mardi 18 décembre 2012

La culture à Nantes : (2) du gramscisme aux paillettes

Jean-Marc Ayrault n’a jamais prétendu être un homme très cultivé. Titulaire d’un simple Capes d’allemand, il n'a pas laissé à ses condisciples le souvenir d’un étudiant spécialement brillant. Ses responsabilités politiques cumulées l’ont vite empêché de parfaire ses humanités. Il dit lire San Antonio, ce qui est sans doute vrai, sans quoi il invoquerait plutôt La Chartreuse de Parme ou Le Discours de la méthode, si ce n’est le fameux « Zadig et Voltaire » ! Ou au minimum Jules Verne, pour faire couleur locale. Son blog n’a rien d’un chef d’œuvre littéraire. Il préfère les excursions en camping-car au grand trek des musées internationaux. Quand il pense à Depardieu, il fait rimer « minable » avec « contribuable » plutôt qu’« admirable » avec Les Misérables.

Bien entendu, être peu cultivé n’empêche pas d’aimer la culture, de même que palper 14.910 euros par mois comme Premier ministre n’empêche pas d’être socialiste. Mais tout de même, Jean-Marc Ayrault était peu qualifié personnellement pour guider une ville vers les hautes sphères intellectuelles et artistiques.

À en croire le storytelling municipal, il aurait néanmoins fait de la culture une priorité dès son arrivée à la mairie de Nantes. En réalité, la conception municipale de la culture a évolué. Au début, elle répondait à un objectif d’instrumentalisation politique. Elle poursuivait les escarmouches déjà engagées entre droite et gauche avec la création du CRDC par la municipalité Chenard et celle d’Espace 44, futur Grand T, par le conseil général de Cossé-Brissac. Elle était confiée à l’un des élus intellectuellement les plus « capés » de la municipalité, Yannick Guin, enseignant d’extrême-gauche qui se voulait émule de Gramsci.

Il a fallu des années pour que JMA comprenne l’avantage médiatique de la culture, thème plus porteur que l’état de la circulation à Nantes, l’alourdissement des impôts locaux ou la situation financière du CHU. La politique d’installation de commissaires politico-culturels a alors fait place à une démarche plus axée sur les paillettes. Guin a finalement été mis sur la touche et remplacé au conseil municipal par un artiste célèbre, Jean-Louis Jossic, mais surtout les clés du coffre ont été confiées à Jean Blaise.

Jean Blaise proclame que la culture à Nantes est l’œuvre des vingt dernières années. Mais il est là depuis trente ans. Cela souligne bien que la « culture » des débuts n’est pas celle d’aujourd’hui.

Retrouvez l’épisode précédent de
La culture à Nantes :
(1) On n’a pas attendu Jean-Marc Ayrault

2 commentaires:

Delobel a dit…

Encore un article revanchard et inutile... On a connu votre fiel plus abondant et mieux argumenté...

Sven Jelure a dit…

Merci pour le compliment "en creux". Revanchard ? Inutile ? J'ai juste cherché à remettre les pendules à l'heure, dans la lignée d'une série de posts précédente sur le thème de "la belle endormie" : le storytelling municipal ne tend pas seulement à montrer la vérité sous un bon jour, parfois il cherche à réécrire l'histoire.