vendredi 28 octobre 2011

Nantes, la belle hallucinée (2) : une stratégie insuffisante

Le Voyage à Nantes, on l’a dit hier, considère que le passé lointain est nul et en fait d'autant plus volontiers table rase. Occultée, en particulier, la capitale de la Bretagne ducale. La ville, semble-t-il, n'est née pour de bon qu'à l'arrivée de Jean Blaise, et doit fonder son projet touristique sur le « socle constitué par vingt ans de politiques culturelles innovantes ».

Quelles politiques ? Le manifeste publié sur un site de communiqués de presse invoque trois « événements de retentissement international » : Folle journée, Royal de luxe et Estuaire. La Folle journée, c’est cinq jours par an au mois de février. Royal de luxe, c’est quelques heures de spectacle tous les deux ans. Estuaire, c’est un mois et demi tous les deux ou trois ans. Il y a là de quoi alimenter un bon gros dossier de presse, mais espère-t-on faire vivre un écosystème touristique, douze mois par an, sur des coups événementiels ?

Et puis, la Folle journée est organisée depuis 1995, Royal de luxe est à Nantes depuis 1990 et la première édition d’Estuaire date de 2007 : si ces « événements de retentissement international » devaient attirer dans la ville les étrangers par millions, ça se saurait déjà. En réalité, le « retentissement international » de la Folle journée et de Royal de luxe est assuré surtout par l’exportation du concept de l’une et des spectacles de l’autre. Quant à celui d’Estuaire, on l’a déjà dit , il est minuscule.

Le Voyage à Nantes s’apprête à miser de gros budgets publicitaires sur un concept fumeux assené à force d'incantations, sans le moindre début de démonstration. Il satisfera sans doute quelques egos, mais il n’a aucune chance de rentabiliser l’argent des Nantais.

3 commentaires:

General Vibre a dit…

Une étude assez intéressante sur la vie culturelle nantaise se trouve ici (La scène artistique nantaise, levier de son développement économique: http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/45/69/82/PDF/2010_Nantes_la_belle_eveillee_DSD.pdf). Par ailleurs, des études économiques sur Estuaire ont montré un bon impact économique sur le territoire. La venue de milliers d'habitants par année, attirés en partie par l'offre culturelle, ne peut non plus être occultée. Mais en effet, il faut rester critique quand aux propos du VAN, qui reste, après tout, un outil de promotion touristique.

Sven Jelure a dit…

Merci pour ce lien ; je connaissais déjà ce texte, qui est la base de la contribution de l'auteur à un livre paru l'an dernier. Il est intéressant en tant que recensement des actions culturelles menées par la municipalité nantaise ou avec son soutien. En revanche je le trouve suspect dans la mesure où, tout en se présentant comme une étude universitaire, il multiplie les qualificatifs non neutres (réussi, positif, fort...). Enfin, il ne tient pas les promesses de son titre, qui n'est pas suivi d'une démonstration, encore moins d'un chiffrage du "levier", mais au contraire du constat qu'il n'existe pas d'étude sur la question. L'auteur ne tente même pas d'évaluer l'économie primaire des manifestations culturelles citées, ce qui me paraît bizarre pour un professeur d'économie. Et vous connaissez mon mauvais esprit : j'ait tendance à penser qu'il préférait ne pas trop se pencher sur la question.

Anonyme a dit…

@ General Vibre : à quelles études économiques sur Estuaire faites vous allusion ? La Chambre Régionale des Comptes a publié un rapport sur le Lieu Unique cet été. Elle dit que l'impact économique d'Estuaire est difficile à évaluer et que les chiffres avancés par les organisateurs sont douteux.