mercredi 24 décembre 2008

Pourquoi l'éléphant est fondu

Tout était parfaitement organisé : il y avait de la glace*, une tronçonneuse et des sculpteurs, et même quelques spectateurs. Sauf qu'il y avait aussi pas mal de degrés en trop : à Nantes, il arrive qu'il ne gèle pas à pierre fendre aux premiers jours de l'hiver. Nous sommes en climat océanique, quelle surprise ! Résultat : le premier des éléphanteaux de Noël aux Nefs était mort-né. L'éléphante a perdu les eaux avant terme. Cependant, tous les espoirs restent permis pour le 3e et dernier éléphanteau, il pourrait être sauvé par les masses d'air venues de Sibérie qu'annonce la météo.
* Quoique... une tonne, ça impressionne sur le papier, mais au milieu des Nefs, c'est plutôt riquiqui.

mardi 16 décembre 2008

Cette obscure clarté

« Il y aura une ambiance incroyable » annonce M. Orefice dans Presse Océan de ce matin à propos de Noël aux nefs. On y prié d’y croire puisque l’animation ne commence que le 23 décembre. Seuls les incroyants attendront d’avoir vu pour croire à cet incroyable. Un acte de foi est d’autant plus indispensable qu’on parviendra à l’incroyable avec des bouts de chandelle, littéralement. « On a prévu de baliser le parcours avec 500 boîtes de conserve contenant une bougie », dit encore M. Orefice. Cinq cents bougies pour obtenir l’incroyable, ça n’est plus des bougies, c’est des cierges miraculeux.

Hélas, le patron des Machines précise aussi : « Ce sont des lampes réalisées au Maroc. » Tiens, n’a-t-on vraiment pas pu trouver à Nantes des travailleurs assez qualifiés pour placer des bougies dans des boîtes de conserve ? Sans doute la main-d’œuvre est-elle moins chère au Maghreb, mais sur un contrat aussi colossal que 500 bougies dans 500 boîtes de conserve, n’est-ce pas une économie… de bouts de chandelle ? Qui au surplus risque d’être largement absorbée par les frais de transport ? Et puis, les bougies, c’est écolo, c’est bien, mais le kérosène consommé pour les amener en France l’est moins. Qu’y aura-t-il de plus incroyable, l’ambiance ou le gaspillage ?

De l'incroyable, on saute pourtant au réel sans transition : l’éclairage aux bougies « fait réellement penser aux abysses » assure encore M. Orefice, qu’on ne savait pas si familier des grandes profondeurs. À moins qu’il n’ait visité la remarquable exposition Abysses organisée jusqu’en mai dernier par le Muséum d’histoire naturelle de Paris, qui jouait fort bien elle aussi de l'obscurité et des lumières bleutées. Cette exposition avait été subventionnée par le groupe Total. On espère qu’il a aussi participé au financement des bougies en conserve. Peut-être en fournissant le kérosène, justement ?

lundi 8 décembre 2008

Quand il entend le mot culture, il sort son réverbère

Décidément, les communicants de la municipalité nantaise n’ont pas beaucoup de chance avec Le Monde. Fin octobre, l’air de pas y toucher, le quotidien de l’establishment avait commenté l’urbanisme de l’île de Nantes avec force moqueries distinguées. À présent, c’est M. Blaise qui a droit à un article à double lecture (Le Monde du 3 décembre), louangeur par devant, légèrement sarcastique par derrière.

Déjà, le titre « Jean Blaise, l’allumeur de la vie culturelle nantaise » suscite une douce hilarité. Par devant, l'allusion aux Allumées est transparente. Par derrière, on songe inévitablement à l’allumeur de réverbères du Petit Prince. Sans cesse, il allume et il éteint parce que c’est la culture, bonjour. La culture, bonsoir. En tout cas, il n’y a rien à comprendre, la culture, c’est la culture. (D’accord, Saint-Exupéry écrit « consigne » et non « culture », mais la transposition s’impose d’elle-même. Ou peut-être que c’est là qu’on signe, bonsoir.)

L’incipit de l’article n’est pas mal non plus dans le genre sous-entendu malicieux : « L’histoire commence comme une débâcle ». Sans nul doute, l’auteur de l’article sait pertinemment qu’une débâcle désigne le chaos d’une rivière qui se dégèle, et qu’à Nantes, quand on accole le nom Blaise au mot débâcle, c'est qu'on parle d'Estuaire 2007. Mais non, non, non, qu’allez-vous chercher là, Le Monde évoque en réalité un projet avorté en 1982 à cause de l’échec de la gauche aux municipales. Avec une petite dénonciation au passage : « Le soir des élections, raconte Jean Blaise, on est entrés en résistance ». Ainsi, le responsable culturel n’était pas un démocrate respectueux du choix du peuple et du contrat passé avec la collectivité mais un militant politique intolérant ? Officiel, c'est Le Monde qui l'a dit !

M. Blaise, explique Le Monde, trouve alors refuge à Saint-Herblain auprès de M. Ayrault. Et en 1989, quand celui-ci est élu à Nantes, « il emmène Jean Blaise dans ses bagages ». Le grand homme ravalé au rang de nécessaire de culture, voilà qui a dû faire rire jaune du côté du Lieu Unique !

Le Lieu Unique, justement : Le Monde n'allait pas louper ça. Un coup de maître, écrit-il : « À deux pas de la gare et en plein centre-ville, on y trouve un restaurant, un bar, une librairie, une crèche et même un hammam ». Un bar en centre-ville, admirable ! Assurément, si M. Blaise avait ouvert une supérette ou un sex-shop, ce n’était plus simplement un coup de maître, c'était un coup de génie !

Non, les efforts de relations publiques de la mairie de Nantes en direction du Monde ne sont pas un bon investissement...

samedi 29 novembre 2008

Immobilier : prix en baisse, Coué en hausse

Quand on se promène dans Nantes, on voit de plus en plus de pancartes "A vendre". Pourtant, il y a quelques semaines encore, promoteurs et agences juraient leurs grands dieux que non, non, il n'y avait pas de crise de l'immobilier. Ailleurs peut-être, mais pas à Nantes. Aujourd'hui, dans Presse Océan, les responsables du Cina, club des professionnels de l'immobilier de Loire-Atlantique, avouent que "la chute de l'activité s'est vraiment fait ressentir à partir de mai". On nous aurait donc menti ? Heureusement, disent les mêmes "les prix ne dégringolent pas à Nantes". Et cette fois-ci, promis-juré, ils disent la vérité ? Ils admettent tout au plus 5 à 6 % de baisse. Mais les vitrines des quelques agences qui affichent en clair les baisses de prix (par exemple Acced Saint-Donatien, 1 rue Desaix) racontent une autre histoire : quand un prix affiché est réduit, ce serait plutôt 10, 15, voire 20 %... Et lemonde.fr assurait voici quelques jours que le prix des deux pièces a baissé à Nantes de 11,7 % entre janvier et octobre 2008. Se pourrait-il que la méthode Coué demeure en usage dans ce métier ?

mardi 11 novembre 2008

Les internautes moins séduits par Nantes

Le site L’internaute Magazine, fleuron du web 2.0, propose 255 avis sur Nantes, étalés d’août 2004 à novembre 2008 (http://www.linternaute.com/ville/ville/temoignage/527/nantes.shtml). On dispose ainsi d’une « verticale » sur quatre années.

Les avis ont-ils évolué dans ce laps de temps ? Oui : ils sont devenus plus élaborés, plus raisonnés, plus critiques aussi. En 2004, ils se bornaient en général à trois ou quatre lignes presque toujours élogieuses, typiquement : « Nantes est une ville très agréable dans laquelle il fait bon vivre ». Les rares bémols portaient sur le climat et la circulation. En 2008, les avis positifs restent largement majoritaires, heureusement, mais on voit se multiplier les critiques nettes et souvent argumentées contre l’urbanisme, l'insécurité, les aménagements publics et la mentalité des Nantais – ou peut-être surtout des néo-Nantais. Les Parisiens sont les plus sévères. L’un déplore « les anachronismes qui ont sacrifié à la mode, la rénovation de l'île et ses immeubles sans âme, la circulation nord-sud et le prix de l'immobilier qui monte qui monte », un autre « les Parisiens qui déménagent et s'installent sur l'île de Nantes, "rive gauche" en essayant de reproduire cette détestable ambiance bourgeoise parisienne », un troisième « les nouveaux habitants qui pensent habiter une ville avec des prétentions culturelles ».

Les avis de 2004 étaient pour la plupart nanto-nantais. Ceux de 2008 émanent surtout de gens qui ont habité plusieurs villes et peuvent établir des comparaisons. Ceux qui sont venus s’installer à Nantes sont rarement très déçus, mais ils trouvent que Nantes n’est pas vraiment à la hauteur de sa communication municipale. « Je n'aime pas l'écart entre l'image forgée par la ville et la réalité de la vie à Nantes », écrit ainsi un ancien Lillois.

dimanche 9 novembre 2008

Pourquoi l’éléphant est foutu : (3) la mission

Le projet des Machines de l’île répondait à un objectif ambitieux. Nantes Métropole l’a exposé dans un dossier de presse du 18 juin 2004 : la communauté voulait lancer dans le cadre du projet Île de Nantes un projet touristique « qui puisse contribuer au renforcement de l’image de la métropole Nantes-Saint- Nazaire et au développement économique de l’agglomération ». Le projet retenu, ajoutait-elle, devait être « de grande qualité et capable d’attirer un public à la fois national et international ». Ces prémisses posées, la communauté sautait à une conclusion téléphonée : « De ce point de vue, Les Machines de l’île (…) répondent à cet objectif ». Répondant à l’appel, toutes les bonnes fées , y compris l’Union européenne, sont alors accourues au berceau du projet qualifié de « prioritaire et structurant au niveau régional ».

Pour signer avec les Machines de l’île, Nantes Métropole affirmait notamment que « ces grandes réalisations capitalisent le savoir-faire évènementiel de [leurs] deux concepteurs ». Dès l’origine, la communauté urbaine avait ainsi mis le doigt sans s'en apercevoir sur un facteur qui allait plomber les Machines : leurs concepteurs étaient des spécialistes de l’événementiel. Un événement, par définition, est ponctuel. Les animateurs des Machines savent fort bien monter des « coups » médiatiques, mobiliser la presse autour d’une manifestation, chauffer un public, mais tout cela doit rester exceptionnel, car la répétition engendre l’usure. La première sortie de l’éléphant, le 30 juin 2007, a été un énorme succès dont les retombées ont valu aux Machines une bonne fréquentation pendant tout l’été 2007. Puis cet effet s’est estompé, et les déclarations à forte teneur en superlatifs de M. Oréfice n’ont jamais pu relancer la machine. Les manifestations organisées au fil du temps – l’été indien, etc. – ont plus ou moins bien fonctionné mais en se répétant, elles prennent un air de réchauffé. En chargeant des saltimbanques, quel que soit leur talent, de créer une locomotive touristique destinée à défier le temps et l’espace, Nantes Métropole a commis une lourde erreur.

L’occasion gâchée est consternante quand on la regarde avec un peu de recul. Voici vingt ans, Bilbao, sixième ville espagnole, se trouvait dans une situation analogue à celle de Nantes à l’époque : la fermeture des chantiers navals plongeait la région dans la crise mais libérait de vastes terrains en pleine ville. Tandis que la nouvelle municipalité de Nantes élue en 1989 se lançait dans des réflexions qui allaient demander quinze ans (!) pour accoucher de l’éléphant, le gouvernement nationaliste basque agissait et réussissait dès 1991 à convaincre la Fondation Guggenheim d’installer son grand musée européen à Bilbao. L’effet d’entraînement a été colossal. En dix ans, la ville a été totalement redynamisée. La fréquentation touristique internationale a explosé. Le nombre de nuitées hôtelières a plus que doublé. Voit-on que les Machines aient l’amorce d’un tel effet à Nantes ? Au cours de l’été 2008, les étrangers n’ont pas représenté plus de 7 % de leurs visiteurs…

Le Guggenheim, l’éléphant : un cheval, une alouette ! Il est évident que le prestige international de Nantes exige davantage qu’une attraction pour chef-lieu de canton. Tôt ou tard, il faudra reconsidérer entièrement la vocation du site des Chantiers et lui trouver une vraie ambition.

samedi 8 novembre 2008

Pourquoi l’éléphant est foutu : (2) le business

Tout au long de leur premier semestre d’activité, de juin à décembre 2007, les Machines de l’île ont multiplié les communiqués de victoire. Et puis soudain, plus rien. En particulier, aucun bilan officiel au 30 juin 2008, un an après l’ouverture.

La raison en est simple : les ventes de billets sont en baisse. Même les cocoricos l'avouent entre les lignes : à la mi août 2007, selon Pierre Oréfice, le nombre de visiteurs dépassait de 100 % les prévisions. Fin 2007, selon Jean-François Retière, élu de Nantes Métropole chargé du tourisme (Presse Océan du 17 janvier 2008), le dépassement n’était plus que de 60 %. La tendance baissière s’est poursuivie, et l’été 2008 a été franchement mauvais : alors que la fréquentation touristique à Nantes a progressé de 14 % et que le nombre de places de l’éléphant a été discrètement poussé de 45 à 49, les ventes de billets ont chuté de 35 % d'un an sur l'autre !

À première vue, la baisse de forme des Machines est davantage imputable à la galerie qu’à l’éléphant : elle ne représente plus que 75 % de la fréquentation au lieu de 84 % à l’été 2007. Mais l’éléphant est un casse-tête économique : il manque beaucoup de ventes en période de pointe – car il est complet – et fonctionne souvent presque à vide en basse saison. Le problème est aggravé par la lenteur de la bête. Elle devait à l’origine effectuer le voyage aller-retour des Nefs à la grue jaune en 20 minutes. Les responsables ont attendu le jour de l’inauguration pour avouer que le parcours demanderait en réalité plus d'une heure. La cata ! Le trajet a donc été tronçonné en deux – mais au lieu de douze promenades par journée de six heures, l’éléphant n’en fait que huit. Si techniquement il avait tenu ses promesses, il réaliserait 50 % de recettes en plus ! Le potentiel perdu (à raison de quatre promenades x 49 passagers x 6 euros par billet) est de 1 176 euros par jour – tandis que les coûts sont alourdis par la location d'une passerelle d'aviation et par l'intervention d'un opérateur à chaque changement de passagers côté grue. Dans ces conditions, n’importe quel étudiant de première année d’école de commerce aurait conclu que le business plan de l’animal ne tenait pas la route.

Les responsables des Machines de l’île continuent pourtant à manifester en toute circonstance un optimisme qui laisse pantois. Pierre Oréfice déclarait cet été (Presse Océan du 13 août 2008) : « Nous remplissons quotidiennement plus de 100 % de nos capacités ». Plus de 100 % ? C’est ce qu’on appelle avoir les yeux plus gros que le ventre ! Et c’est surtout un gros mensonge, puisque le patron des Machines savait à cette date que la fréquentation reculait dramatiquement.

Nantes Métropole avait prévu de verser pour les premières années de fonctionnement des Machines une subvention d’exploitation de 800 000 euros, dont 500 000 euros en 2007. Ensuite, l’éléphant devait en principe acquérir son autonomie. Et pour longtemps : à son lancement, il était annoncé qu’il serait en fonction au moins jusqu’en 2020. Sauf généreuse intervention du contribuable, on peut désormais en douter.

vendredi 7 novembre 2008

Pourquoi l’éléphant est foutu : (1) la bête

« Il est mort, mais il ne le sait pas encore et personne n’ose le lui dire », chuchotait-on dans le dos de Clémenceau vers la fin de sa vie. Le Grand éléphant de l’île de Nantes est un peu dans le même état. En trois volets, voici pourquoi. Commençons par l’animal lui-même.

Esthétiquement, l’éléphant est plutôt un succès. Sa peau de tulipier, ses petits yeux mobiles, sa trompe souple, ses barrissements furieux sont évocateurs. Même les doubles portes-fenêtres de ses flancs, qui auraient pu être ridicules, sont traitées avec une certaine élégance. Quand on voit l’éléphant pour la première fois, donc, on est saisi par la majesté de la machine. Mais la psychologie cognitive conserve ses droits : quand on voit l’éléphant pour la dixième, la vingtième ou la centième fois, on le voit de plus en plus dans sa totalité, et l’on embrasse dans le même regard tout son environnement. Que voit-on alors ? La raideur mécanique du mouvement des pattes. Le gros moteur diesel bruyant et polluant qui propulse l’engin. Le malheureux conducteur prisonnier d'une cage de verre suspendue sous la trompe. La passerelle d’aviation qui permet de changer de passagers en bout de piste. Le conteneur rouillé qui sert de salle d’attente. Autant de détails moches qui gâtent l’ensemble. Bref, plus on voit l’éléphant, moins il séduit.

Peut-on remédier à ces défauts ? En partie, certainement. L’ajout de nouveaux détails pourrait même donner une nouvelle jeunesse à l’éléphant : on le verrait d’un œil renouvelé. La passerelle, en particulier, avait été présentée en juin 2007 comme un dispositif provisoire ; on s’étonne qu’elle n’ait pas encore été remplacée par quelque chose de plus en phase avec le décor. L’éléphant lui-même pose en revanche un problème plus ardu. On imagine bien que son moteur pourrait être dissimulé sous un capot quelconque, déguisé en char de parade ou en éléphanteau qui suit sa mère. Hélas, ses concepteurs ont toujours tenu à présenter leur machine-éléphant comme une œuvre d’art (la question des royalties n’y est peut-être pas étrangère). Or une œuvre d’art est intangible. Puisqu’on ne peut transformer l’éléphant sans l’adultérer, il est condamné à devenir de moins en moins beau aux yeux de ceux qui le voient souvent (et qui sont aussi ceux qui l’ont financé), les Nantais. Ils y seront de plus en plus indifférents.

Et pourtant, ce premier volet n’est rien à côté des deux autres, auxquels on reviendra plus tard…

mercredi 5 novembre 2008

Quand "Le Monde" raille Nantes

Afin de scruter « la vie nouvelle de l’île de Nantes » Le Monde a dépêché sur place un « envoyé spécial », comme pour une élection présidentielle américaine ou un sommet du G7. Las, entre les lignes, le grand spécialiste de l’architecture qu’est Frédéric Edelmann multiplie les moqueries (n° du 24 octobre). L'Ile de Nantes, écrit-il impitoyablement, « est devenue l'un des projets urbains les plus célèbres d'Europe avec ceux de l'Emscher Park, dans la Ruhr (Allemagne), et ceux de Barcelone et de Bilbao (Espagne) ». Cruel rappel, puisque ces projets (du moins ceux de la Ruhr et de Bilbao), engagés eux aussi à la fin des années 1980, ont atteint leur maturité depuis déjà une dizaine d’années. L’île de Nantes, elle, reste un chantier incertain – un « urbanisme à mèche lente », ricane l’envoyé spécial.

Le palais de justice de Jean Nouvel est décrit comme « un édifice noir, équilibré, dessiné avec un rare souci de représentation ». Éloge bien minimaliste pour un bâtiment naguère couvert de lauriers par les pontifes de l’architecture contemporaine. Mais éloge appréciable quand même au regard du traitement réservé aux immeubles de logements, dont la qualité « n’est pas toujours proportionnelle à la renommée des auteurs » et qui voisinent avec « quelques mauvais souvenirs du temps des grands ensembles ». Au Hangar à bananes, « un rien d’Afrique et des Antilles est de retour » ; ce rien n’est vraiment pas grand chose mais contraste déjà avantageusement avec l’oubli total des anneaux de Buren, peut-être par charité. Le summum de la vacherie est pourtant réservé à l’école d’architecture : « Le choix d'en faire une sorte d'usine à cervelles a fait germer un édifice difficile à lire au premier coup d'œil ».

Jean-Marc Ayrault va devoir sérieusement redresser le tir s’il veut présenter d’ici la fin de son quatrième mandat un Grand Œuvre susceptible de trouver grâce aux yeux du journal officiel de l’establishment français.

mercredi 29 octobre 2008

Les bargeaults de l’île de Nantes

Le cheminement le long de la Loire au droit des défunts chantiers est l’une des rares réussites de l’île de Nantes. La passerelle métallique sous le pont Anne de Bretagne permet un contact presque charnel avec le fleuve. Les marées et les crues s’y ressentent, au point d’interdire parfois le passage. Les submersions s’y lisent aux laisses déposées ça et là. Et la marche au ras des flots jusqu’à l’ancienne cale des chantiers, face au quai de la Fosse, invite le promeneur à imaginer la vie qui a pu animer la Loire jadis. Il serait dommage que cette allée soit coupée de l’eau par l’installation à demeure de la barge flottante projetée par l’architecte Olivier Flahault. Pourtant, c’est bien vers quoi l’on se dirige : en approuvant le projet, le maire de Nantes a affirmé – sans autre justification – que c’était « le meilleur emplacement possible ». Ayrault, Flahault, même combault !

L’intérêt soudain du maire de Nantes pour ce nouveau projet privé laisse rêveur. L’aménagement de l’île de Nantes a en principe été mûrement réfléchi depuis vingt ans, et voilà qu’une fois de plus on va voir un lapin imprévu sortir du chapeau, après le Hangar à bananes, en attendant le nouveau CHU…

Les opposants ne désarment pas. « Nous n’en voulons pas ici, sur un espace symbolique, lieu de mémoire de l’histoire ouvrière et industrielle de Nantes », proclament-ils. On se réjouit de voir des gens clairement venus de la gauche s’éprendre d’histoire et de mémoire, d’ex tenants du matérialisme se passionner pour un symbole. Demain, sans doute, ils verront dans la barge Flahault une insulte aux prisonniers vendéens noyés par le républicain Carrier dans ces parages… On s’étonne en revanche qu’ils aient attendu ce projet, qui conserve quand même un rapport avec la construction navale, pour s’indigner. Le Grand Éléphant, instrument de loisirs futiles, caprice gratuit d’une municipalité qui voulait une danseuse, n’occupe-t-il pas avec au moins autant d’impudence le même espace symbolique, lieu de mémoire ouvrière… ?

samedi 25 octobre 2008

La culture, c'est comme la déconfiture

"Sur le plan de la culture, Nantes avance à toute allure. Illustration avec la deuxième édition du festival L'Eté indien aux Nefs et son bestiaire monumental", écrit imprudemment Télérama du 24 octobre. Télérama, à qui rien de ce qui est bobo n'est étranger, a sûrement voulu bien faire en servant la soupe à la municipalité nantaise. L'erreur est d'avoir illustré son article par une photo du Grand éléphant. Comme on sait, la vitesse de pointe de l'animal ne dépasse pas 2 km/h, sa vitesse de croisière étant plutôt de l'ordre de 1 km/h. Et voilà comment "sur le plan de la culture, Nantes avance à toute allure"...

vendredi 24 octobre 2008

Le patrimoine recyclé sur le tard

Nantes a donc désormais une direction du patrimoine et de l'archéologie dirigée par une vraie pro (même si passer de la conservation du château des Ducs à la direction d'un service administratif de huit personnes ne ressemble pas exactement à une promotion). Il fallait bien ça pour seconder l'adjoint au patrimoine, infirmier de formation, que seule son ardeur socialiste désignait pour s'occuper de vieilleries.

La nouvelle direction doit sa création à la triste affaire de l'îlot Lambert. Juste avant la construction du Carré Bouffay de Kaufman & Broad, on avait découvert sur ce terrain une rue médiévale et un puits du 15e siècle. Il était trop tard pour bloquer la construction... et cela aurait été un peu fort de café puisque le terrain était resté en friche pendant des années sans que les services officiels d'archéologie songent à y faire la moindre recherche.

Mais la découverte essentielle était dans les têtes plus que dans le sous-sol : soudain, après dix-neuf ans de mandat, la municipalité de Jean-Marc Ayrault s'apercevait que Nantes possédait un patrimoine archéologique...

Yannick Guin, adjoint à la culture depuis les débuts de l'ère Ayrault (et aujourd'hui remplacé) avait alors fait un commentaire qui vaut d'être rappelé : « La responsabilité de l’archéologie est dispersée entre de trop nombreuses administrations, si bien que personne ne prend les devants ». Bel hommage à l'efficacité du service public !

Et voilà pourquoi, face à des administrations trop nombreuses, on a créé une administration de plus...

mardi 21 octobre 2008

Tous ces projets se feront

Dans Presse-Océan d'hier, Jean-Marc Ayrault cherchait à rassurer sur l'avenir de ses grands projets. Les nouveaux ponts sur la Loire, le nouveau Saupin, le transfert du CHU, "tous ces projets se feront", assure-t-il. Il riposte manifestement à un article paru la semaine dernière qui mettait en doute l'avenir du Mémorial de l'esclavage. Pour bien apprécier la détermination et l'efficacité du maire de Nantes (ou, en l'occurrence, du président de Nantes Métropole), il est bon de rappeler la chronologie du Mémorial à ce jour :

1998 : Le conseil municipal de Nantes décide d'ériger un monument à l'abolition de l'esclavage
2000 : Un comité de pilotage rédige un cahier des charges et présélectionne des artistes
2003 : Le projet de Krzysztof Wodiczko est retenu par le conseil municipal
2004 : Wodiczko vient à Nantes régler les détails du projet qui doit être achevé fin 2006
2005 : Nantes Métropole adopte le programme de réalisation
2006 : Lancement d'appels d'offres (BOAMP du 8 juillet)
2007 : Rien n'est encore fait, mais Nantes Métropole vote une augmentation du budget (conseil du 9 mars)
2008 : Rien n'est encore fait, mais Nantes Métrople demande une réduction du budget

Pour apprécier à quel point les promesses du président de Nantes Métropole sont crédibles, on peut se reporter à la présentation du Mémorial affichée sur le site web de la communauté urbaine (http://www.nantesmetropole.fr/28836968/0/fiche___pagelibre/), qui assure : "Les aménagements du site débuteront au premier trimestre 2008. Le Mémorial ouvrira ses portes au public à l'automne 2009."
C'était du moins ce qu'on pouvait y lire ce 21 octobre ; si la Métropole a un webmestre digne de ce nom, ce texte devenu grotesque devrait être bientôt modifié !

lundi 20 octobre 2008

Les Déconantes : la méforme d'une ville

Julien Gracq n'est plus là pour revenir commenter ce que devient Nantes au XXIe siècle, ainsi qu'il l'avait fait en 1985 avec La forme d'une ville. On va essayer de faire sans. Nantes est une ville qui bouge. Il s'y fait des choses. Mais la litanie de ce qui y est fait de travers, ou pas fait du tout, depuis une vingtaine d'années, a de quoi mettre en rogne. Que d'occasions manquées ! Que de possibilités gâchées ! Que d'argent public gaspillé ! Que de bonnes volontés fourvoyées !