'opération est de 6,9 millions d'euros », dit encore à cette date la présentation du projet sur le site web de Nantes Métropole pourtant mise à jour le 12 mars 2012.

mercredi 14 mars 2012

Carrousel des mondes marins : où sont les millions du FEDER ?

Qui paie le Carrousel des mondes marins ? Nantes Métropole ayant perdu tout espoir que l'exploitation des Machines soit un jour rentable, il fallait que sa construction soit supportée par les contribuables. On sait que le budget a peu à peu dérapé pour s’arrêter sur un chiffre rond : 10 millions d’euros hors taxes.

Cette somme ne sera pas à la charge des seuls habitants de l’agglomération nantaise. « Les recettes externes de financement (FEDER, FNADT, Région, département) sont estimées à 6 000 000€, soit près de* 60% du montant total du coût de construction prévisionnel du Carrousel des Mondes Marins », assure l’exposé des motifs de la délibération prise par le conseil de Nantes Métropole le 25 juin 2010.

Faire appel au FEDER paraissait tout naturel : le fonds européen de développement régional a financé un quart de la réalisation des Machines dans le cadre de son programme 2001-2007. L’article VI.1 de l’appel d’offres publié en août 2009 pour la construction du manège spécifie que celle-ci est financée par le FEDER.

La liste des programmes financés par le FEDER au cours de son programme 2007-2013 est disponible via un site web public, qui comporte un lien vers une liste des programmes. On peut y constater que le FEDER finance un quart de la rénovation du musée Dobrée, de la Fabrique ou du Mémorial à** l’abolition de l’esclavage.

Mais pour le Carrousel, rien. Le dossier n’a-t-il pas été présenté au FEDER ? Ou bien n’entrait-il pas dans les critères d’éligibilité ? Et dans quelles poches, sinon celles des Nantais, les 2,5 millions d’euros manquants seront-ils pris ? On espère qu’un expert ès subventions européennes voudra bien tirer l’affaire au clair.

  • Mise à jour au 8 mai 2012 : un financement de 2 millions d'euros (et non 2,5) est désormais inscrit sur le tableau des programmes financés par le FEDER sous le libellé suivant : "Construction du Carrousel des Mondes Marins et renouvellement des éléments de la galerie" au titre de l'année 2012. Reste à espérer que cet équipement touristique n'est pas concerné par l'interruption des versements du FEDER aux programmes français depuis le 1er mars, décidée par la Commission européenne en raison d'un taux d'erreur excessif et révélée par Le Canard enchaîné du 25 avril.
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* Pourquoi « près de » ? Comme le coût du manège est fixé à 10 millions d’euros et les recettes externes à 6 millions d’euros, « exactement » aurait été plus juste.
** Oui, pour le FEDER, c’est « Mémorial à » et non « Mémorial de ».

lundi 12 mars 2012

Nantes, la belle endormie ? (7) Jossic repique

La légende urbaine de la belle endormie, fabriquée de toutes pièces dans les années 1990, poursuit son petit bonhomme de chemin. On a vu dans les chroniques précédentes qu'elle a des effets pervers. Certains y voient une réalité présente. Pour eux Nantes est une ville somnolente.

Les communicants de la mairie de Nantes ont apparemment jugé nécessaire une petite piqûre de rappel : il faut comprendre que Nantes a eu été endormie, non qu'elle l'est encore. « La culture a réveillé ‘Nantes, la Belle endormie’ », assuraient-ils dans un dossier de presse consacré au conseil municipal du 27 janvier dernier.

Un secours est venu d’où on ne l'attendait pas. Interrogé par Le Point le 15 décembre dernier, Franck Louvrier déclarait : « Jean-Marc Ayrault a réveillé la belle endormie mais il n'a pas ouvert les fenêtres ». Derrière la critique, lui qui n'est pourtant pas un bleu en communication politique, il sacrifiait ainsi à la légende.

En contrepartie, un vrai coup de poignard est venu lui aussi d’où on ne l’attendait pas. « Le VAN est un pari ! » proclame Jean-Louis Jossic dans le récent cahier de L’Express sur la politique touristique de Nantes réalisé par des étudiants de Sciences Com' . « Nous prenons le risque de sortir Nantes de son image de belle endormie. » Vingt ans d’efforts propagandistes réduits à néant ! Mais quelle mouche tsé-tsé l’a donc piqué ?

Pour retrouver les épisodes précédents :

Nantes, la belle endormie ?

dimanche 11 mars 2012

Open médias

Ces journalistes sont insatiables ! On leur donne le bi du bout du doigt et ils réclament le bras entier !

On évoquait ici-même voici quelques jours la minceur des fichiers mis à disposition du public sur Nantes ouverture des données (NOD), pourtant lancé à grands sons de trompe par Nantes Métropole. Le Club de la presse Nantes Atlantique a sondé ses adhérents pour savoir quelles données de Nantes Métropole ils souhaitaient pouvoir consulter en ligne dans le cadre de la politique municipale d’open data.

Ô surprise, les journalistes nantais n’ont pas l’air absolument passionnés par la liste des prénoms donnés aux enfants nés en 2001, l’occupation du sol 2008 de niveau 3 et autres fichiers proposés aujourd’hui par NOD. Ils réclament des informations aussi futiles que les budgets des collectivités, l’évolution des tarifs de la SEMITAN, le détail des dépenses de communication ou, horreur suprême, les rémunérations individuelles et avantages en nature des élus !

Tous ces fichiers existent. Seront-ils seront mis en ligne ou pas ? À cela, on pourra voir si ce que Jean-Marc Ayrault appelait « l’open data à la nantaise » joue en Ligue 1 ou en CFA.

samedi 10 mars 2012

Le tourisme à Nantes, un bien mince sujet

On ne peut pas dire que le débat organisé hier au CCO ait répondu à la question qui lui servait de thème, posée à l’occasion de la parution d’un supplément spécial de L’Express : « Nantes peut-elle devenir une grande capitale touristique ? » Paul Billaudeau, directeur de Nantes Events Center, s’est prudemment limité à quelques phrases convenues sur le tourisme d’affaires. Marie-Laure Le Pommelec, opposante municipale, est trop bien élevée pour ferrailler en public à propos de choses qui fâchent. Quant à Isabelle Loirat, elle n’est carrément pas venue*.

Restait donc Jean Blaise. Pas trop chicané par Éric Warin et Morgan Broudic, animateurs du débat, qui ont posé de bonnes questions mais se sont aimablement contentés de ses réponses, il n’a pas livré grand chose de neuf sur Le Voyage à Nantes. Tout juste aura-t-on appris qu’il vise à attirer un public de CSP+ et négocie néanmoins avec Air France des allers-retours moyens courriers pour 100 euros : on peut être riche et économe. Une autre révélation cocasse concerne non pas Nantes mais Marseille. Si celle-ci a été désignée capitale européenne de la culture 2013, c’est parce qu’elle avait besoin de booster une offre culturelle qui ne contenait pas grand chose !

À la question rituelle : « Pourquoi faire Le Voyage à Nantes en 2012 alors que tant de chantiers ne sont pas achevés ? », Jean Blaise a répondu : « On ne va pas attendre 2014 pour avoir une politique du tourisme, il faut le faire vite ». Cruelle condamnation implicite d’une municipalité qui a quand même attendu plus de vingt ans.
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* On le regrette d'autant plus quesur son blog, Isabelle Loirat fait une intéressante analyse des défauts de la politique municipale, en particulier de ses tentatives de débretonnisation forcée, à la lumière de sa propre expérience de guide touristique.

jeudi 8 mars 2012

Un monument dispersé : Le Voyage à Nantes, façon puzzle

« Nantes peut-elle devenir une grande capitale touristique ? » demande L’Express dans son dernier numéro. L’hebdomadaire arrive comme les carabiniers. Si d’aventure la réponse à sa question était « non », il serait trop tard pour faire l’économie du Voyage à Nantes.

« Le Voyage à Nantes, c’est toute la multiplicité et la singularité d’un monument dispersé », assurent les organisateurs de la manifestation. L’expression « monument dispersé » a plu en haut lieu : on la retrouve sur les sites web de Nantes Tourisme, de Nantes développement, du site officiel du tourisme français France Guide, du Château des ducs, de Nantes Métropole, de la revue Place publique, de la région des Pays de la Loire, du comité régional du tourisme des Pays de la Loire, etc. Elle est pourtant révélatrice : Nantes manque d’une offre touristique cohérente. On a des choses à montrer ici et là, mais ça ne fait pas un ensemble. Le Voyage à Nantes voudrait faire de nécessité vertu.

Son invention lexicale peut-elle séduire sur le terrain autant que sur le papier ? Vu le budget engagé, il vaudrait mieux. Et l’énergie (du désespoir ?) que met Le Voyage à Nantes à monter en épingle son concept branlant a quelque chose de presque touchant. Comme auraient dit les Tontons Flingueurs, à peu de choses près, « ... J'vais lui montrer qui c'est Blaise. Aux quat' coins d'Nantes qu'on va l'retrouver éparpillé par petits bouts, façon puzzle. »

On pourra peut-être s'en faire une meilleure idée demain, vendredi 9 mars. À l’occasion d’un débat organisé par les étudiants de Sciences Com’ au Centre de communication de l’Ouest (CCO), la question de L’Express sera posée à Paul Billaudeau, directeur de la Cité des congrès, Jean Blaise, directeur du Voyage à Nantes, Marie-Laure Le Pomellec, conseillère municipale UMP, et Isabelle Loirat, présidente départementale du Modem.

mercredi 7 mars 2012

Wikipédia-sur-Loire ?

Le Grand T annonce son intention d’organiser pour Le Voyage à Nantes un Grand bazar des savoirs : début juillet, pendant cinq jours, les experts ès quelque chose pourront exposer leur science à qui voudra l’entendre. Quelques pistes de savoirs éligibles sont esquissées : pêche à la mouche, nanotechnologies, pèlerinage à la Mecque, histoire des Incas…

L’initiative est sympathique mais relève de la fausse bonne idée. Elle se situe quelque part entre clin d’œil et poudre aux yeux. Et c’est normal, puisque le domaine du Grand T n’est pas la science mais le théâtre. La scène du spectacle sera en l’occurrence l’école d’architecture « transformée le temps de la manifestation en un immense bazar de la connaissance ».

« Immense » est de trop : le nombre d’experts sera limité à cent. Wikipédia, que le magazine Books a justement surnommé « le grand bazar de la connaissance », compte dans sa version française 1.223.302 articles à la date du 7 mars 2012. Le Grand bazar nantais représentera donc quelque chose comme 0,008 % de l’encyclopédie en ligne.

Et encore n’y aura-t-il, on peut l'imaginer, qu’un expert par savoir. Les articles de Wikipedia, eux, comptent souvent des dizaines de contributeurs et donnent lieu à d’interminables débats. Qui donc à Nantes, au nom de quelle autorité intellectuelle, choisira le détenteur du savoir canonique, rémunéré 300 euros pour sa prestation ? Si Reynald Secher propose de venir parler du génocide vendéen, ou Olivier Pétré-Grenouilleau de l’histoire de l’esclavage, leurs vastes savoirs seront-ils accueillis à bras ouverts par les organisateurs ? On espère que le vide-grenier de la connaissance ne tournera pas à l’encyclopédie soviétique.

lundi 5 mars 2012

Pavillons de complaisance

La Solidaire du chocolat est assurément une belle course, bien organisée et bourrée de bons sentiments. Comme le dit son site web, elle a « une vocation : fabriquer du sens et confectionner de la solidarité en barre ».

Partie de Nantes hier, elle s’achèvera à Progreso, que Wikipedia décrit ainsi : « Progreso est une ville touristique appréciée pour ses plages. Il y a une très jolie promenade le long de la mer et de nombreux restaurants longent le « Malecón », cette promenade. Durant les mois de juillet et août, les plages se remplissent de milliers de touristes aussi bien nationaux qu'internationaux… »

Chaque équipage est porteur d’un projet de mécénat financé par une entreprise. En ces temps de crise, c’est apparemment là que le bât blesse. Les organisateurs attendaient une vingtaine de bateaux engagés. Il ne sont finalement que onze (contre vingt-quatre pour la première édition de la course, en 2009) – et encore l’un d’eux s’appelle-t-il Looking for Sponsor.

L’argent n’a pas manqué en revanche pour assurer la grande fête de départ à Nantes. Qui a payé ? Les pavillons hissés sur l’étai des engagés ne laissent guère place au doute. De haut en bas, on trouve Audacity (la marque de territoire de Saint-Nazaire), la ville de Saint-Nazaire, la région des Pays de la Loire, le département de Loire-Atlantique, la ville de Nantes, la communauté urbaine Nantes Métropole… : autant d’instances gigognes, autant de budgets superposés, les mêmes contribuables pour financer le tout…

Une curiosité : au programme du festival musical organisé à Stéréolux pour marquer le départ de la course figurait le groupe de jazz funk The Volunteered Slaves. À trois semaines de l’inauguration du Mémorial de l’abolition de l’esclavage, est-ce bien raisonnable ?

dimanche 4 mars 2012

Nantes n’est pas la seconde ville de l’open data

« L’open data est un événement d’une ampleur comparable à l’apparition de l’alphabet », assurait Jean-Marc Ayrault le 21 novembre dernier lors de l’ouverture des données numériques de la ville de Nantes, de Nantes Métropole et de la Semitan. Cette révolution devait permettre aux citoyens d’accéder à une masse d’informations numériques et de développer une profusion d’applications originales.

Quinze semaines plus tard, l’alphabet espère passer enfin à la lettre B…  Vendredi dernier a été lancé l’appel à projets « Rendez-moi la ville + facile », dont Jean-Marc Ayrault avait annoncé le 21 novembre qu’il serait ouvert « dès janvier 2012 ».

Les 50.000 euros de prix offerts débloqueront peut-être les imaginations. Courant février, selon le site EntrepreNantes, les applications utilisant les fameuses données étaient au nombre de quatre. Clairement, cela en agace plus d’un chez les aficionados locaux (ou plus d’une chez les aficionadas locales…) de l’open data.

Peut-être faudrait-il commencer par s’interroger sur les fichiers réellement ouverts au public. Il sont quarante-cinq*. Un quart d’entre eux recensent les prénoms des enfants nés à Nantes pour chaque année de 2001 à 2011. Cinq seulement sont mis à jour en temps réel, dont… le « Catalogue des données 'Nantes Ouverture des Données' (NOD) ». Sérieusement, quelles applications espère-t-on développer avec ça ?

Comme souvent, la grande annonce municipale nantaise contenait plus de posture que de substance. Nantes n'est pas plus la seconde ville de l'open data que celle du web. Le catalogue des données publiques de Seattle, ville jumelée avec Nantes, propose pas moins de 625 fichiers : quatorze fois plus qu’à Nantes. Plus près de nous, le catalogue de Rennes Métropole en accès libre, homologue de NOD, en compte 116 : deux fois et demie plus. Les budgets municipaux y sont disponibles sous forme de fichiers. Pas à Nantes. Nos édiles tiennent sans doute leurs comptes à la plume d’oie.
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*Adresses postales de Nantes Métropole, Adresses postales de Nantes Métropole (par commune), Arrêts, horaires et circuits TAN, Catalogue des données 'Nantes Ouverture des Données' (NOD), Disponibilité dans les parkings publics, Eléments de la charte graphique TAN, Horaires des équipements culturels, Indicateur d'activité des grands équipements, Indice ATMO Journalier à Nantes, Info-trafic TAN prévisionnel, Info-trafic TAN temps réel, Liste des équipements publics (thème Action Sociale), Liste des équipements publics (thème Culte), Liste des équipements publics (thème Culture), Liste des équipements publics (thème Enseignement), Liste des équipements publics (thème Justice et Sécurité), Liste des équipements publics (thème Mobilité), Liste des équipements publics (thème Service Public), Liste des équipements publics (thème Sports), Liste des équipements publics (thème Vie Pratique), Liste des équipements publics (thème Vie Sociale), Liste des jardins et parcs de Nantes, Niveau de pollution en dioxyde de soufre dans l’agglomération nantaise, Niveau de pollution en dioxyde d’azote dans l’agglomération nantaise, Niveau de pollution en ozone dans l’agglomération nantaise, Niveau de pollution en particules fines PM10 dans l’agglomération nantaise, Occupation du sol 2008 de niveau 3, Patrimoine arboré de Nantes, Prénoms des enfants nés à Nantes (2001), Prénoms des enfants nés à Nantes (2002), Prénoms des enfants nés à Nantes (2003), Prénoms des enfants nés à Nantes (2004), Prénoms des enfants nés à Nantes (2005), Prénoms des enfants nés à Nantes (2006), Prénoms des enfants nés à Nantes (2007), Prénoms des enfants nés à Nantes (2008), Prénoms des enfants nés à Nantes (2009), Prénoms des enfants nés à Nantes (2010), Prénoms des enfants nés à Nantes (2011), Répertoire des lieux-dits de Nantes Métropole, Répertoire des lieux-dits de Nantes Métropole (par commune), Répertoire des voies de Nantes Métropole, Répertoire des voies de Nantes Métropole (par commune), Tarifs des équipements culturels, Temps de parcours.

vendredi 2 mars 2012

Mémorial mal calé

On croyait qu’après avoir longtemps hésité entre « Mémorial à l’abolition de l'esclavage » et « Mémorial de l’abolition de l'esclavage » Nantes Métropole avait choisi la deuxième formule, même si elle superposait deux génitifs.

On aurait pu se dire que l’enseigne du monument était l’expression d’un choix délibéré. Eh ! bien non ! Présentant le mémorial sur son site, la communauté urbaine tergiverse encore. « Le Mémorial à l’abolition... » dit la légende de cette photo sur laquelle on lit pourtant « Mémorial de l’abolition... ».

Le flou, toujours le flou... D’ailleurs, la page du site de Nantes Métropole en ligne au 1er mars est datée du... 22 mars 2012. Décidément, le Mémorial a aussi du mal à se situer dans le temps !

jeudi 1 mars 2012

Plus de Cyvel pour les Pays de la Loire

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu roi
Cyvel 2.0 était une merveille, à en croire Jacques Auxiette, président du conseil régional des Pays de la Loire et à l’époque PDG de la SEM régionale des Pays de la Loire, cité par un ouvrage publié en 2009 par Paroles d’élus, un collectif d’associations d’élus et de collectivités locales qui met en valeur les utilisations des TIC au service des territoires.

« Ce projet illustre la capacité de la SEM à faire émerger par son organisation transversale et son expertise multiple des projets innovants, ouverts, évolutifs et donnant au territoire une longueur d’avance », y déclarait M. Auxiette. Cyvel 2.0, plate-forme web du tourisme en Pays de la Loire, devait donner naissance à un grand portail au service des particuliers comme des professionnels.

« La SEM régionale des Pays de la Loire a engagé ce chantier de rénovation du système d’information touristique régionale en janvier 2008, pour une mise en ligne fin 2009 des sites grand public et début 2010 du site professionnel », expliquait Parole d’élus. « L’équipe pluridisciplinaire s’est entourée de prestataires techniques (informatique, communication, traduction…), tout en associant les acteurs du secteur. » Le budget, plus de 1,25 million d’euros hors taxes, était pris en charge par la région.

Si l’on en parle ici, on s’en doute, c’est que la merveille n’était pas si merveilleuse que ça : elle a été discrètement abandonnée voici quelques mois. « Après 3 années de travail, le prestataire retenu par la SEM a livré une solution intégrée de gestion de bases de données et de site web », indique l’Agence de développement & de réservation touristiques de Loire-Atlantique dans son rapport 2010. « Toutefois, les performances de cet outil ont été jugées insuffisantes et bien en-dessous des spécifications du cahier des charges initial. La SEM a décidé de refuser la solution livrée par son prestataire et de demander le remboursement des sommes versées ainsi que des dommages et intérêts devant la justice. » Cette réalisation qui l’année d’avant illustrait la capacité de la SEM des Pays de Loire à « faire émerger par son organisation transversale », etc., etc. n’illustre plus que l’insuffisance d’un prestataire qui a sans doute travaillé seul dans son coin. Mais que faisait donc « l’équipe pluridisciplinaire » ?

Le patron de celle-ci, ci-devant directeur de la promotion économique et du marketing territorial des Pays de la Loire, est devenu au creux de l’été dernier directeur du Pôle génie civil éco-construction (PGCE), association d’industriels et de chercheurs un temps labellisée « pôle de compétitivité ». Pas sûr que ce soit une promotion.