mardi 23 août 2016

VAN 2016 : (3) Pour voyager à l’ombre

Les trois jours de canicule qui nous attendent sont-ils l’occasion de visiter les œuvres du Voyage à Nantes exposées en intérieur, pour ceux qui les auraient snobées jusqu’ici ? Le tout est de savoir ce que vous pouvez supporter !

Au théâtre Graslin, La Syzygie. Appelez ça de l’art si vous voulez, moi j’appelle ça du foutage de gueule. C’est une œuvre sonore : différentes voix choisies par James Webb commentent le bâtiment. Il faudrait des heures pour en faire le tour et dénicher les passages qui pourraient vous intéresser. Si vous n’avez qu’un temps limité à lui consacrer, c’est une loterie, et je vous assure, il y a du très casse-pied là-dedans. En contrepartie, la clim’ du théâtre vous met à l’abri des grosses chaleurs, la pénombre est propice à une petite sieste sur les sièges de velours, la rareté des visiteurs vous assure une certaine tranquillité et les toilettes sont accessibles.

Au manoir Dobrée, L’Inconnu me dévore. Je n’aime pas dire du mal des gens, mais effectivement il est gentil, Julien Amouroux, alias Le Gentil Garçon. Du musée désaffecté, il a fait un vaste cabinet de curiosités. On y trouve des phasmes vivants, un zèbre empaillé, un cœlacanthe en plastique couleur chocolat, quelques œuvres empruntées au musée des Beaux-arts voisinant avec quelques œuvre non empruntées (seul un crochet d’accrochage les signale, ah ! ah ! ah ! on a de l’humour au VAN), des bras porteurs de torches (électriques) qui dépassent du mur, une défense de narval transformée en nez de Pinocchio… L’ensemble est sympa et ne fait pas mal à la tête. Et puis c’est l’occasion de revoir les charpentes du manoir, car on peut monter en haut de la tour.

À la HAB Galerie, La mer allée avec le soleil. C’est peut-être l’œuvre la plus ambitieuse de cette édition du Voyage à Nantes. Sur quatre immenses murs d’images, Ange Leccia (l’auteur de la projection du visage de Laetitia Casta sur le canal Saint-Félix), expose sa vision de la mer, du ciel et des jeunes filles. Tantôt sombre, tantôt lumineux, le spectacle est puissant et prenant. Hélas, la HAB Galerie surchauffée par le soleil, et imprégnée d’une odeur tenace de poulet rôti venue sans doute de la Cantine du voyage voisine, s’avère un lieu bien inconfortable.

dimanche 14 août 2016

La Cantine du Voyage à l’unisson du VAN : tout le monde descend

En 2013, La Cantine du Voyage fut un désastre. On changea la déco. En 2014, ce fut un désastre. On changea le menu. En 2015, ce fut un désastre. On ajouta un potager. Et en 2016, c’est encore un désastre. Les avis publiés sur TripAdvisor depuis début mai – plus de 70, excusez du peu – sont tout aussi éloquents que par le passé : hormis quelques jobards toujours contents (ou peut-être des comparses), les commentateurs, dans leur majorité, adorent le cadre, déplorent le service et fustigent l’assiette. Résultat : malgré la Loire, malgré le grand air, malgré les transats, malgré le design, malgré le label du Voyage à Nantes, La Cantine du Voyage est classée à ce jour n° 845 sur 1 054 restaurants à Nantes !

Elle arrive loin derrière de nombreux fast-foods, une foule de pizzerias, plusieurs libre-service comme la cafeteria d’IKEA et même quelques établissements disparus (Gusto, Le Bistroquet…). Or  avec deux cents commentaires tout rond, elle est l’un des restaurants nantais les plus abondamment commentés par rapport à son ancienneté, quatre ans soit au total une quinzaine de mois d’activité seulement.

Chaque année, on prend les mêmes et on recommence, avec les mêmes résultats. Le gag est à ce point répétitif qu’on se demande si ça n’est pas un système. Se taper le poulet de la Cantine serait-il une sorte de rite de passage pour le bobo néo-nantais ? Une petite brimade pas trop douloureuse qu’il faut supporter vaillamment pour que l’assistance entonne : « Il est des nôôôtres ! » ? On songe au Tord-Boyaux de Pierre Perret, un « boui-boui bien crado » mais aussi bien bobo (en 1963, déjà…) :

Cet endroit est tellement sympathique
Qu'y a déjà l'tout Paris qui rapplique
Un p'tit peu déçu d'pas être invité
Ni filmé par les actualités.

Cette place to be est une émanation du Voyage à Nantes, qui l’a créée, financée, avalisée. Comme chaque année, elle fait partie de son programme estival officiel ; elle en forme cette année les étapes n°27, 28 et 29. Le VAN prétend faire dans la « promotion culinaire ». C’est très légitime de la part d’un office de tourisme, mais encore faudrait-il le faire bien. Si le poulet-pommes de terre ‑ et encore, pas toujours bien cuit ‑ est le summum de la cuisine nantaise, Nantes n’est sûrement pas une destination pour les gourmets.

Comme le note un commentateur de TripAdvisor, plutôt bienveillant d’ailleurs : « Il faudrait réellement que le Voyage à Nantes réagissent au plus vite avant qu'il soit trop tard car le concept est très bien si il est bien exploité et avant que la réputation du Voyage à Nantes se dégrade a cause de cette " cantine ". » Mais Le Voyage à Nantes aurait eu tout le temps de réagir depuis 2013. S’il ne l’a pas fait, c’est que la formule lui convient*. Et dans le fond, on voit bien pourquoi. La Cantine du Voyage est à l’unisson du reste. Comme l’ensemble de l’opération estivale, elle se situe sur une ligne racoleuse, tape à l’œil, bas de gamme, de nature à attirer un public peu exigeant qu’elle ne cherche pas à éduquer davantage. Ce n’est pas plus de la cuisine que le VAN n’est de l’art – mais pas moins non plus. On y va en tongs.

Et la formule n’est pas encore épuisée. Après la création d’un potager bio (quoique exposé aux particules fines du boulevard de la Prairie au duc) en 2016, parions sur l’installation d’un poulailler en 2017. Le client pourra y choisir son poulet en direct, peut-être même l’égorger lui-même. Quant à savoir lequel des deux sera le plus plumé…
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* Et à Jean-Marc Ayrault aussi, revenu tout sourire manger avec les copains et les copines voici quelques jours.

vendredi 5 août 2016

Qui croit vraiment à l’Arbre aux hérons ?

Je fais semblant comme ça, mais au fond, l’Arbre aux hérons dans la carrière de Miséry, je n’y crois pas beaucoup. Voici pourquoi.

  1. Quand on veut mettre en valeur la taille d’une construction, on ne commence pas par  la placer dans un trou. De Stonehenge à l’opéra de Sydney en passant par les pyramides d’Égypte, le Parthénon ou la tour Eiffel, on a toujours choisi des sites dégagés. L’affiche « officielle » de l’Arbre aux hérons conçue par Stephan Muntaner et diffusée par Les Machines de l’île représente un arbre qui flotte dans les airs sous le titre « Une cité dans le ciel » : tout le contraire d’une installation engoncée dans une ancienne carrière.
  2. Le terrain de l’ancienne brasserie mérite sûrement d’être aménagé et cette proposition n’est pas la première (ainsi, Yves Lainé suggérait d’y créer une estufa fria comme à Lisbonne). Mais sa transformation en site touristique majeur imposerait de reconfigurer les voies de circulation depuis les Salorges jusqu'à la gare de Chantenay, de créer un parking de plusieurs centaines de places et de revoir les transports en commun (presque 800 m depuis la station de tram Gare maritime, c’est trop pour beaucoup de piétons, surtout quand ils n’ont pas l’objectif en ligne de mire tout au long du chemin). Ce serait pas mal de millions d’euros à ajouter aux 35 millions de la construction de l’Arbre elle-même.
  3. L’Arbre aux hérons serait bien plus vulnérable aux intempéries que Les Machines de l’île : qui voudrait parcourir ses branches sous une pluie battante ou chevaucher un héron mécanique par grand vent à 45 m de hauteur ? Largement ouverte aux vents dominants de sud-ouest, la carrière ne le protégerait pas. Il est probable en outre qu’elle est le cadre de mouvements aérauliques locaux. Heureusement, la maquette au 1/10e  construite par Les Machines de l’île et la soufflerie climatique Jules Verne du CSTB permettent de les étudier. Ça n’a pas été fait avant la décision de Johanna Rolland ? Hoho, ça ne donne pas l’impression d’un projet bien bordé.
  4. Éloigné des Machines de l’île, l’Arbre aux hérons formerait un établissement distinct, avec peu de synergies et un risque de cannibalisation commerciale. Une partie des visiteurs seraient probablement « volés » à l’établissement principal, aggravant son déficit. Si l’Arbre attirait comme espéré 400.000 visiteurs par an (soit un tiers de moins que Les Machines de l’île, alors qu’il coûterait au minimum 75 % plus cher) et qu’on calculait son amortissement sur dix ans, comme c’est la norme, il coûterait 8,75 euros par visiteur aux contribuables nantais et autres financeurs, sans même tenir compte des frais d’aménagement du site et d’un éventuel déficit d’exploitation.
Donc, pour résumer, non, je ne crois pas que la construction de l’Arbre aux hérons soit une idée sérieuse. Mais pourquoi Johanna Rolland l’aurait-elle avancée, alors ? Là, j’ai deux hypothèses. Non exclusives l’une de l’autre.

D’abord, Madame le maire de Nantes a besoin de détourner l’attention. Le numéro de juin du bulletin municipal Nantes Passion s’ouvrait sur un éditorial signé par elle et intitulé « Le tourisme, atout majeur du territoire nantais ». L’annulation de certaine université d’été l’a mise en sérieux porte-à-faux. Comment éviter que les professionnels du tourisme ne comprennent : « le socialisme, handicap majeur du tourisme nantais » ? En faisant miroiter des lendemains qui chantent grâce à un nouvel équipement censé attirer les foules.

Ensuite, Madame le maire de Nantes a besoin de préparer le terrain. L’an prochain, elle va devoir annoncer des restrictions budgétaires à des tas de gens, ainsi que le proclamait Presse Océan samedi dernier sur toute la largeur de sa Une : « Nantes Métropole va se serrer la ceinture ». Pour atténuer les amertumes, elle devra montrer qu’elle s’impose elle aussi des sacrifices. Annoncer un grand projet pour pouvoir annoncer son abandon, croyez-vous que ce soit au-dessus de l’imagination des communicants nantais ?

mardi 2 août 2016

Stendhal, non, l’eau ferrugineuse, oui

Pour animer ses pages estivales, Presse Océan a lancé une série d’articles sur le thème « Un hôtel, une histoire ».  Le numéro 3, hier, était consacré au séjour de Stendhal à l’Hôtel de France, situé place Graslin. L’écrivain le relate dans ses Mémoires d’un touriste.

« C’est la première fois que le mot ‘touriste’ apparaît dans la littérature », déclare Jean-Yves Paumier, cité par Julie Fortun. Ce n’est pas tout à fait exact, n’en déplaise au chancelier de l’Académie de Bretagne : le mot était présent dans les récits de voyage bien avant la parution des Mémoires d’un touriste en 1838. Et, sans remonter jusqu’au voyage en Bretagne de Dubuisson-Aubenay deux siècles plus tôt, l’existence même de ces récits montre que Stendhal n’a pas été « véritablement l’un des premiers touristes ».

En 1834, François-Jérôme-Léonard de Mortemart-Boisse avait publié Le Touriste, histoire, voyages et scènes intimes, avec une préface d’Eugène Sue. Mais déjà en 1824, dans Le Lycée armoricain, une note à propos d’un voyage en Suisse expliquait ironiquement : « les Anglais appellent Touristes les voyageurs semi-badauds qui, comme nous, se rendent d’un lieu à un autre pour n’y ouvrir à peu près que les yeux du corps. On peut les comparer aux personnes qui se bornent à feuilleter un livre et ne s’arrêtent qu’aux anecdotes, sans s’attacher au système qui les lie. Le Touriste a cependant le soin d’annoncer au public quels sont les lieux où il a bien dîné ou mieux soupé. » Et la revue bretonne de citer, en témoignage de ces anecdotes, « l’eau d’une fontaine ferrugineuse » consommée à La-Plaine-sur-Mer. Enfoncé Henri Beyle !

lundi 1 août 2016

Arbre aux hérons : La meilleure idée du monde ne peut donner que ce qu’elle a

« C’est la meilleure idée du monde », jurent François Delarozière et Pierre Orefice à propos de l’installation de leur Arbre aux hérons dans la carrière de Miséry. Cette assertion ridicule vous amuse ? Riez, riez toujours ! Vous aussi, vous seriez prêt aux flagorneries les plus éhontées si Johanna Rolland acceptait de claquer 35 millions d’euros pour votre idée chérie. Moi oui, en tout cas.

Mais pour dire qu’une idée est la meilleure, il faudrait d’abord la comparer à d’autres. Johanna Rolland prétend organiser de grands débats et recueillir des avis citoyens. Avec l’Arbre aux hérons, elle n’a rien demandé à personne. Sans lancer ni appel d’offres ni concours d’idées, elle a soudain décidé seule de ce qu’il fallait faire sur un terrain laissé en friche depuis des décennies.

L’étonnant n’est pas ce cocktail de procrastination et de précipitation : Jean-Marc Ayrault procédait de même. L’étonnant est la vacuité de la décision : sur un site à l’abandon, on colle un projet dont on ne sait que faire. C’est la version municipale de l’aveugle et du paralytique. Non seulement la « meilleure idée du monde » n’a pas été comparée à d’autres, mais elle n’est qu’étroitement locale… et ce n’est même pas vraiment une idée !

Du bout de l'île de Nantes, on aperçoit la carrière de Miséry.
MM. Orefice et Delarozière l'ignoraient apparemment.
Cette vacuité est proclamée par Pierre Orefice lui-même. « C’est le plus bel endroit du monde pour faire l’Arbre aux hérons », assure-t-il dans un entretien avec Les Inrocks (la meilleure idée du monde pour le plus bel endroit du monde : le patron des Machines de l’île manque à la fois de modestie et de vocabulaire). « On aurait été incapables de le trouver parce que l’on restait bloqués sur l’île de Nantes. Le jour où Karine Daniel (députée de Nantes) et Johanna Rolland (maire de Nantes) nous ont parlé de ce lieu, on a été le voir. On est tombés raides avec François Delarozière, on a trouvé ce lieu extraordinaire. » On se croyait créateur de calibre mondial et l'on était bloqué sur une douzaine d’hectares...

Avoir découvert le plus bel endroit du monde n’a d'ailleurs pas ôté aux créateurs des Machines une certaine étroitesse de vue. Ils situent la carrière de Miséry « à 400 mètres à vol de héron du Carrousel des mondes marins ». Raté : de la carrière au manège, il y a environ 900 mètres. À 400 mètres, on est au milieu de la Loire. Si leur héron tente le vol, il va faire plouf !

mardi 19 juillet 2016

Les Machines de l’île ont très chaud

N’est-il pas un peu étonnant que Les Machines de l’île n’aient pas davantage claironné leur score de fréquentation de l’an dernier ? Avec 613.496 billets vendus, elles ont franchi en 2015 la barre des 600.000 espérée depuis longtemps. (Au fait, pourquoi parlent-elles à présent de « billets vendus » et non de « visiteurs » comme par le passé ? Serait-ce parce que les tours doubles du Carrousel vendus certains jours sont comptés pour deux billets, mais qu’il serait difficile de les compter pour deux visiteurs ?)

Même en retard sur les promesses, ce score de 613.496 billets vendus est un bon score. Enfin, plus ou moins. Comme on l’a déjà indiqué, il faudrait vendre au moins 630.000 billets pour retrouver le rythme de fréquentation du deuxième semestre 2012, après l’ouverture du Carrousel. Et puis, la progression des ventes d’une année sur l’autre n’a été en fait que de 3,8 %. C’est à peu près le rythme annoncé par Le Voyage à Nantes pour la saison estivale 2015, même si comme d’habitude les chiffres du VAN sont d’une fiabilité douteuse. Partout dans la région, les sites touristiques ont annoncé des progressions bien supérieures (+ 12 % au Puy-du-Fou). Donc, non, en fait, la saison 2015 n’a pas été si glorieuse pour Les Machines de l’île.

On s'en rend mieux compte au vu du cocorico publié début mai 2016 : depuis le début de l'année, Les Machines de l’île avaient accueilli 36.784 visiteurs de plus que l’an dernier à la même période soit + 24,63 % (Presse Océan du 13 mai 2016). Le progrès est incontestable : l’arrivée d’une araignée dans la Galerie, bien mise en valeur par la presse, a fait revenir des visiteurs locaux. Et l’animation de la Galerie, qui s’était dégradée, a été redynamisée. Mais ce mieux est relatif : il révèle surtout que Les Machines ne se portaient pas très bien début 2015. Ce qui confirme l’analyse faite ici l’an dernier : l’absence de célébration autour du 3 millionième visiteur signifiait que cet obscur objet statistique est passé à la caisse plus tard qu’espéré. 

Si l’amélioration du début d’année (+ 24,63 %) se confirme tout au long de 2016, Les Machines devraient vendre 764.600 billets cette année. Là, pour le coup, ce serait un beau succès : je m’engage à manger mon chapeau s’il se concrétise. Et je devrais assez vite savoir si je dois préparer le sel et le poivre en fonction de la date de célébration du 4 millionième visiteur. A fin 2015, le nombre total de visiteurs des Machines, à en croire les chiffres officiellement publiés (sous toutes réserves, donc), s’élevait à 3.520.619. Si l’on y ajoute les 186.130 du début de l’année, le total général atteignait 3.706.749. Il manquait donc 293.251 billets, soit 38,4 % de 764.000, pour arriver à 4 millions.

Relégué en panne sous les Nefs depuis la semaine dernière
le Grand éléphant assiste ce soir à un dîner de gala.
La fréquentation des Machines au mois le mois est difficile à connaître, mais du temps où elle était publiée, les quatre premiers mois de l’année représentaient entre 20 et 23,5 % de la fréquentation annuelle. Or les 186.130 billets vendus avant l’annonce du 13 mai sont cohérents avec cette proportion : ils représentent 24,34 % de 764.600. Poursuivons donc l’extrapolation. Les sept premiers mois de l’année représentaient 50 à 55 % de l’année environ. Et les huit premiers mois 73 à 75 % environ. C’est-à-dire que le 4 millionnième visiteur devrait se présenter aux alentours du 15 août, un moment idéal pour faire du buzz à l’intention des Nantais déjà rentrés de vacances. Au-delà du 20 août, les 764.600 billets vendus seraient sans doute à oublier. Et au-delà du 15 septembre, la réédition du score de 2016 deviendrait elle-même improbable.

Pas un chat à la billetterie du Carrousel sur le petit coup de
17h00. Les longues queues de naguère ne sont qu'un souvenir.
Or la situation, ces temps-ci, n’incite pas franchement à l’optimisme. Le Grand éléphant, qui avait pourtant subi sa révision annuelle début juin, est en panne depuis plusieurs jours, soit un déficit de plus de 500 billets par jour. Et l’on ignore à cette heure quand il pourra redémarrer. Quant au Carrousel, c’est une constante : il fonctionne mieux par temps gris en saison et par beau temps hors saison. La canicule a fait dégringoler sa fréquentation, qui ne devait déjà pas être trop fringante, puisqu’il doit vendre deux tours pour le prix d’un tous les jours de 10h00 à 14h00.

Ce n’est pas de chance. Mais la chance compte aussi dans l’exploitation d’un équipement touristique. Et l’Arbre aux hérons, au fait, il sera à l’abri des pannes mécaniques et des caprices de la météo, lui ?

L'esplanade des Chantiers vers 17h00. Moins de monde qu'un jour d'hiver.

samedi 16 juillet 2016

Miséry : un Malakoff bis pour l’Arbre aux Hérons

« Miséry sera l'élément phare de la nouvelle centralité métropolitaine » et doit « apporter une visibilité mondiale pour Nantes », déclarait Johanna Rolland dans Presse Océan du 12 juillet. L’avantage d’être dircom à Nantes Métropole, c’est qu’on peut se recopier à intervalle raisonnable. Douze ans plus tôt, Jean-Marc Ayrault assurait que l’île de Nantes allait « doter Nantes d’un centre urbain à dimension internationale ».

Une nouvelle fois, Johanna Rolland tue le père : si Nantes a aujourd’hui besoin d'une « nouvelle centralité » à « visibilité mondiale », c’est que son prédécesseur n’a pas réussi hier à lui donner ce « centre urbain à dimension internationale ». Et elle compte apparemment faire mieux en refaisant la même erreur que lui, avec les mêmes protagonistes : remplacez l’éléphant par un arbre géant, et ce coup-ci ça va marcher.

Il est vrai que Miséry a tout pour plaire. Voilà un quartier en bord de Loire et proche du centre, occupé seulement par de petites entreprises et un habitat dégradé. Là encore, ce portrait rappelle quelque chose : c’est exactement le Malakoff d’autrefois. Le plan serait-il de faire du Miséry de demain le Malakoff d'aujourd'hui ? Miséry-Malakoff, les deux feraient ainsi la paire de part et d’autre du centre-ville, comme les deux pendants d’oreille de Nantes. 


Étrangement, « l’élément phare » (j’ai failli écrire « l’éléphant marre », sûrement influencé par le parallélisme Miséry/île de Nantes) de la « nouvelle centralité métropolitaine » était jusqu’ici une terra incognita, bien que la ville de Nantes l’eût acquis en 2004 (l’année même où Jean-Marc Ayrault annonçait la création de son « centre urbain à dimension internationale », tiens). Voici quelques jours encore, on n’en trouvait qu’une seule et unique mention sur le site web de Nantes Métropole. Elle datait d’avril 2010. Et encore, c’était juste en passant, à propos du square Marcel Schwob.

Ce site oublié depuis douze ans se trouve soudain paré de toutes les qualités. Mais Nantes Métropole, comme souvent, étale les compliments à la louche. Sous sa plume, Miséry devient « un amphithéâtre naturel unique ». Eh ! non, cet amphithéâtre n’a rien de naturel, ni d'unique d'ailleurs : il a été creusé par des générations de Nantais, Miséry a été une carrière pendant plus de trois siècles. Elle est « protégée des vents d’Ouest », ajoute le service de com’. Ce n’est pas faux. Mais il convient d'ajouter qu'elle est ouverte aux vents de Sud-ouest, pas moins fréquents et encore plus violents que les vents d’Ouest. Il va falloir retravailler le dossier.


jeudi 14 juillet 2016

Jean-Marc Ayrault encerclé par les fantômes

La honte ! Interrogé tout à l’heure par France2, Jean-Marc Ayrault a doctement évoqué « le drame d’Alep qui est aujourd’hui encerclé et assiégé par les troupes de Saddam Hussein ». Saddam Hussein a été pendu à Bagdad il y a près de dix ans. Lapsus ? L’ancien maire de Nantes n’a pas semblé s’en rendre compte.

Les Affaires étrangères de la France laissent peut-être à désirer, mais on comprend mieux pourquoi Jean-Marc Ayrault a toujours paru avoir un temps de retard. Un peu à l'Ouest, il peine à comprendre l'Orient compliqué.

La publicité, elle, a réagi au quart de tour. Ci-dessous une capture d’écran du Huffington Post : la pub de The Revenant était on ne peut mieux indiquée !


mercredi 13 juillet 2016

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (6) Format Mini

Pierre Orefice se dit ravi : La Maker Faire de Nantes a enregistré 6 106 entrées en trois jours, du 8 au 10 juillet. Il annonce son intention de recommencer l’an prochain. Maker Media, Inc., créateur des Maker Faire®, s’en réjouira certainement mais pourrait imposer un recadrage.

Cette entreprise commerciale qui vend sa formule sous licence à des organisateurs d’événements du monde entier a fixé des règles destinées à protéger la valeur de sa marque. En particulier, elle distingue les Maker Faire à part entière (Featured Maker Faire), et les Mini Maker Faire, plus modestes. En 2016, une trentaine de Maker Faire auront été organisées dans le monde, et environ deux cents Mini Maker Faire – la piétaille.

Avec 6 106 entrées, la Maker Faire de Nantes fait moins bien que la Maker Faire de Paris, 65 000 visiteurs, mais mieux que la Mini Maker Faire de Saint-Malo, 2 500 visiteurs. Est-elle plus proche de l’une ou de l’autre ? Et surtout, répond-elle aux normes assez strictes fixées par Maker Media ? Clairement pas. Une vraie Maker Faire doit attirer au moins 10 000 visiteurs. Au-dessous, c'est Mini. « Si votre envergure/taille est supérieure [à 10 000 visiteurs] veuillez poursuivre votre demande de candidature et indiquer dans le formulaire que vous désirez envisager notre programme Featured Faire », précise Maker Media.

Conclusion : si Nantes a obtenu le label Maker Faire au lieu de Mini Maker Faire, c’est que les organisateurs comptaient sur un minimum de 10 000 visiteurs. Avec 6 106 entrées, l’objectif est manqué à 40 % près. Pas sûr que Pierre Orefice soit aussi ravi qu’il le dit. Et pas sûr, si l’expérience est renouvelée l’an prochain, que Nantes évite la relégation au format Mini. 

lundi 11 juillet 2016

Arbre aux hérons : quel négociateur que François Delarozière !

Obtenir d’un grand élu qu’il se déjuge n’est pas facile. Les promoteurs de l’Arbre aux hérons y sont parvenus brillamment. Johanna Rolland ne voulait pas de leur projet voici quelques mois, elle le veut à présent. Pour sauver les apparences, elle prétend résolue la question du financement, qui ne l’est pas du tout. Y croit-elle elle-même ? Cela ne prouverait que davantage le talent commercial de ses interlocuteurs.

Pour Delarozière, ce n’est pas une première : il a déjà montré sa capacité à « retourner » le maire d’une grande ville. Toulouse Métropole lui avait commandé pour 2,8 millions d’euros un Minotaure géant qui aurait dû faire sa première apparition dans la ville en 2013. Elle avait aussi décidé de bâtir la Piste des Géants, une sorte de musée Delarozière exposant les machines de scène du créateur (dont l’association La Machine a son siège près de Toulouse et non à Nantes comme on le croit souvent). En 2014, accident de parcours : le nouveau maire toulousain, Jean-Luc Moudenc, abandonne publiquement les projets delaroziériens de son prédécesseur. François Delarozière monte alors au créneau et M. Moudenc mange son chapeau : le Minotaure sera livré, le musée sera construit !

Entre-temps, François Delarozière est devenu négociateur international : il a convaincu un promoteur immobilier chinois d’offrir à son pays un cheval-dragon géant, Long-Ma, dont la taille, le poids, la technologie, l’aspect général et… le prix correspondent par un heureux hasard à ceux du Minotaure, déjà payé mais toujours pas livré. À l’issue d’une démonstration confidentielle (à l’échelle de la Chine…) à Pékin l’an dernier, nouveau rebondissement inattendu : La Machine récupère le cadeau d’un Chinois à la Chine et continue à commercialiser ses apparitions (0,8 million d’euros pour sa récente sortie à Calais avec l’araignée géante).

La Machine fait de bonnes affaires

Mais toutes ces négociations fructueuses aux motivations jamais explicitées découlent en fait du contrat initial vendu par Pierre Orefice et François Delarozière à Jean-Marc Ayrault, voici une douzaine d’années. Un coup de génie qui repose sur la conjonction de deux structures, l’une publique et dirigée par Pierre Orefice, Les Machines de l’île, l’autre privée et dirigée par François Delarozière, La Machine, la première assurant l’essentiel du chiffre d’affaires de la seconde dans le cadre de marchés de gré à gré – c’est-à-dire que quand l’une achète quelque chose à l’autre, les deux amis fixent ensemble le prix qui sera supporté in fine par le contribuable nantais.

Cette construction n’incite évidemment pas à serrer les coûts. Il est difficile cependant d’analyser la situation : La Machine se dispense de publier ses comptes au Journal officiel. Les derniers qu’elle ait publiés conformément à la loi datent de 2011. La situation de l’époque, avant même le Carrousel, était bonne : le salaire moyen versé par l’association s’élevait à 52.269,60 euros par an hors charges (à quoi il faut ajouter des rémunérations de licences et le pourcentage perçu personnellement par MM. Orefice et Delarozière sur la billetterie des Machines de l’île et sur le chiffre d’affaires de leur boutique). Jean-Marc Ayrault s’était aussi fait rouler dans la farine en oubliant de négocier la cession des droits à l’image (son homologue de Toulouse, Pierre Cohen, commettra la même erreur par la suite). 

La Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire ne semble pas s’être intéressée à cette situation étrange. Mais avant de signer quoi que ce soit, Johanna Rolland ferait mieux de demander son avis, comme le lui permet l’article L211-8 du code des juridictions financières.