dimanche 22 août 2010

Des éco-détails qui clochent

Non, on n’a pas tout dit sur De temps en temps.

À une époque où l’on se demande comment réduire la consommation électrique des éclairages publics, l'oeuvre de François Morellet va exactement dans le mauvais sens. Son message météorologique est peut-être correct, son message écologique ne l’est sûrement pas.

Il en va de même des anneaux de Buren. Alors que Nantes se voudrait l’une des métropoles les plus écolos d’Europe, les « oeuvres pérennes » d'Estuaire lui tirent une petite balle dans le pied.

Quant aux Machines de l'île, leur bilan écologique n’est probablement pas glorieux. De l’éléphant, on regarde plutôt la trompe que le pot d’échappement, bien sûr. Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et les autres ne l'ont sans doute pas remarqué l'autre jour en visitant le site, mais sa fumée noire est spécialement antipathique.

Ni l’électrophagie d’Estuaire ni les flatulences de l’éléphant ne pèsent lourd dans le bilan écologique global de la ville. Pourtant, vu l'importance symbolique que leur attache la municipalité actuelle, elles relativisent les prétentions vertes d'icelle. Le diable est dans les détails et pas seulement à Notre-Dame-des-Landes.

vendredi 20 août 2010

Harmonie Atlantique du soir

On ne peut parler de l’immeuble d’Harmonie Atlantique (http://lameformeduneville.blogspot.com/2010/08/les-disgraces-du-quai.html), me dit-on, sans évoquer aussi De temps en temps, l’œuvre artistico-météorologique de François Morellet. Soit, vous l’aurez voulu.

De temps en temps est une cerise manquée sur ce gâteau manqué. Tentant sans doute de faire oublier la raide horizontalité du bâtiment, elle donne dans le courbe et l’oblique, mais la masse de l'immeuble domine ses lignes graciles. Ses trois couleurs, bleu, blanc et rouge, seraient-elles aussi destinées à faire oublier l’anthracite et le verdâtre du support ? Vu le résultat, on n’ose le croire...

Il est vrai que la nuit venant, quand les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, la lumière peut s’exprimer indépendamment du bâtiment. Et là, on a beau savoir que François Morellet est un artiste minimaliste, on a l’impression qu’il manque quelque chose. Ça n’est pas Time Square, dame non !

Néon grillé

François Morellet manie les tubes au néon depuis pas loin d’un demi-siècle. Pendant ce temps-là, le monde a évolué. Beaucoup des bâtiments les plus en vue – et le siège d’Harmonie Atlantique en est un – servent de support à des enseignes lumineuses géantes. En 2010, du néon sur un toit, non seulement ça n’épate plus personne, mais on attend que ça flashe, que ça pulse, que ça bouge. Devant les quelques lueurs statiques d’Harmonie Atlantique, on se dit fatalement : « Tiens, il y a des tubes qui ont claqué ».

« Rustre ! Béotien ! Pedzouille ! c’est de l’Art, pas de la pub ! » entonne aussitôt le chœur des bobos indignés. Ainsi, parce que le néon est payé par le contribuable et non par le consommateur, il faudrait par principe se pâmer d’admiration ? Du bobo au gogo, le chemin n’est pas long.

Un, deux, trois, nuages

Hélas, Morellet lui-même a savonné la planche de ses thuriféraires en relativisant le statut artistique de sa composition. De temps en temps est « quelque chose qui sera utile » déclarait-il naguère à Guillaume Lecaplain*. Il s’agit en réalité d’un indicateur météorologique avec trois messages au choix, et trois seulement : « il va faire beau », « il va y avoir des nuages » ou « il va pleuvoir », selon qu’on voit un arc de cercle rouge, des arcs de cercle blancs ou des segments de droite obliques bleus, symbolisant respectivement le soleil, les nuages et la pluie. Voilà de l'utile en effet.

Franchement, à une époque où la moindre enseigne de pharmacie donne la date, l’heure et la température ambiante, qui cela peut-il émouvoir de savoir grosso modo quel temps il va faire en consultant la façade d'une mutuelle ? Et, à une époque où l’on trouve des bulletins météo partout, dans le journal, à la radio ou sur internet, qui fera le détour par l’île de Nantes pour savoir que, dans quatre heures**, le temps devrait être nuageux ?
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* Presse Océan, 1er mars 2010.
** « Une œuvre à découvrir à la tombée de la nuit ! » conseille la mairie de Nantes (http://nantes.fr/culture/actualites-culturelles/estuaire-les-oeuvres-perennes/morellet). Les Nantais auront ainsi le privilège de savoir si le soleil brillera au milieu de la nuit.

jeudi 19 août 2010

Les disgrâces du quai

La réhabilitation de l’immeuble d’Harmonie Atlantique, ex Mutuelle Atlantique, au coin du pont Anne de Bretagne, ne sera achevée que dans plusieurs mois*. Mais on peut déjà se faire une idée du résultat final. Il n’est que trop évident : d’une mocheté du 20ème siècle, on aura fait une mocheté du 21ème siècle. D’une verrue simple, on aura fait une verrue tarabiscotée.


On imagine bien l'intention : il s'agissait d'enfermer le vieux bâtiment miteux sous un sarcophage plus présentable. Peine perdue : la laideur irradie. Les vitrages sérigraphiés amélioreront peut-être le confort des occupants. Mais vue du dehors, la nouvelle façade est sans grâce et sans unité. On voit trop que l’empilement d’accessoires relève du camouflage. Comme dans un film de Lautner, la fausse barbe dénonce plus qu’elle ne dissimule.

« Cet immeuble, il y a quelques années, j’étais partisan de sa démolition », a un jour avoué Alexandre Chemetoff à la revue Place publique (n° 4). « J’ai mis du temps à l’accepter, à l’adopter. Maintenant, on va l’aider à être beau. » Que ne s’en est-il tenu à sa première idée ! Mais c’est la logique du plan-guide : quand les événements vous échappent, feignez de les organiser.

Des ratages architecturaux, on en a vu d’autres. Le problème est qu’avec une façade tournée vers les Chantiers et une autre vers le Mémorial de l'esclavage, ce bâtiment tartignole sera l’élément architectural le plus en vue du tourisme façon Blaise.

Les héritiers de François Mitterrand avaient déjà réussi à réunir sur le quai auquel ils ont donné son nom « l’école d’architecture la plus moche d’Europe »** et le palais de justice le plus lugubre de France. Le siège d’Harmonie Atlantique revu et corrigé ne joue sans doute pas dans la même catégorie, mais il complète bien le tableau.
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* Le site officiel de l’île de Nantes annonce toujours une livraison en mars 2010, mais la Lettre d’information de la Samoa indique mars 2011.
** Dixit Emmanuel Guimard (www.vudenantes.com/2010/02/big-sky.html)

mardi 17 août 2010

À la recherche du % perdu

« L’éléphant de l’île attire toujours plus de monde (…) Le site engrange 10 % de visiteurs supplémentaires chaque année », lit-on p. 11 de Presse Océan ce 17 août sous la signature de J.U. « Pour le grand éléphant le nombre est stable car la capacité maximale du pachyderme est souvent atteinte », et la hausse de la fréquentation totale est de 1 % écrit de son côté, p. 8, Philippe Corbou, qui évoque aussi une « progression de plus de 20 % entre 2008 et 2009 ». Alors, plus de monde ou autant pour l’éléphant ? 1 %, 10 % ou 20 % de hausse pour les Machines de l’île de Nantes ?

Décidément, les chiffres font partie du volet fantastique des Machines… Rappelons que loin de gagner 10 % de visiteurs supplémentaires « chaque année », les Machines en avaient perdu 35 % entre l’été 2007 et l’été 2008. Elles n’en ont récupéré qu’une partie en 2009 avec une hausse de 7,6 % (265.000 contre 243.000) et non de 20 % par rapport à 2008.

Alors, ce gain de 10 % pour 2010 est-il envisageable ? L’année n’est pas finie. Cependant, au vu du chiffre publié pour juillet, soit 41.354 visiteurs, la prudence s’impose. Ce serait 1 % de plus qu’en 2009. Mais c’est encore 20 % de moins qu’en juillet 2007. Et cela malgré l’augmentation de la capacité d’accueil des Machines, qui parviennent à vendre plus de 2.500 billets les bons jours alors qu’elles étaient limitées à 2.200 visiteurs quotidiens en 2007.

lundi 16 août 2010

Manny se protège contre le soleil du Nord

Les parois métalliques sont devenues très tendance dans l'immobilier nantais ces dernières années. Ce ne sont pas des nouveautés : revêtus d’alu, de titane ou d’inox, l’Institut du monde arabe de Paris (1987), le Guggenheim de Bilbao (1997) voire l’usine Aplix du Cellier (1999) avaient depuis longtemps montré la voie.

Manny, l’immeuble du groupe Coupechoux, sur l’île de Nantes, est sûrement le témoin le plus remarquable de cette mode. « Sa façade hyper sophistiquée sert de filtre solaire », explique le site web de la ville de Nantes (http://www.nantes.fr/culture/actualites-culturelles/estuaire-les-oeuvres-perennes). Comme nul visiteur ne se hasarde dans le boyau antipathique qu’est le mail du Front populaire, si l’on parle façade de Manny, on songe à son adresse officielle, rue La Nouë Bras-de-fer, face au palais de justice. Elle est orientée plein Nord. Mais qu'importe, les soleils imaginaires ne sont pas les moins brûlants.

Et pour filtrer, elles filtrent, les lames d’aluminium* perforées de Manny. Au point que même en plein après-midi du mois d’août, y compris côté sud, les éclairages intérieurs sont généreusement allumés.


* Le choix de l’alu, métal terne et grisâtre, n’est peut-être pas très judicieux. Cet immeuble ne va « pas nuire à la réputation de Nantes la grise », comme l’écrivait Yves Pérennou dans le blog « Vu de Nantes »  (http://www.vudenantes.com/2009/12/la-fourrure-alu-de-limmeuble-coupechoux.html)

lundi 9 août 2010

Feiz ha Blaise

Au nom de la laïcité, la municipalité nantaise a refusé que les pèlerins du Tro-Breiz pénètrent bannières en tête dans le château de Nantes. La laïcité a bon dos. De toute évidence, ce n'est pas tant le catho qui gène que le Breton. Comme l'écrit Hervé Le Quéré, du Parti Breton :
Au-delà de l'aspect religieux, ce maire refuse avec acharnement tout signe de bretonnité et milite ardemment contre la réunification de la Bretagne, contre la langue et la culture bretonne, contre l'histoire de Bretagne qui reste absente des boutiques de cet « équipement municipal » qu'est devenu notre château...
Ce refus d'une Bretagne autre que touristique et utilitaire n'est probablement pas le reflet d'un simple intérêt électoraliste, encore moins celui d'un esprit de conquête angevin chez un natif de Maulévrier, mais plutôt d'une idéologie table-rasante. Complètement ruinée dans la réalité, celle-ci  reste tapie au fond d'esprits « fidèles aux idéaux de leurs vingt ans »... c'est-à-dire sclérosés depuis plus de quarante ans.

Le château en témoigne. Tel qu'il a été aménagé, son musée n'est pas une concession à la Bretagne mais au contraire un pan d'une oeuvre plus générale de destruction systématique (http://lameformeduneville.blogspot.com/2009/02/un-chateau-propagandiste-1-nantes-et-la.html). Redisons-le :
« Nantes en Bretagne », est-ce un thème de débat ? Pas pour ceux qui répondent « oui » ! Le débat est créé de toutes pièces par le camp d’en face, celui qui, par intérêt, pour se ranger du côté du manche ou par haine du passé et des identités populaires, voudrait qu’il y ait doute. Le musée donne à voir une version subtile de cette démarche de fausse impartialité. D’abord, son organisation permet de saucissonner l’essence de Nantes, comme si la ville d’hier n’était pas celle d’aujourd’hui, qui n'est pas celle de demain : du passé faisons table rase, morceau par morceau à défaut de Grand Soir. La salle n° 2 fait de Nantes « la cité des ducs de Bretagne », mais dès la salle n° 3 c’est « une ville du royaume de France », puis ce sera « une capitale négrière » (deux salles : le double de la « cité des ducs » !), « la ville des négociants », « la métropole d’aujourd’hui », etc.
Cela dit, la minceur des réalisations de Jean-Marc Ayrault en vingt ans de mandat ne lui vaudra pas une salle dans le musée -- tout au plus un débarras. L'histoire se venge de ceux qui l'ignorent.

mercredi 4 août 2010

Un été pas très chaud pour les Machines

En 2009, les Machines de l’île ont vendu 260.000 billets. « En 2010, on dépassera vraisemblablement ce niveau », a confié Pierre Orefice à Philippe Gambert (Ouest-France du 4 août). Vraisemblablement… Pierre Orefice ne nous avait pas habitués à des adverbes aussi retenus.

Cette modestie n’est « vraisemblablement » pas bon signe. En avril, Pierre Orefice affirmait que la fréquentation du premier trimestre était en hausse de 32,5 % en 2010 par rapport à celle de 2009. À la mi-juin (http://lameformeduneville.blogspot.com/2010/06/du-mou-dans-la-hausse.html), il assurait que la fréquentation était « déjà » en progrès de 20 % depuis le début de l’année, ce qui signalait en réalité une nette inflexion vers le bas.

Aujourd’hui, puisque la saison est à moitié écoulée, les Machines doivent avoir une certaine idée de leur fréquentation estivale. Or, malgré la progression engrangée au premier semestre, l’évolution totale prévue pour 2010 n'est que « vraisemblablement » supérieure à 0 %. L’été 2010 est donc en recul sur l’été 2009.

Si l’éléphant joue toujours à guichets fermés, il semble clair que la Galerie des machines souffre. Difficile à vérifier : depuis quelque temps, l’afficheur lumineux de la billeterie des Machines n'indique plus son niveau de remplissage. Tiens, pourquoi ?

Le manège d’Andréa, en revanche, ne désemplit pas. Merci pour lui.

lundi 2 août 2010

Des fantômes sous les ponts

Presse Océan a publié le 1er août, sous la signature de Baptiste Duclos, une carte des fantômes et autres personnages virtuels du fameux Invader présents sur les murs de Nantes (voir http://lameformeduneville.blogspot.com/2010/04/nantes-victime-des-ghostbusters.html). Elle semble assez complète. Cependant, elle oublie les deux fantômes les plus acrobatiques : celui du pont Anne de Bretagne


et celui de la passerelle Victor Schoelcher

dimanche 1 août 2010

Le lion herbivore

D'accord, ça n'est pas le plus gros des lions de Nantes, ça n'est pas le plus beau, ça n'est pas le plus visible, mais c'est sûrement l'un des plus sympathiques : le lion herbivore qui accueille les visiteurs de Ti Keltiek, rue Harrouys.