samedi 20 février 2010

L'affaire de l'éléphant plagié : un gros barrissement médiatique

Suite du feuilleton éléphantesque : Presse Océan relaie ce 20 février, toujours sous la plume de Guillaume Lecaplain et Stéphane Pajot, les déclarations du créateur de l'éléphant de Nice, Pierre Povigna. Son éléphant, dit-il, n'est même pas inspiré de celui de Nantes.

Quel toupet ! L'éléphant de Nantes a de grandes oreilles ? Le sien aussi ! L'éléphant de Nantes a des défenses ? Le sien aussi ! L'éléphant de Nantes a une trompe ? Le sien aussi !

Il est vrai qu'on pourrait en dire autant de beaucoup d'éléphants... Alors, ne regardons pas ce qui est commun aux pachydermes mais ce qui distingue celui de Nantes. Le conducteur suspendu dans sa cage de verre. Le dais qui couronne l'ensemble. Les portes-fenêtres latérales. Le char niçois, il faut l'avouer, était privé de tout cela.

En réalité, l'animal niçois avait été fabriqué pour le carnaval Awesso de Sousse, en Tunisie, où il devait évoquer Hannibal (ce qui, soit dit en passant, lui donne une légitimité locale que n'a pas son cousin nantais). Il est muni d'une cuirasse dont le Nantais est dépourvu. Si l'on regarde les deux éléphants de face, ils ont un net air de famille : tous deux possèdent une trompe et des défenses. Si on les regarde de derrière, ils n'ont rien en commun (voir photo).

Autre différence : alors qu'à Nantes, l'éléphant est l'attraction majeure du site des Machines, à Sousse comme à Nice, l'éléphant n'était qu'une pièce mineure du défilé. Au carnaval Awesso, il était éclipsé par un dragon mécanique de plus de 20 mètres de long.

L'événementiel, plus c'est gros, plus ça paie

Il est difficile de trouver une idée qui n'ait pas été utilisée à un degré ou un autre. Faut-il pour autant parler de "plagiat" à tout bout de champ ? Un exemple au hasard : les jardins flottants de l'Erdre installés à Nantes en juin dernier rappelaient étrangement ceux aménagés à Anvers en 2000 (http://lameformeduneville.blogspot.com/2009/06/la-machination-des-jardins-flottants.html). Pourtant, ce n'est pas leur concepteur, Pierre Orefice, qui se serait laissé aller à réutiliser l'idée de quelqu'un d'autre, n'est-ce pas ?

Finalement, dans cette maigre histoire de plagiat niçois, il faut sans doute voir la patte des professionnels de la communication événementielle que sont Pierre Orefice et François Delarozière. La fréquentation des Machines de l'île était un peu flageolante ? En criant au scandale, ils leur ont réussi un joli coup de relations publiques, relayé par la presse nationale. Et en jouant l'esprit de clocher nantais face aux vilains Niçois, ils font de l'éléphant un enjeu communautaire : qui oserait désormais le critiquer, voire lui refuser des subventions ? Chapeau les artistes !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Une autre différence entre les deux éléphants : celui de Nice a été construit par une entreprise commerciale, celui de Nantes par une association sans but lucratif. Il serait intéressant de savoir lequel a coûté le moins cher aux contribuables.