samedi 31 juillet 2010

Nantes, ville des lions

L’éléphant tend à écraser de sa masse le bestiaire nantais. Pourtant, ce n’est pas lui l’animal emblématique de la ville. L’animal le plus répandu dans nos rues, c’est de loin le lion. Déjà, dans la cour d’honneur de la mairie, on en compte une quinzaine en totalisant lions entiers et demi-lions. Six par colonne Morris : ça fait du monde. Seize d'un coup rue de l'Héronnière, sans compter ceux de la grille. Vingt-quatre même rue Contrescarpe – mais il est vrai que ces lions-là sont des mutants, ils ont des écailles, comme ceux de la rue de Bouillé. Et puis ceux du château des Ducs de Bretagne, du muséum d’histoire naturelle, du musée Dobrée, de l’ancien palais de justice, de Saint-Nicolas, Saint-Clément et Saint-Similien, de la mairie de Chantenay, du portail du Jardin des plantes, des toilettes du cours Cambronne, et le plus beau de tous, celui du tombeau de François II, dans la cathédrale.
Lions modestes ou lions pompeux, voire lions commerciaux (Peugeot, Renaldi, Heb Ken...), ils sont partout : quai Turenne, quai de la Fosse, quai de Versailles, rond-point de Paris, rue de l’hôtel de ville, rue du préfet Bonnefoy, rue de Guérande, rue Yves-Bodiguel, rue de Verdun (au moins trois), rue Tournefort, rue d'Argentré, cours des 50 otages, rue d’Orléans, rue du Couëdic, rue Harrouys, rue Kléber, rue Crébillon, rue Scribe, rue de la Distillerie, rue Eugène-Tessier, rue de Strasbourg, rue de Chateaubriand, rue Maurice-Duval, rue des Pénitentes, rue du Calvaire, rue Lekain, rue de la Bastille, rue Menou, rue Paul-Bellamy, rue d'Allonville, rue Gresset, rue Voltaire, rue Dobrée, rue Maurice-Sibille, rue de la Fosse, rue Jean-Jaurès, rue Saint-Denis, rue de Bel-Air, place Eugène-Livet, rue Belle-image… Et il en manque certainement beaucoup d’autres à ce début de recensement.




samedi 24 juillet 2010

Les Machines de l'île creusent leur trou

Lors de leur création, rappelle le dernier rapport annuel de la ville de Nantes (www.nantes.fr/ext/rapports_annuels/rapan_2009/pdf/rapport_sems_2009.pdf ), on espérait que les Machines de l'île attireraient 160 à 180.000 visiteurs par an. La SEM Nantes culture&patrimoine avait haussé la barre à 200.000*. Avec 243.500 visiteurs en 2008 et 261.450 en 2009, la mission est plus qu’accomplie.

L’exploitation devait atteindre l’équilibre financier à partir de 2009. Avec une fréquentation bien plus élevée qu’attendu, les comptes devraient donc être largement bénéficiaires.

En 2008, pourtant, la subvention d’équilibre prévue par la communauté urbaine, soit 175.000 euros, n’a pas suffi : le contribuable local a dû accorder aux Machines une rallonge de 244.000 euros.

Tarifs en hausse, fréquentation en hausse, déficit en hausse

Heureusement, il y avait une explication : « il a été décidé avec Nantes métropole de ne pas augmenter les tarifs en 2008, comme le prévoyait la DSP », expliquait le rapport annuel 2008 de la ville. « De ce fait, le résultat ressort déficitaire en 2008. »

Puisque seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, les Machines ont augmenté leurs tarifs en 2009. Le tarif plein est passé de 6 euros à 6,50 euros (+ 8,3 %) et le tarif réduit de 5 euros à 6 euros (+ 20 %). Pas mal, quand on songe que l’inflation mesurée par l’INSEE a été de 1 % en 2008 ! Et comme en plus la fréquentation a augmenté, « de ce fait » l’équilibre prévu devait être largement atteint, n’est-ce pas ?

Hélas, le rapport 2009 de la ville avoue que, sur un budget de 3,2 millions d’euros, le trou est proche de 20 % ! Le montant exact du déficit n’est pas précisé – « environ 500 k€ par an », indique prudemment le rapport : pour une fois que les Machines ne gonflent pas leurs comptes… Il se confirme ainsi que, plus la fréquentation augmente, plus le trou financier s’agrandit (http://lameformeduneville.blogspot.com/2009_11_01_archive.html).

Perseverare diabolicum

« Les équilibres annoncés seront tenus », annonçait Jean-François Retière, vice-président de Nantes Métropole, dans un courrier à Presse Océan le 17 janvier 2008. Mais, comme disait Charles Pasqua, les promesses des hommes politiques n’engagent que ceux qui y croient…

Reste quand même une question : comment expliquer que l’équilibre qui devait être atteint avec 200.000 visiteurs ne le soit pas avec 260.000 ? Deux réponses sont possibles :
  a) Nantes culture&patrimoine s’est complètement trompé dans ses prévisions
  b) Nantes culture&patrimoine est très mauvais gestionnaire

La délégation de service public des Machines est renouvelable fin octobre. À qui Nantes Métropole a-t-elle décidé de la confier ? Toujours à Nantes culture&patrimoine, bien sûr...

jeudi 22 juillet 2010

Le plan-plan patrimoine


Depuis bientôt deux ans, Nantes s’est dotée d’une direction du patrimoine et de l’archéologie, censée corriger l’image d’incurie donnée par la ville à l’occasion des fouilles de l’îlot Lambert.

La nouvelle direction, créée tambour battant (mais quand même vingt ans après l’élection du maire actuel) s’est empressée d’établir un « Plan patrimoine ». On en attendait monts et merveilles. « Le Plan patrimoine vise notamment à protéger le patrimoine de la ville, et ainsi mieux accompagner les mutations urbaines et prendre en compte les ensembles du XXe siècle non protégés à ce jour », expliquait Jean-Marc Ayrault lui-même (http://jmayrault.fr/v2/index.php?option=com_content&view=article&id=766:nantes-un-patrimoine-de-grande-valeur&catid=1:actualites-locales&Itemid=54)

Et justement, la direction du patrimoine et de l’archéologie avait une magnifique occasion de montrer sa diligence : depuis l'incendie du 17 juin 2004, l’Hôtel de la Duchesse Anne situé face au château des Ducs de Bretagne n’était plus qu’une carcasse noircie protégée des intempéries par un énorme échafaudage.

Que s’est-il passé depuis lors ? On a juste enlevé l’échafaudage : propriétaires et assureurs s’étripent, paraît-il. La ruine complète du bâtiment n’est pas loin. Ainsi disparaîtrait un intéressant témoignage du style Art déco, bel "ensemble du XXe siècle [de moins en moins] protégé à ce jour".

« On ne peut rien faire, c’est un bâtiment privé », déplore la mairie. Mais le rôle d’une municipalité est de faire avancer les choses même quand elle ne les dirige pas. Celle de Nantes s’avère plus douée pour les passages en force que pour la concertation. Il est vrai que pour qui voudrait accréditer l'idée d'une ligérianité nantaise, l'enseigne "Duchesse Anne" sent le soufre...

jeudi 8 juillet 2010

Ta voilure, mon vieux Jean Blaise est trop rose au mat d’artimon

Jean Blaise, nouveau manitou de la culture et du tourisme nantais, veut unifier toutes les énergies au service de la promotion internationale de Nantes. L’idée est sans doute bonne mais, pour la mener à bien, il aurait fallu un rassembleur. Jean Blaise est au contraire un partisan. Il l’a plus d’une fois proclamé. « C’est incontestablement un projet de gauche », disait-il ainsi à propos d’Estuaire*. Derrière ses actions, on soupçonnera toujours l'instrumentalisation. Faute d'autorité morale, sa force de conviction se limitera au montant de ses budgets.

Deuxièmement, le rassemblement annoncé s'avère fort sélectif. Jean Blaise prétend réunir « tout ce qui touche à l’art et à la culture ». Et d’énumérer : « Il y a le Château, le Lieu Unique, les Machines, le Carrousel des mondes marins, le Mémorial de l’esclavage, la Fabrique et Estuaire »**. Ainsi, l'art et la culture se limiteraient aux réalisations contrôlées par la municipalité ? Et la musique ou le théâtre, entre autres, n’en feraient pas partie ?

Troisièmement, à force de survendre ses propres réalisations, Jean Blaise semble s’être auto-intoxiqué. Il a pris la grosse tête. « Ils sont reconnus mondialement et leurs noms attirent les amateurs d’art où qu’ils soient », déclare-t-il par exemple à propos des artistes d’Estuaire***. Or il n’en est (presque) rien : à part Anish Kapoor, aucun des exposants d’Estuaire ne jouit d’une réputation internationale de premier plan (http://lameformeduneville.blogspot.com/2009/01/estuaire-20072009-zro-plus-deux.html). Certes, un peu de mégalomanie ne peut pas faire de mal au poste occupé par M. Blaise. À condition qu’elle signifie viser haut et non repeindre du banal en grandiose.

Enfin, Jean Blaise aura bien du mal faire avec l’existant sans accuser les insuffisances du passé. « Jusqu’à présent, nous avions une offre riche mais éparpillée, et une offre récente puisque les Machines ou le Château des Ducs de Bretagne ne sont ouverts au public que depuis 2007 », déplore-t-il***. Il pourrait ajouter que le Mémorial et La Fabrique sont loin d’être achevés tandis que le Carrousel n’est même pas sorti des cartons. On ne saurait mieux rappeler que, depuis son élection il y a plus de vingt ans, la municipalité de Jean-Marc Ayrault a multiplié les saupoudrages dispendieux aux résultats tardifs, sans volonté d'ensemble.

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* Entretien avec Philippe Corbou, Presse Océan, 21 août 2009.
** Propos recueillis par Guillaume Lecaplain et Stéphane Pajot, Presse Océan, 7 juillet 2010
*** Entretien avec David Pouilloux, 5 juillet 2010, site www.beta.nantesmetropole.fr. En fait d'offre "récente", le château des Ducs ne date jamais que du 15e siècle.