mercredi 31 mars 2010

Le barrissement confirmé

Officiel : le patron des Machines de l’île admet que sa protestation contre un éléphant niçois soupçonné de plagiat n’était qu’une gesticulation médiatique (voir http://lameformeduneville.blogspot.com/2010/02/laffaire-de-lelephant-plagie-un-gros.html). « Dans la presse, tout a été dit et bien dit, le terrain public nous suffit », a-t-il déclaré à Stéphane Pajot (Presse Océan, 31 mars 2010).

Pierre Orefice ne peut s’empêcher de servir au passage une de ces formules sans queue ni tête dont il a le secret : « tous les gens qui ont croisé les deux éléphants ont reconnu que le nôtre était unique et bien plus beau ». Ce n’est pas parce qu’il est seul en son genre qu’on ne va pas le comparer ! Tous les pachydermes sont inégaux, mais il y en a de plus inégaux que d’autres…

On notera incidemment que cette phrase confirme le coup de com'. Car s’il suffisait de « croiser » les deux éléphants pour reconnaître que celui de Nice n’était pas une copie de celui de Nantes, comment Pierre Orefice, qui a bonne vue*, aurait-il pu se laisser abuser, fût-ce un bref instant ?


* Au point d’apercevoir le pont de Saint-Nazaire à travers la butte Sainte-Anne : http://lameformeduneville.blogspot.com/2010/02/orefice-voit-la-mer-dici.html

mercredi 24 mars 2010

Petite pluie n'abat pas grand éléphant

Il paraît que l'éléphant de l'île de Nantes est interdit de sortie quand les vents dépassent 60 km/h. Ridicule ! L'éléphant est breton, puisque nantais, et ce n'est pas une brise, même forte, qui l'empêchera de se promener du côté de la grue jaune s'il en a envie. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait cet après-midi

sans se laisser arrêter par un bête bulletin météo annonçant des rafales à 65 km/h

Pour samedi, Météo France annonce des vents de 85 km/h. En avant, audacieux éléphantonautes !

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Mise à jour : Au 25 mars à 14 h 00, la prévision pour samedi après-midi n'est plus "que" de 75 km/h, mais désormais on prévoit aussi des rafales à 75 km/h pour vendredi après-midi.



mardi 16 mars 2010

André Breton et Nantes : 80 ans, ça vous change une ville

« Nantes : peut-être avec Paris la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine, où certains regards brûlent pour eux-mêmes de trop de feux (je l’ai constaté encore l’année dernière, le temps de traverser Nantes en automobile et de voir cette femme, une ouvrière, je crois, qu’accompagnait un homme, et qui a levé les yeux : j’aurais dû m’arrêter), où pour moi la cadence de la vie n’est pas la même qu’ailleurs, où un esprit d’aventure au-delà de toutes les aventures habite encore certains êtres, Nantes, d'où peuvent encore me venir des amis, Nantes où j'ai aimé un parc : le parc de Procé. » 
André Breton, 1928

« Nantes : sûrement avec Paris, Romorantin, Maubeuge et tant d’autres l’une des villes de France où j'ai l'impression que peut m'arriver quelque chose qui n’en vaut pas la peine, comme de payer une amende pour n’avoir pas nourri à temps l’horodateur, où certains regards brûlent pour eux-mêmes trop de feux rouges (je l’ai constaté encore l’année dernière, le temps de traverser Nantes en automobile – comptez une bonne heure – et de voir cette femme, une chômeuse, je crois : j'aurais dû m'arrêter, si seulement il y avait eu moyen de stationner), où pour moi la cadence de la vie n’est pas la même qu’ailleurs car tout s’y décide si lentement, où l’on nomme esprit d’aventure les banalités bobos de certains êtres subventionnés, Nantes, d’où peuvent encore me venir des amis, Nantes où j’ai aimé un parc et déploré le reste. » 
André Ligérien, 2010

vendredi 5 mars 2010

Le séquoia verra Nantes en l'an 6000

Interrogée par Guillaume Lecaplain (Presse Océan, 5 mars 2010), la mairie de Nantes, qui ne s'était encore jamais prononcée, assure que les travaux du Mémorial à l'abolition de l'esclavage laisseront subsister le séquoia planté à côté de la Maison de la mer Daniel Gilard, ancienne capitainerie du port. L'arbre pourra donc nous dispenser ses ombrages pendant les quatre prochains millénaires.

L'inaction est une vertu fréquente de la mairie de Nantes ; on est content d'avoir une occasion de s'en féliciter.

Quant aux magnolias voisins, pas d'indulgence : exclus de l'environnement végétal du mémorial, ils devront bien vider les lieux. Mais on en sait (un petit peu) plus sur leur point de chute : ils traverseront juste un bras de Loire pour aller sur l'île de Nantes.

lundi 1 mars 2010

Il faut sauver le séquoia du quai de la Fosse !

Les travaux du mémorial à l’abolition de l’esclavage ont commencé sur le quai de la Fosse. On espère que Mesdames et Messieurs les esclavagistes sont déjà terrifiés. Pour l’instant, on a surtout posé une clôture bien opaque. Que va-t-il se passer derrière ces tôles verticales, à l’abri du regard des Nantais ?

Le projet de mémorial a été décrit ici et là. Il reste quand même quelques zones d’ombre. Et d’abord, que vont devenir les arbres remarquables du site ? L’ancienne capitainerie du port est encadrée par deux groupes de quatre magnolias. Le mémorial va détruire ce bel ensemble végétal. Il a déjà été annoncé que les huit arbres seraient transplantés « ailleurs ». C’est-à-dire où ? Mystère à ce jour.

Transplanter un magnolia adulte n’est pas une mince affaire – et l’on se demande si le coût de l’opération a été inclus dans le budget officiel du mémorial – mais, à en croire les botanistes, c’est tout à fait faisable. On s’inquiète davantage pour le séquoia planté en 1989 à l’est de la capitainerie. Son avenir n'a pas été précisé. Les spécialistes sont formels : les racines très profondes des séquoias interdisent leur transplantation. Si l’on fait mine de transférer l’arbre du quai de la Fosse, on le tue.

Un mémorial chassera-t-il l’autre ?

Or ce Sequoia sempervirens n’est pas n’importe quel séquoia. Une stèle plantée sous sa ramure – et donc aujourd’hui cachée par la palissade – rappelle son histoire :

« Don du peuple américain au peuple français à l’occasion du bicentenaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et du Bill of Rights of the United States
1789-1989
Témoignage de deux siècles d’amitié
offert par l’American Committee on the French Revolution et la F.A. Bartlett Tree Expert Company »



Cet arbre a d’ailleurs un jumeau, un autre séquoia également offert par l’American Committee on the French Revolution, planté à Paris, dans les jardins du Trocadéro, par Mme Mitterrand.

Quand la ville de Nantes veut couper un arbre, elle prétend qu’il est malade. Le truc a déjà servi plus d’une fois. Facile : tous les êtres vivants sont plus ou moins malades de quelque chose, à un moment ou à un autre – et moi-même je ne me sens pas très bien, comme dirait Woody Allen. À examiner de plus près notre Don du peuple américain au peuple français, on y trouvera sans doute quelque insecte ou quelque rameau jauni. Mais il en a vu d’autres et il est très capable d’en supporter beaucoup plus : un séquoia peut vivre près de cinq mille ans, c’est dire s’il est robuste. Si l’on détruisait celui du quai de la Fosse, ce ne serait pas la nature qu’il faudrait accuser.

Mais qui voudrait ruiner deux siècles d’amitié franco-américaine ? Qui voudrait faire des confettis avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ?