lundi 9 juillet 2012

Le Serpent d’océan vient-il de Chine ou d'Amérique ?

Le Serpent d’océan de Huang Yong Ping, on l’a dit hier, est une œuvre impressionnante. Cela ne signifie pas qu’il échappe à la critique.

« La ligne de ses vertèbres joue avec la courbe du pont de Saint-Nazaire, et la manière dont il se pose rappelle l'architecture des carrelets, ces pêcheries typiques de la côte atlantique », assure Estuaire. Installé à Saint-Brévin face aux chantiers navals de Saint-Nazaire, ce serpent si local, en fonte d'aluminium, est-il aussi un hommage à la métallurgie de Loire-Atlantique ?
L’autre jour au fond d’un estuaire,
Un serpent piqua Saint-Nazaire.
Que croyez-vous qu’il arriva ?

Ce fut le serpent qui creva !
Hélas non. Jean Blaise l’a avoué à Alice Bordage, de la radio nantaise Prun’, qui a diffusé l’enregistrement en marge d’un entretien avec Marie-Laure Le Pomellec et Philippe Quintana  : « Le Serpent a été fait en Chine parce que Huang Yong Ping veut travailler avec ses artisans à lui, avec les gens avec qui il a l’habitude de travailler en Chine, donc on l’a fait en Chine. » L'explication est étrange puisque Huang Yong Ping a fui la Chine en 1989 et est installé en France depuis lors ; il a même obtenu la nationalité française. Ses animaux d'alu exposés depuis 2007 au château de Caen n'ont pas été réalisés par un fondeur chinois mais par la fonderie Nivet, dans les Côtes-d'Armor.

Un souci d’économie, alors ? Ce ne serait pas moins curieux. Cette œuvre est cofinancée par les contribuables locaux et par le Fonds européen de développement régional (Feder) : la moindre des choses aurait été de recourir aux compétences locales, qui ne manquent pas. Et d’ailleurs, à la question « Combien ça coûte ? » posée par Prun’, Jean Blaise répond : « J’en sais rien et je m’en fous complètement » (sic).

La vraie raison pourrait être encore plus dérangeante : le Serpent d'océan n’est pas réellement une œuvre originale. Il a été montré (ou son frère jumeau), enroulé sur lui-même, à la Gladstone Gallery de New York en 2009. Estuaire n’a eu que des restes. De beaux restes, il est vrai.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo, belle trouvaille!
Moi qui suis parfois (souvent) septique suite à la lecture de vos articles, je dois avouer que sur ce coup là...Je n'imaginais pas qu'Estuaire recyclait ainsi des oeuvres déjà exposées.

Sven Jelure a dit…

Après tout, c'est le concept même de "Sans cimaise et sans pantalon" : montrer des oeuvres qui se trouvent en temps normal au Musée des Beaux-Arts. L'autruche de Maurizio Cattelan montrée au Muséum a déjà servi à Lille, et bien sûr on avait déjà vu la maison dans la Loire.

Anonyme a dit…

Peut-être mais "Sans cimaises et sans pantalon" ne fait pas partie d'Estuaire... Et la maison dans la Loire avait été créée à l'occasion de la biénale de 2007. Par contre il me semble qu'il existent d'autres canard flottant similaires à celui de l'édition 2007

Sven Jelure a dit…

Oui, en effet, Florentijn Hofman multiplie les canards gonflables voir (http://www.florentijnhofman.nl/dev/project.php?id=154). Je crois quand même que celui d'Estuaire était le plus gros -- avec le résultat qu'on sait !

Anonyme a dit…

Doit-on en déduire que les œuvres "originales" sont faites à la chaîne ?...