dimanche 18 novembre 2012

Bolopoly (6) : la monnaie du hamster

Le « nanto » est plein de bonnes intentions, mais justement, l’enfer en est pavé. Une monnaie locale est censée faire tourner l’économie locale. On se dit que c'est plutôt bien et qu'au pire ça ne mange pas de pain. Mais cette vertu commerciale découle d’un vice monétaire : la monnaie locale n'est utilisable que localement. Après avoir fait l’euro, on va faire l’inverse.

Une fois qu’on détiendra de la monnaie nantaise, on ne pourra la dépenser que chez les fournisseurs qui acceptent la monnaie nantaise, qui eux-mêmes ne pourront la dépenser que… : je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le site web www.unemonnaiepournantes.fr explique « Comment ça marche » en dix questions. Il est très clair : adhérer au système, c’est facile. Il suffira de quelques clics. En revanche, il ne dit pas du tout comment on pourrait en sortir. Et a priori, on ne pourra pas. Le WIR, modèle officiel de la future monnaie nantaise, n’est pas convertible. Le RES belge, qui l’a aussi inspirée, ne l’est pas non plus. Dans les deux cas, la présence de gens qui voudraient bien sortir du système en récupérant leurs francs ou leurs euros provoque une sorte de marché noir.

On devra donc garder sa monnaie locale ? Oui et non : en fait, on devra s’en débarrasser d'urgence pour faire tourner le commerce. « L'objectif de chaque adhérent est (…) d’utiliser au plus vite sa monnaie locale » explique le site www.unemonnaiepournantes.fr. Cela risque même de devenir une obligation… quoique les promoteurs du système préfèrent ne pas le dire pour le moment. « Je ne pense pas que nous allons attirer les entrepreneurs en leur expliquant tous les moyens coercitifs qui seront mis en place » admet Pascal Bolo dans un entretien avec Thomas Savage, du magazine Fragil. Si l'argent ne vous brûle pas les doigts, on saura bien vous brûler les orteils...

La découverte du mouvement perpétuel a toujours été un fantasme favori des zozos inventeurs. Les promoteurs du nanto, du bolopoly, ou quel que soit le nom qu’on lui donne, voudraient que leur monnaie tourne sans cesse à toute allure. Avec les Nantais dans le rôle du hamster.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour ,
quelle histoire !
comme commerçant je dis pour reprendre Bartelby " I would prefer not to " .
Mais une question me taraude: pourrons nous payer nos impôts locaux avec cette monnaie?.
Bien à vous.
alain le provost

Sven Jelure a dit…

N'inversons pas les rôles : ce sont nos impôts locaux qui paieront cette monnaie (à suivre).

Anonyme a dit…

Bonsoir ,
je plaisantais bien sûr mais une monnaie qui ne permet pas de payer l'impôt ( et qui donc ne doit pas inspirer confiance au Trésor , je plaisante toujours bien sûr ) ne me dit rien qui vaut .
alain le provost

Anonyme a dit…

salut, étrange silence du blog sur NDDL où il y a pourtant bien plus à dire que sur l'épiphénomène de la monnaie locale... Toute la Bretagne était là samedi, et toi mon petit Jules ?

Sven Jelure a dit…

Dans ce blog, je tente de présenter des visions non conformistes des choses ou de souligner des faits peu remarqués. NDDL est un sujet bien plus important que la monnaie locale, c'est vrai, mais beaucoup de gens en parlent bien mieux que je ne saurais le faire moi-même.

Anonyme a dit…

"une monnaie plus libre, plus solidaire, plus humaine..." peut-on lire à la rubrique "késaco" du site de promotion du "nanto"...

C'est une curieuse conception de la liberté qui la fait chercher dans un réseau de liens toujours plus resserrés, toujours plus denses ; en l'occurrence, dans l'échange restreint plutôt que généralisé. Sans doute la solidarité s'en trouve renforcée, la sécurité aussi, mais cela ne peut aller sans contrepartie : celle de la surveillance de tous par tous, caractéristique des sociétés traditionnelles. Il est vrai qu'en 2007 déjà, quelques pièces (jointes) destinées à renseigner sur les "opposants notoires à la municipalité" avaient été mises en circulation - et que tout cela est effectivement humain, trop humain.

Liberté, solidarité, humanité... vélocité, luminosité, fiscalité... C'est une chose d'aligner des vocables favorablement connotés, une autre de les articuler en un langage politique cohérent. Ainsi, lorsque des chercheurs associés à la Revue du M.a.u.s.s. (d'obédience anti-utilitariste) mettent en avant la triple obligation "de donner, de recevoir et de rendre" comme ciment des sociétés, ils ne prétendent pas soustraire tel ou tel Homo Economicus Nantais à la concurrence des artisans vendéens (ou à la manducation de quelque organisme interlope), ils ne se soucient pas plus d'apporter à telle PME locale la trésorerie qui lui manque pour embaucher un nouveau commercial...

G. L.

Sven Jelure a dit…

Bien vu, il est difficile d'être plus libre tout en resserrant des liens...